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Un potager à partager

14 février 2019
Impossible de mettre les mains dans la terre à Paris, pensez-vous ? L’équipe d’Isabelle prouve le contraire : elle a proposé de mettre en place un potager dans un minuscule jardin caché entre de grandes tours d’immeubles. Un reportage inspirant.

Le contexte

Était proposée aux participants de la form’action Cap 360° saison 3 la réalisation d’une action collective visant plusieurs objectifs : lutter contre l’isolement, agir à proximité avec délicatesse, travailler à pacifier et apaiser les relations entre les personnes et les communautés. Il s’agissait également de rencontrer plusieurs personnes ressources, des médiateurs, pour construire l’action de façon pertinente. Le tout étant à inscrire dans une perspective de bien commun, harmonisant le bien de chacun et le bien de tous.

Quand l’équipe d’Isabelle se réunie ce soir-là, un fort consensus émerge : le défi d’une action collective sera relevé et, qui plus est, cette dernière sera en lien avec la terre et le maraîchage. Oui, oui, en pleine ville ! Après réflexion, l’équipe se décide à créer un potager commun, idéal pour générer du lien entre les habitants du quartier et pour récolter physiquement le fruit de leur travail.

Première étape : trouver un lieu où installer le potager. L’équipe se met en quête de l’endroit idéal, facilement accessible, porteur de mixité sociale et générationnelle. Une recherche qui mène à de magnifiques découvertes.

Alexis, jardiner

Alexis est un jeune jardinier qui travaille avec des personnes en réinsertion à Nanterre. C’est la première rencontre lumineuse, riche en précieux conseils, que fait l’équipe.

Alexis partage son expérience avec chaleur et simplicité : le travail de la terre permet de se décentrer, de se reconnecter aux saisons, à la vie en plein air ; il apporte du bien-être. Le jardinage a plusieurs autres atouts : il est créatif – le champ des possibles est vaste – et pédagogique – il enseigne notamment un autre rapport au temps, à l’effort et à l’abondance – et peut également s’avérer lucratif via la production de ses propres fruits et légumes.

Le jardinage est une opportunité fabuleuse pour créer du lien avec des personnes en marge de la société ; de fait, il se pratique avec un peu de bon sens, à tout âge. « Même si l’on a vécu loin de la nature, on la découvre et l’apprivoise avec joie. Le lien avec la nature, à travers une activité comme le jardinage, permet de recréer du lien facilement avec des personnes en difficultés. »

Une porte s’ouvre…

L’équipe contacte plusieurs associations : le timing n’est pas le bon, il n’y a pas de besoin et pas de souhait de s’investir dans ce projet. Qu’à cela ne tienne, il en faut plus pour lui faire baisser les bras. Marie et Benoît suggèrent de réaliser ce potager avec la maison Ozanam à Boulogne qui accueille quotidiennement des personnes isolées et propose des cours de français aux personnes étrangères et de soutien scolaire pour leurs enfants. Cette maison de quartier possède un jardin : elle s’avère ravie à l’idée d’animer en commun un atelier d’initiation au jardinage.

Plusieurs bacs de terre sont installés dans la cours. Y sont semés fruits et légumes avec l’aide des enfants du soutien scolaire. S’il y a de l’appréhension au début, très vite, cet apprentissage laisse place à l’amusement. « Les enfants ont montré beaucoup de bonne volonté malgré des réticences au départ. Petit à petit, ils se prennent au jeu et commencent à prendre du plaisir dans cette toute nouvelle activité. Les parents étaient très heureux face à tant d’enthousiasme ! »

… et ne se ferme plus !

Les mois suivants, les enfants du soutien scolaire continuent à veiller sur les plantations : cette implication autonome émeut l’équipe du CEH. Visiblement, cette activité délaissée par les jeunes générations a finalement suscitée un intérêt profond et durable. Il n’y a d’ailleurs pas que les élèves qui se sont attachés à leurs plantations : les groupes d’alphabétisation, les autres associations qui louent les salles en semaine, les bénévoles de la maison d’Ozanam… tous observent avec tendresse les plants sortir de terre, la floraison advenir, les fruits sortir…

Après deux mois d’attente, la première récolte a lieu. C’est l’occasion rêvée d’organiser une petite fête !

Isabelle souhaite prolonger l’aventure sur le long terme : « L’objectif est de s’améliorer dans les années qui viennent et continuer à créer de l’intérêt auprès des enfants, notamment ».

 

Bref, vous l’avez compris : il y a de nombreux avantages générés par le rapport à la terre. Le jaillissement étonné d’une joie tendre n’est pas des moindres. À vous maintenant de trouver un chemin pour en bénéficier !

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On a accueilli un chien guide d’aveugle

4 février 2019
Arnaud, Léopoldine et leurs deux enfants se sont lancés dans une aventure peu commune : le dressage d’un chien guide d’aveugle. Ils nous racontent cet engagement à plein temps, source de joyeux apprentissage pour toute la famille.

À L’ORIGINE DU PROJET

« Nous souhaitions un chien mais s’engager sur 15 ans, c’est compliqué »

Cela faisait longtemps que notre famille désirait accueillir un animal de compagnie. Comme nous habitons en ville et que notre famille s’agrandit petit à petit, s’engager pour 15 ans en adoptant un chien nous paraissait compliqué. Nous nous sommes renseignés sur les refuges pour chiens et chats, comme ceux de la SPA, mais il nous paraissait préférable de commencer avec un chiot pour que les enfants s’habituent. En poursuivant nos recherches, nous avons découvert qu’il était possible de devenir famille d’accueil pour chiens guides d’aveugle… ça a fait tilt !

ON PASSE A L’ACTE !

« Nous avons compris l’importance de ce projet »

Pour en savoir plus, nous sommes allés aux portes ouvertes de l’association Chiens guides d’aveugles de notre région. On pouvait y rencontrer des éducateurs, des donateurs, des personnes en déficience visuelle, des familles d’accueil… L’une d’entre elles se promenait avec son chiot. Tout le monde s’approchait pour le caresser, dont une personne aveugle que j’ai entendu dire : « C’est un bébé ! C’est le tout début de l’aventure. Ça fait deux ans que j’ai mon chien grâce à une famille d’accueil comme vous, ça a changé ma vie. J’ose enfin sortir… Je lui fais plus confiance qu’à moi-même. » Cette journée-là a été riche en témoignages de ce type. Toute la famille a pris conscience que ce que nous nous apprêtions à faire pouvait transformer une vie.

AU QUOTIDIEN

« C’est du boulot, quand même ! »

Il s’agit de sortir le chien tous les jours, dans des endroits où il y a le plus de monde possible. Le chien guide d’aveugle ne doit jamais s’exciter : il doit être habitué au bruit, à la foule, aux mouvements. Voilà pourquoi son maître référent l’emmène partout avec lui : au boulot, chez les amis, dans les transports en commun, les magasins… parfois, il y a des réactions méfiantes. Cela exige une grande pédagogie pour expliquer la démarche et dénouer les appréhensions.

Toutes les semaines, nous avons un RDV avec un éducateur canin et tous les mois, nous nous retrouvons avec 5 ou 6 familles d’accueil sur un thème spécifique. Cela nous permet d’avoir une vision toujours plus concrète des objectifs à atteindre. Par exemple, la commande de rappel est stratégique : un chien guide d’aveugle doit revenir à 100 % lorsqu’il est appelé. De fait, la personne en déficience visuelle va devoir le laisser jouer et vivre sa vie de chien plusieurs fois par jour, ce qui implique de perdre le contact pour un temps. Si le chien ne revient pas quand son maître l’appelle, ça peut devenir très problématique.

Son dressage est donc pointu et exigeant. Voilà pourquoi après son passage en famille d’accueil, un chien sur deux est réformé. Dans de tels cas, il peut devenir chien médiateur, en milieu carcéral, hôpital psychiatrique ou auprès d’enfants autistes, par exemple. Les chiens qui ne deviennent ni l’un ni l’autre vont alors vivre dans une nouvelle famille d’accueil.

LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME

« Un chien est un extraordinaire vecteur relationnel »

La majorité des chiens guides d’aveugle sont des labradors. Ce chien est d’une abnégation totale : il vit pour faire plaisir à son maître ou à son entourage. Même les choses qu’il n’a pas spontanément envie de faire, il va s’y contraindre par pur dévouement. Voilà pourquoi quand cette belle qualité est mise au service de personnes en situations de handicap, ça fonctionne bien.

Quand on possède un chien, c’est une relation qui demande des sacrifices et de l’attention. Et on reçoit beaucoup d’affection en retour. C’est d’ailleurs amusant de croiser d’autres maîtres dans la rue : il n’est pas rare de s’arrêter dix minutes pour discuter de son chien. On réalise alors que l’on fait partie de la grande communauté des propriétaires de chien, un peu comme les motards dans leur domaine !

Un chien, c’est un extraordinaire vecteur relationnel. J’ai pu avoir des conversations avec des personnes avec lesquelles je n’aurai jamais parlé si je n’avais pas promené mon chien. Souvent, les personnes qui croisent un chien sont attendries, intéressées et engagent des discussions bienveillantes. C’est très sympa à vivre au quotidien.

TROIS MOIS DE DRESSAGE

« Nous sommes le maillon d’une chaîne de solidarité »

Cela fait trois mois que nous avons accueilli notre chien et c’est une aventure qui recouvre beaucoup de dimensions :

  • Vous avez la chance d’accueillir chez vous un animal de compagnie : c’est une source d’affection et de joie pour tous ! Et puis, un chien vous pousse à sortir, à aller vers l’extérieur, ce qui est en soi une très bonne chose.
  • C’est une expérience technique qui offre une belle dimension d’apprentissage. On doit enseigner au chien les bons réflexes pour faciliter la vie de son futur maître. Le chien guide d’aveugle, c’est le top niveau des chiens dressés (parmi lesquels on trouve les chiens policiers, les chiens de chasse…) : le moindre déplacement de leur futur maître dépend entièrement d’eux. Le dressage doit être parfait. C’est hyper intéressant.
  • Le chien reste dans sa famille d’accueil pendant 1 an ½ . Ce sera probablement un déchirement quand il partira mais nous savons que notre projet a du sens. Derrière, une personne en déficience visuelle pourra l’avoir tout le temps à ses côtés, lui faire confiance, l’emmener partout, bref, se simplifier la vie. Nous sommes le maillon d’une chaîne de solidarité. C’est un beau projet. Alors, oui, ça va être dur de se séparer de ce chien mais c’est pour la bonne cause !

DEVENIR FAMILLE D’ACCUEIL

« Il est important qu’il y ait beaucoup de familles d’accueil »

Quand on a la motivation pour devenir famille d’accueil – et on peut tous le devenir, célibataires comme couples avec ou sans enfant – on passe plusieurs entretiens préalables auprès de l’association dédiée. Les éducateurs savent poser les bonnes questions pour recruter sagement les futurs accueillants. Ils se déplacent pour découvrir le cadre familial et font découvrir les locaux de l’association qui deviennent rapidement un lieu familier.

La chose la plus importante est la disponibilité : il faut être prêt à consacrer beaucoup de temps à ce dressage, plus qu’avec un chien « normal ». Il y a d’ailleurs beaucoup des jeunes retraités qui s’investissent dans cette mission. Avec le temps, toutefois, il est de plus en plus facile de gérer cet engagement au quotidien.

En termes de budget, si être famille d’accueil est un engagement bénévole, la nourriture du chien, les RDV vétérinaires et les divers accessoires sont pris en charge par l’association.

Il est important que le nombre de familles d’accueil se multiplient. Pour des raisons de coûts et de disponibilités, peu de déficients visuels sont propriétaires de chiens. Et c’est dommage parce que ça leur apporte une grande liberté d’action. Alors, engagez-vous !

La FABuleuse cantine, un tiers-lieu convivial à Saint-Etienne

4 février 2019
Accueilli par un des piliers stéphanois du CEH, un membre de l’équipe nationale a déjeuné dans un endroit singulier : la FABuleuse cantine. Le concept lui a tellement plu que suite à ce délicieux repas, il n’a eu qu’une seule idée en tête : en parler au plus grand nombre. On vous laisse découvrir ci-dessous le pourquoi de son enthousiasme.

L’art culinaire à l’origine d’un cercle vertueux

La FABuleuse Cantine est un lieu atypique de restauration en plein cœur du quartier Manufacture de Saint‑Étienne qui s’attache à recréer des espaces de lien et de solidarité autour de l’art culinaire. Et de fait, lorsque l’on arrive dans le vaste local de 400 m², l’ambiance est familiale. Près de la grande cuisine ouverte sur la salle, déjeunent, les yeux pleins d’étoiles, les parents d’un garçon d’une dizaine d’années. Plus loin, autour d’une table basse, un groupe de collègues s’apostrophe gaiement. Comme il fait beau, nous choisirons de nous poser sur la terrasse ensoleillée qui jouxte une cours d’école où des enfants se poursuivent en riant. Par la vertu du seul lieu, entièrement décoré de matériel de récupération, la bonne humeur est de mise. Elle sera confortée par les prochaines découvertes !

À l’entrée se tient le bureau d’accueil, c’est là où l’on choisit son menu et où l’on règle son repas. Un prix adapté en fonction des situations de chacun : 9 euros pour une formule entrée-plat-dessert et 4,50 euros pour les étudiants et les chômeurs. Ces tarifs solidaires défiants toute concurrence assurent la popularité du lieu et favorisent la mixité sociale.

Il s’agit ensuite de se rapprocher de la cuisine où l’on voit s’activer derrière les fourneaux le chef, Boris Fontimpe, et son équipe, cuisiniers amateurs ou bénévoles curieux. Leur base d’ingrédients est composée de produits de préférence bio, végétariens (avec la possibilité d’ajouter un complément de viande), de saison et uniquement issus des exploitations locales. En plus du circuit-court, la FABuleuse cantine travaille avec les magasins bio de la région : « on récupère les invendus pour éviter le gaspillage alimentaire », explique Julien Morel, président de l’association.

Nous récupérons nos assiettes, nos couverts et une carafe d’eau. Dans la lumière de cette fin de saison, nous dégustons chaque plat avec délectation. C’est à la fois beau et bon. On comprend alors que l’attractivité du lieu (150 personnes chaque jour) ne tient pas seulement à l’ambiance conviviale ou aux bas tarifs : la fraîcheur est dans l’assiette. Nos papilles se régalent et confirment que l’on peut réellement parler d’art culinaire !

 

La FABuleuse cantine en bref

Antigaspi ? En un an, 15 tonnes de produits alimentaires récupérés et non gaspillés.

Produit phare ? Le Burger SuperWaste

Peut-on parler d’écologie humaine ? Oui ! La FABuleuse cantine permet de prendre soin de sa santé, de son porte monnaie, de recréer du lien et du partage… en promouvant une consommation raisonnée et locale. Bravo !

 

Vous souhaitez mettre en place cette initiative dans votre région ?

Contactez la FABuleuse cantine (ouverte pour le déjeuner, du lundi au vendredi)
rue Claudius Ravachol à Saint-Étienne (Carnot) / 06 82 85 15 67
https://lafabuleusecantine.fr