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Mysam cab : réhumaniser l’ubérisation

15 avril 2019
Pierre Rosi est serial-entrepreneur et Président de Mysam Cab, application Française de VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur) et taxis.
Cet article est issu de l’ouvrage « Société de Bien Commun vol.2, révéler l’humanité, combattre l’inhumanité ».

« Voilà la force de ce projet : investir dans l’humain, permettre l’engagement des personnes,
créer un réseau communautaire mondial entre chauffeurs en récompensant chacun à hauteur de son investissement personnel. »

Un système injuste

En devenant chauffeur de VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur) pendant un an en Midi-Pyrénées, j’ai fait le constat que les VTC sont totalement dépendants de la plateforme pour laquelle ils travaillent : conditions tarifaires drastiques, déconnexion de la plateforme via un système d’évaluation angoissant, etc.
Les chauffeurs subissent un système précaire et ont le sentiment de ne pas être considérés. Certaines plateformes estiment d’ailleurs que le facteur gênant est le chauffeur humain et travaillent donc activement à la création de véhicules autonomes…
Devant cette situation qui me paraissait injuste, j’ai pris le temps de creuser la question et ai recueilli l’avis de nombreux chauffeurs pour mieux cerner leurs mécontentements et imaginer des évolutions. Et ce, alors même que je n’étais pas prédestiné à cela.

J’ai quitté l’école à 16 ans, sans diplôme. À vingt ans, j’ai fondé ma première société : un parc automobile. Je vendais des voitures d’occasions que j’achetais à l’étranger. J’ai enchaîné avec un centre de mise en forme et de bien-être, puis des boîtes de nuit, bars, restaurants… J’ai monté sept entreprises. Et j’ai fini par tout vendre : ce milieu ne me faisait pas évoluer et je m’ennuyais. J’ai cessé de travailler pendant deux ans, cherchant une idée à mettre en oeuvre dans le digital.

« L’idée de génie, vous la trouverez dans la vie de tous les jours » : suite à la découverte de cette parole d’un économiste, à chaque fois que je faisais quelque chose – comme ouvrir la porte de chez moi le matin – je me demandais comment faire pour améliorer la situation. Or, j’utilisais fréquemment les VTC. Et à chaque course, j’entendais le chauffeur se plaindre du modèle économique qui lui était imposé. C’est là que j’ai eu l’idée de me lancer dans ce secteur. Comme je ne le connaissais qu’en tant que client, j’ai décidé de consacrer une année à expérimenter le côté « chauffeur ».  Il s’agissait de me mettre à leur place, en utilisant tous les supports à leur disposition.
J’ai alors réalisé que les chauffeurs VTC vivaient une sorte de salariat déguisé, qu’ils n’avaient aucune autonomie, ne pouvaient prendre aucune décision et étaient complètement dépendants des plateformes existantes.

Après une longue phase d’étude de marché, aidé par le Réseau Entreprendre Tarn, j’ai créé Mysam Cab. Il s’agit d’une application sur smartphone de mise en relation avec les chauffeurs privés. Elle vous permet de réserver votre VTC pour un départ immédiat ou jusqu’à un mois à l’avance ; de suivre l’arrivée du chauffeur, de créer une liste de chauffeurs favoris ; de gérer un carnet d’adresses ; de commander un trajet partout en France, de jour comme de nuit.
À première vue, c’est une application classique comme on peut en trouver sur le marché. Sauf qu’elle a été pensée collectivement et localement (100 % made in France !), de façon à proposer une forte valeur ajoutée tant aux clients qu’aux chauffeurs.

Créer l’engagement via des règles plus humaines

Quelques mesures ont été pensées pour permettent aux chauffeurs de tirer leur épingle du jeu et d’acquérir plus d’autonomie : Mysam Cab est une plateforme individuelle ET communautaire.

Individuelle car chaque chauffeur a sa propre application. Il va pouvoir développer sa propre clientèle, où qu’il soit en France, et, quand il voudra cesser son activité, il va pouvoir céder cette application et sa clientèle sur le principe du fonds de commerce. Mysam Cab l’aide à créer de la valeur sur sa société.
Communautaire, parce qu’un chauffeur de Paris peut prendre soin d’un client d’un chauffeur de Toulouse. Et celui de Toulouse, qui est l’apporteur d’affaires, bénéficie de cette prise en charge.

Concrètement, Mysam Cab permet à chaque chauffeur de créer son fichier clients : quand il fait entrer un nouveau passager dans le réseau, il lui attribue un code permanent. Cela permet au chauffeur « parrain » de toucher une commission d’apporteur d’affaire sur l’ensemble des courses de son client via un VTC Mysam Cab. Résultat, un chauffeur bon commercial peut finir par arrêter de rouler et ne vivre que de ses commissions !
Ces fichiers clients des chauffeurs sont leurs propriétés : ils ont le droit de le vendre à d’autres professionnels VTC mais, de façon assez évidente, en aucun cas à un concurrent de Mysam Cab.Et puis, j’ai souhaité qu’avec Mysam Cab, n’importe quel VTC ou Taxi puisse s’inscrire et proposer ses services sur la plateforme, quel que soit son emplacement géographique. Ainsi, il pourra travailler dans son département, créer sa propre clientèle et profiter de tous les avantages qu’offre l’application.
D’autre part, toutes les décisions de tarification sont votées par les chauffeurs, par région. La plateforme prélève une commission de 15 % sur chaque course, contre 20 à 35 % chez nos concurrents. La commission tombe à 5 % si le chauffeur transporte un client qu’il a lui-même parrainé.
En ce qui concerne la gouvernance de la plateforme, toutes les décisions sont votées par les chauffeurs, les résultats des votes sont envoyés et appliqués par tous, le jour même de la clôture.
Si un chauffeur n’est pas d’accord avec le résultat du vote, il pourra en redemander un au bout d’un an. La meilleure illustration de ce principe de fonctionnement est la façon dont nous sommes passés au tarif fixe. Certains chauffeurs malintentionnés rallongeaient volontairement les trajets pour gagner plus. Cela pénalisait les clients d’autres chauffeurs, lesquels se plaignaient de cette manœuvre frauduleuse. Ils ont donc demandé un vote pour passer au tarif fixé lors de la commande. Deux jours plus tard, le vote était effectué et entériné !
Côté utilisateur, le client peut réserver son chauffeur préféré mais si celui-ci n’est pas disponible, la course peut être transféré à un autre chauffeur de confiance ou repart dans la communauté Mysam Cab. Le client peut aussi mettre un chauffeur en favori ou au contraire le mettre sur une liste noire pour ne plus avoir affaire avec lui si le contact s’est mal passé.

Où en est-on aujourd’hui ?

Mysam Cab existe dans trente-cinq villes et compte 3600 chauffeurs convoyant 15000 clients. Le lancement officiel a été réalisé début 2018 et les
demandes sont nombreuses.
En avril 2018, le Groupe Dépêche du Midi devient actionnaire à hauteur de 12,25 %.
En mai 2018, Mysam Cab compte dix salariés. Si tout se passe comme prévu, nous serons une vingtaine à la fin de l’année.
Le capital va bientôt être ouvert aux chauffeurs, ce qui leur donnera la possibilité de participer au conseil d’administration.
Alors oui, Mysam Cab est bien une interface digitale (encore une !), mais la différence entre Mysam Cab et les autres, c’est qu’elle est personnelle. Chaque chauffeur peut la développer et la céder comme un fonds de commerce, en étant en lien étroit avec la communauté. Voilà la force de ce projet : investir dans l’humain, permettre l’engagement des personnes, créer un réseau communautaire mondial entre chauffeurs en récompensant chacun à hauteur de son investissement personnel. En bref, c’est la seule application véritablement démocratique : tout est voté par les chauffeurs qui sont maîtres de leur activité.

Il faut évidemment beaucoup de travail pour implémenter ce type d’initiative. Accepter de se faire aider, se mettre en situation de comprendre le terrain, échanger le plus possible avec les différentes parties prenantes, parfois concurrentes, pour détricoter la complexité et faire émerger un chemin juste et viable. Mais le fait est là : il est possible de faire bouger les lignes. Il s’agit d’ouvrir les yeux et d’oser.
À chacun de regarder autour de lui pour combattre l’inhumanité et trouver « l’idée de génie » au service d’une Société de Bien Commun !

 

>> Pour approfondir cette réflexion sur la Société de Bien Commun, cliquer ici. <<

Ce livre est un appel lancé aux femmes et aux hommes d’ici et d’aujourd’hui : les idées pour humaniser le monde se trouvent dans la vie de tous les jours ! Nous sommes tous de potentiels acteurs de cette conversion positive. Pourquoi pas vous ?

FAIRE AVEC… une architecture solidaire

27 mars 2019
Pour rénover les habitations insalubres, l’association FAIRE AVEC récupère des matériaux inutilisés dans les chantiers, avant que ceux-ci ne soient bennés, et place les personnes concernées au cœur du projet architectural.
Récupération de matériaux + traitement de la vulnérabilité résidentielle + accompagnement architectural
=
Innovation d’économie circulaire, sociale et solidaire au service de l’amélioration de l’habitat.

Faire avec, pour l’émergence d’une économie circulaire dans le bâtiment

« C’est pas possible de jeter ça, c’est neuf ! Nous, on le récupère et on le met en oeuvre là où on en a besoin » Clara Piolatto

En 2017 en France, la Fondation Abbé Pierre dénombre 2 090 000 personnes privées de confort, 1 1230 00 copropriétaires en difficulté et 3 558 000 personnes ayant eu froid pour des raisons liées à la précarité énergétique. Face à ce constat, Gwenaëlle Rivière, Clothilde Buisson et Clara Piolatto, toutes trois architectes, ont décidé d’agir. Elles viennent de créer l’association FAIRE AVEC pour améliorer l’habitat dégradé en récupérant les matériaux inutilisés des fins de chantier (surplus, rebus ou non-livrables) avant qu’ils ne partent à la benne. L’association est munie d’une autorisation et fait bien attention à ne pas rejoindre les filières illégales de gestion des déchets !
Carrelage, parquet, papier peint ou autres biens meubles disparates sont ainsi récupérés et, en concertation avec les habitants concernés – mal-logés et stigmatisés – toute cette matière est auscultée pour imaginer un assemblage harmonieux en fonction des besoins.

FAIRE AVEC regroupe donc des architectes qui souhaitent professionnaliser de nouvelles pratiques dans le secteur du bâtiment pour éviter le gaspillage et valoriser de nouvelles filières d’exploitation.

Premiers chantiers

Pour leur premier chantier, les trois jeunes architectes ont transformé les chambres collectives du centre d’hébergement et réinsertion social Georges-Dunand, géré par Emmaüs, à Paris, en chambres individuelles. Depuis, un pavillon d’exposition a été réalisé dans le cadre du festival « Abris de fortune », au centre culturel du Château de Goutelas (Loire), un local commercial a été transformé en un café bar, à Paris, un abri, dit « Cabane cévenole » a été réalisé avec « un budget minimum et des matériaux de récupération »

Premier prix !

Ses fondatrices viennent de recevoir le prix 2018 de la Fondation Cognacq-Jay qui encourage innovation au service du bien commun.

Sources

Le drive tout nu, pour n’avoir rien à gâcher

7 mars 2019
Le premier drive zéro déchet vient d’ouvrir dans l’agglomération toulousaine. Une aide précieuse pour consommer des produits de qualité, locaux et sains, en minimisant notre impact sur l’environnement.

Le drive tout nu : origines

C’est en 2017 qu’apparaît le premier drive de France où tous les emballages de produits sont réutilisables. Pierre et Salomé Géraud en sont les co-fondateurs, le premier étant ingénieur agricole et la seconde, diplômée de Sciences Po Aix.

Ce projet part d’un constat alarmant : « Chaque Français jette, en moyenne, 590 kilos de déchets chaque année. C’est énorme » explique Pierre, « Et le traitement des déchets en France coûte 7 milliards par an ! Nous savons aussi que la moitié de ces déchets sont des emballages. C’est là-dessus que nous avons décidé d’agir ». Et voilà qu’ensemble, ils décident de troquer le confort de leur CDI pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

Leur premier leitmotiv ? Environnement ! Chaque article est vendu soit sans emballage soit avec des emballages réutilisables. La gamme est large : des produits ménagers à l’alimentaire en passant par la cosmétique… on trouve de tout !

Ce système offre l’opportunité de passer en douceur à un mode de consommation plus respectueux de notre maison commune ; comme le dit Pierre : « Tout grand projet part d’une utopie ! »

Le drive tout nu : comment ça marche ?

Vous passez votre commande en ligne sur le site du drive tout nu avant d’aller récupérer vos courses dans l’un des deux points de collecte (Beauzelle ou Ramonville à date). Attention, les jours d’ouverture sont en fin de semaine et différents selon le point de collecte que vous privilégierez. À bien vérifier avant de vous y rendre !
Lors de votre deuxième passage, vous pourrez ramener vos bocaux, en échange de quoi, vous recevrez des bons d’achat de 10 centimes par contenant.

Vous préférez être livré ? Cette option devrait bientôt être disponible. Quant aux points de collecte, ils devraient devenir de plus en plus nombreux.

Le drive tout nu : quel intérêt ?

Le drive tout nu a trois promesses qui nous plaisent bien :

Prendre soin de votre santé : adieux plastique, source de molécules toxiques et de perturbateur endocriniens – désormais l’achat en vrac et les contenants réutilisables prennent le pouvoir ! Bonjour aux produits locaux, issus d’une agriculture bio ou assimilée (dans la mesure du possible et du bon sens).

Prendre soin de votre environnement : tout est conditionné dans des emballages réutilisables (sacs en toile, bocaux en verre). Le drive tout nu nettoie et remet dans le circuit les emballages rapportés. Ce procédé utilise 4 fois moins de ressources et d’énergie que le recyclage.

Prendre soin de votre porte-monnaie : un emballage jetable représente 10 à 40 % du prix d’un produit ! Faisons le choix de consommer en allégeant nos poubelles, pas notre portefeuille.

Vivement que cette initiative soit dupliquée dans de nombreuses autres villes !

 

Sources