Actualités du thème

Au pied du mur

30 mai 2018
Tugdual Derville, co-initiateur du CEH, propose une chronique toute fraîche d’écologie humaine. Comme quoi, parfois, être au pied du mur ouvre bien des portes !

« J’ai mené la semaine dernière un combat titanesque riche d’enseignements. Un combat contre le lierre qui avait envahi un vieux mur de pierre sèches jusqu’à l’écrouler par pans entiers sur la rue de notre petit village… Il fallait reconstruire, sans tarder. Les devis excédaient nos capacités. J’ai donc décidé de consacrer huit jours de vacances à refaire ce mur. Nous devions d’abord débroussailler et creuser pour récupérer les pierres tombées, défaire les parties branlantes… Et rebâtir. Cette dure session de maçonnerie traditionnelle, huit heures par jour pendant huit jours, m’a littéralement nettoyé le cerveau.

C’est une anglaise du village qui a trouvé le mot juste, que je lui ai fait répéter trois fois avant de la comprendre : « It is therapeutic ». Oui, travailler avec ses mains est thérapeutique ! Pas du seul pouce sur un écran digital au bureau, mais de ses dix doigts et au grand air, qu’il pleuve ou qu’il vente. Peser, porter, faire et refaire… Et voir tout doucement avancer l’ouvrage. On se couche fourbu, des pierres plein la tête. Mais l’on s’y précipite dès potron-minet pour progresser bravement… Trouver la bonne pierre après l’avoir cherchée pour la poser au bon endroit, c’est jouissif. Les amateurs de puzzles comprendront. Sauf que celui-là est en 3D, improvisé et durable.

Mais la grande joie de ce chantier fut une surprise : il provoqua des rencontres improbables avec de nombreux villageois jusqu’ici mal connus. Travailler au mur bordant l’espace public a attiré des pierres vivantes et précieuses : les habitant du petit hameau. Tous concernés ! À pied, en vélo, en auto, seul ou en couple, tiré par son chien ou poussant sa tondeuse, chacun s’arrête et commente. Le temps qu’il fait – pour entrer en conversation – la technique utilisée – pour les plus audacieux – l’embellissement de la commune, pour tous. Au pied du mur, on se parle. Au début, nous avons reçu quelques conseils goguenards. Allions-nous tenir plus d’une journée ? Puis deux enfants qui passaient par là sont venus nous aider… Et finalement les langues se sont déliées : nous avons loué le savoir-faire stupéfiant des anciens, et envisagé des projets d’avenir pour la commune : fleurissement, exposition, concert… Le mur est devenu un pont, prétexte pour se connaître, se confier, évoquer la beauté d’un petit bout de la douce France auquel les habitants sont viscéralement attachés.

J’en suis revenu avec les mains un peu meurtries, mais le cœur en fête. Et, au prochain coup de blues, bien décidé à me retrousser les manches. »

Welp : l’appli qui rend service près de chez vous

30 mai 2018
Contraction de « we help », l’application française Welp propose de faire du bénévolat à la carte. Cours particuliers, bricolage, déménagement, visites de courtoisie à des personnes âgées ou encore baby-sitting… ça vous dit de rendre service à vos voisins ? 

« S’engager dans le bénévolat sur du long terme n’est pas toujours évident et compatible avec les modes de vie de chacun. Avec Welp, l’idée est de donner un petit coup de main de manière ponctuelle à des gens aux alentours », explique Marie Treppoz, co-fondatrice de l’entreprise sociale. L’application compte aujourd’hui plus de 30 000 utilisateurs avec un réseau d’ambassadeurs partout en France.

D’où vient l’idée ?

Il y a 20 millions de bénévoles en France, un fabuleux tissu associatif mais presque autant de contraintes d’engagement pour les personnes qui souhaitent aider ponctuellement. C’est le cas de deux amis, Marie et Ludovic, 42 et 36 ans, qui souhaitent faire (ré)émerger une forme d’entraide dans leur quartier telle qu’elle existait autrefois entre habitants d’un même village, mais n’ont pas assez de temps libre pour se lancer dans du bénévolat à long terme. Autour d’eux, même constat : « il y a plein de gens qui sont des bénévoles en puissance, mais qui ne passent pas à l’acte parce qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils ne savent pas qui et comment aider. Et d’un autre côté, des gens ont besoin d’aide, mais ne peuvent pas s’offrir des services payants, comme un cours particulier à 20€ de l’heure par exemple. »

Voilà pourquoi, en 2015, ils lancent l’application Welp, disponible sur Iphone, Androïde ainsi qu’une plateforme internet, pour créer ce lien entre ceux qui ont besoin d’une aide ponctuelle et gratuite et ceux qui sont prêts à aider de temps en temps, près de chez eux et sans s’engager.

Comment ça fonctionne ?

C’est très facile : après s’être inscrit, il suffit de créer son annonce pour proposer de l’aide (dépanner des parents, donner des vêtements, garder un animal…) ou en demander pour soi-même, une association ou un proche (monter un meuble, tenir compagnie à un voisin, aider son enfant en maths, trouver des bénévoles pour son association…). Grâce à un système de géolocalisation, il est possible de découvrir la demande / la proposision d’aide à proximité. Sur l’annonce qui vous motive, cliquez sur « je welp » pour être mis en relation. « Une annonce sur deux reçoit une proposition d’aide ! », se félicite la fondatrice, avant d’ajouter, « il y a un vrai engagement ! »

La sécurité est bien évidemment une des priorités des fondateurs. Les échanges entre utilisateurs se déroulent dans un climat de sérieux et de confiance. Chaque donnée est vérifiée et gardée confidentielle. La modération des contenus, un système de messagerie interne et la notation systématique des « Welpers » ainsi que les commentaires associés, sont visibles de tous.

Pas de rémunération, pas d’échange, pas d’engagement : sur Welp chacun aide gratuitement et quand il peut.

On aime !

Une solution pratique et moderne pour humaniser à petits pas et à hauteur d’homme la vie de son quartier.

 

Sources / En savoir plus : 
*https://www.welp.fr/
*http://www.up-inspirer.fr/
*http://www.aufeminin.com
*http://www.marieclaire.fr

Résultat de recherche d'images pour "welp application"

Écologie de la transformation : critères de discernement

30 mai 2018
Pierre-Yves Gomez, économiste et co-intiateur du Courant pour une écologie humaine, propose quelques critères de discernement, tirés de l’écologie humaine, pour choisir les progrès de notre société.

Nous sommes tous pour le progrès

« Notre monde change, on le sait. Il est bouleversé démographiquement, économiquement, technologiquement, géopolitiquement. Nous sommes dans une période de grands bouleversements, comme il y en a dans l’histoire. Ce qui est caractéristique notre période est le fait que notre temps se définit comme un temps qui bouge ; le progrès est définit comme le sens de notre vivre ensemble, l’essence de notre société. Cela est relativement nouveau et même perturbant : tout change, et tout ce qui change est considéré comme positif… et pourtant, on assiste à des drames, des catastrophes, de grandes erreurs dans les choix accomplis par les générations précédentes ou les politiques ou les entreprises. Il s’agit donc de se poser la question « au nom de quoi peut-on dire que cette évolution est un progrès ? ».

Toute évolution, tout changement, n’est pas un progrès. Il y a un progrès si – selon des critères clairs, établis, discutés, controversés peut-être – la société, après la décision prise, est meilleure sur tel ou tel point. Il y a progrès si on discerne effectivement l’avancée préalablement définie par les bouleversements mis en œuvre.

On a donc une sorte de pathologie du progrès que l’on va appeler « le progressisme ». C’est une sorte de croyance selon laquelle le changement est nécessairement du progrès. Nous avons tous à nous corriger de cette « pathologie » sociale car l’expérience montre depuis un siècle que tout ce qui a changé n’a pas nécessairement constitué un progrès. On peut, par exemple, regarder les impacts écologiques considérables dues aux décisions prises sans discernement parce que la technologie et les nouvelles énergies étaient des progrès.

Nous sommes tous pour le progrès. Nous sommes tous des artisans mus par le goût du progrès. Il s’agit de prendre du recul et mieux détecter ceux qui discernent ce qui est réellement du progrès de ceux qui sont pris par le délire du progrès et qui n’ont plus le discernement pour savoir si les transformations sont réellement du progrès.

C’est pourquoi je vous propose trois critères, issus de l’écologie humaine, pour essayer de discerner ce qui peut être évalué comme du progrès dans les décisions que l’on prend concernant la vie, l’économie, la technologie et la politique.

Trois critères de discernement pour bien transformer

Le premier des critères est d’avoir une « écologie de la transformation ». Si l’on prend une décision dans un monde complexe où tout est relié (ne serait-ce que par l’information et les flux), cela aura des conséquences ailleurs. Le premier critère est donc de prendre conscience que tout est lié. Une décision apportera du progrès à la société si on évalue les conséquences locale mais aussi plus lointaine de la décision que l’on prend. Une décision sur le mariage, par exemple, n’a pas uniquement des conséquences sur la sociologie du mariage. Cela peut avoir des conséquences sur la démographie, sur l’économie du mariage… des conséquences beaucoup plus vastes que ce que l’on peut imaginer de prime abord.

Le premier critère pose donc la question de notre capacité à faire le lien entre les choses. L’humain est au centre et est le facteur le plus intéressant pour un être humain. Mais l’écologie (oikos= notre maison) est commune et ce qui se passe dans une pièce de la maison peut jouer sur toute la maison. Acquerrons le sens de ce « tout est lié », soit la prudence qui consiste – avant de s’enthousiasmer pour une nouvelle norme, décision, avancée – à mesurer les conséquences qu’une transformation peut avoir tant positives  que négatives pour notre maison commune.

Deuxième critère : on ne peut progresser que si on sait conserver. Lorsque l’on prend une décision qui bouleverse, qui change, qui fait évoluer, avec cette intention de progresser, il faut nécessairement se poser la question de ce que l’on doit conserver pour pouvoir progresser. Qu’est-ce qui est absolument indispensable à conserver dans cette société pour pouvoir la rendre meilleure, plus belle, plus juste, plus accueillante ?

C’est naïf et dangereux de ne s’intéresser qu’à une partie du problème (changement / l’avancée) sans se poser la question immédiate de ce qu’il faut que nous conservions pour que cela puisse changer. Ce deuxième critère est un critère de vie. Le seul objet qui ne fait que changer sans se conserver est le cadavre : il se dissout. Mais la vie propose toujours une part de conservation qui permet une part de transformation, d’évolution.

Voilà donc le deuxième critère : savoir conserver, un grand principe de l’écologie humaine car ce qui se passe aujourd’hui est relié à ce qui se passait avant et ce qui va se passer après. Tout est lié dans l’espace et dans le temps.

Enfin, le troisième critère, en lien avec les deux premiers, est le critère de la séquence dans le temps. On a tendance à dire lorsque l’on change, il y a nécessairement un progrès ; que ce qui était avant est archaïque, obsolète, dépassé. On a donc tendance à présenter l’évolution de manière linéaire, comme s’il y avait des choses à faire disparaître définitivement et des choses nouvelles qui transformeraient tout. Or, ce n’est pas comme cela que ça se passe ni dans notre vie ni dans la vie sociale. Ce qui disparaît laisse malgré tout des traces : des souvenirs, des blessures, une mémoire… La transformation des sociétés ou des êtres n’est pas linéaires mais se fait par strates cumulatives. On hérite de notre passé, de notre enfance, de notre adolescence, de ce qui s’est passé dans notre vie et même si l’on change, si l’on progresse, si l’on se transforme, c’est toujours par accumulation. Il faut, bien sûr, se débarrasser de certaines choses, mais une partie de nous-même et de notre société se construira par accumulation.

D’où ce dernier critère : qu’est-ce qui, dans ce qui va se transformer, va continuer à alimenter notre souvenir, notre mémoire collective, nos pratiques… Prenons un exemple historique : la révolution française. On en pense ce que l’on veut, reste qu’elle s’est imprégnée dans notre imaginaire collectif. Comme la royauté s’est imprégnée. Nous avons donc accumulés des strates. Aujourd’hui, dans ce que nous vivons aujourd’hui, nous héritons de cela. Soyons conscient du fait que nous sommes toujours en héritage. Et soyons-en bon gestionnaire.

Nous avons donc nos trois critères tirés de l’écologie humaine qui rappelle que tout est lié : on ne peut pas isoler un problème de son contexte et on ne peut pas isoler un problème des structures qui le relient a d’autres problèmes. Nous sommes dans un monde commun. Nous avons à choisir entre transformer et conserver mais nous savons que lorsque nous transformerons, il faudra toujours conserver quelque chose.

Progressisme ou conservatisme ?

Ces trois critères nous amènent à refuser deux attitudes : le progressisme et le conservatisme. Le progressisme étant l’illusion naïve stipulant que le changement se suffit à lui-même pour dire « c’est mieux en changeant ». Il peut apporter un mieux localement mais remettre en cause d’autres espaces de la vie sociale…

Le conservatisme est le fait de se dire que rien ne doit changer car l’on connaissait la société avant et tout ce qui change la remettrait en cause. La vie, c’est l’adaptation. Nous devons être pour le progrès lorsque l’on est pour la vie. Défendre la vie est défendre l’adaptation de la vie, donc le progrès, et évidemment la conservation, l’héritage.

Alors, prudence !

On devient vraiment homme ou femme de progrès lorsque l’on tient compte de ce qu’est véritablement le progrès selon ces trois critères.

Il faut donc reprendre en main cette notion de progrès à partir de la notion de prudence. La prudence est une vertu politique qui consiste à évaluer les choses avec le temps nécessaire pour peser, mesurer, mettre en relation les choses – ce qui est lié dans l’espace et ce qui est lié dans le temps – et appliquer ce principe d’écologie humaine : produire un monde qui s’adapte, donc en progrès, mais un monde pour tout l’homme et pour tous les hommes. »