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Qu’est-ce que tu lis pour les vacances ?

23 juillet 2018
Gérard Langlois Meurinne, psychiatre, psychothérapeute et membre du CEH propose régulièrement la « chronique du Mycelium », réflexion axée sur l’écologie humaine. Il propose aujourd’hui une liste de lectures à découvrir sous le soleil de l’été !

Les vacances ? Pas tout de suite certes, mais peut-être sont-elles en préparation pour vous ? Le temps est donc venu de vous proposer des pistes de découvertes. Les textes que j’ai choisis (ou qui m’ont choisi ?) disent autrement ce que j’essaye de dire dans mes chroniques. Ils tissent le même fil d’humanisation (le chemin de l’homme depuis son origine) et donc de personnalisation qui, à mon sens, caractérise l’étape actuelle de l’humanisation.

Dans cette liste, aucune hiérarchie, aucun classement, pas de préférence. Pas même d’appréciation littéraire. Oublions tout cela. Abordons ces textes avec le regard et le cœur vierge.

Certains sont des livres que j’ai lus il y a bien longtemps, d’autres sont très récents. À travers eux, j’honore leurs auteurs et j’essaye d’honorer les futurs lecteurs. Je vous invite donc à des  rencontres suivies, je l’espère, de partages.

 

L’idiot de Fiodor Dostoïevski

Je viens de relire L’idiot du grand Dostoïevski pour la troisième fois.  J’y retrouve les sensations de mes 20 ans – je suis donc fidèle à moi-même – et j’en éprouve de nouvelles – j’ai donc heureusement évolué. Cela me comble. Proximité avec le prince Mychkine, « l’idiot » qui, bien sûr, ne l’est pas, être inouï qui a conservé la sincérité et l’émerveillement de l’enfance. Tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, généraux et parasites, sont d’abord surpris, puis attirés par lui, puis deviennent méfiants (« peut-on faire confiance à tant de candeur ? »), parfois jaloux ou bien encore moqueurs. Le prince devient, malgré lui, pour ces âmes torturées qui se confient à lui, qui se confessent même, une sorte de « thérapeute ».

En fin de compte, il « révolutionne » la société dans laquelle il est arrivé et dont il révèle les beautés cachées par sa profondeur, son absence de jugement et sa sincérité. Je me suis dit : « c’est une sorte de figure « christique » descendue sur terre, tant il incarne l’amour et la vérité ». Thème cher à Dostoïevski. On le retrouve en effet dans Les frères Karamazov, dans l’épisode de la légende du grand inquisiteur. En voici un bref résumé : « En Espagne, à la fin du Moyen-Âge, un homme prétend être Jésus. On amène alors cet homme devant Torquemada, le terrible et puissant grand inquisiteur, qui l’interroge longuement puis lui dit : en effet, tu es bien Jésus, mais tu resteras toujours en prison. Je ne peux prendre le risque de te libérer car tu serais beaucoup trop dangereux. L’Église et la religion sont devenues notre affaire à nous, ce n’est pas toi, c’est nous qui faisons l’histoire ».

L’idiot est dangereux en effet dans une société conventionnelle où il ne faut pas faire de vagues.  Bien sûr, il est accueilli dans un premier temps comme une heureuse surprise car il apporte de la fraîcheur et un renouvellement bienvenu. Presque tous en sentent le besoin. Les plus humbles sont les premiers car il les comprend, les écoute, leur rend leur dignité. Les femmes aussi, qui sentent en lui une sensibilité qui ne se cache pas derrière l’intellect. Et puis, à un moment donné, « cela devient trop ». Trop d’amour, trop d’authenticité, trop d’humilité. Tout cela est bien beau mais dérange les ambitions, les intrigues et bouleverse l’ordre établi. Alors en fin de compte, le prince Mychkine sera confiné à son image « d’idiot » et devra retourner à l’étranger, loin des siens. Histoire triste ? Non, plutôt histoire tragique et comme recommencée à toutes les époques. Mais rien n’est perdu : le prince poursuivra son destin original là où il sera. Et la société russe qui l’a reçue ne l’oubliera pas, il y a semé des graines dans les cœurs.

Notons que cette société tourmentée est à un tournant : elle est agitée par les questions politique (plus de libéralisme ?), identitaire (repli slavophile ou ouverture ?), féminine (améliorer la condition des femmes de plus en plus instruites), etc.

 

La cité de la joie de Dominique Lapierre

Vous le savez sans doute, la Cité de la joie est ce bidonville de Calcutta dont Lapierre a raconté l’histoire il y a trente ans : succès mondial, suivi d’un film que je n’ai pas vu. Qu’est-ce que j’y trouve et y retrouve ? Une leçon ou plutôt un rappel extraordinairement vitalisant qui me montre comment l’être humain peut être heureux, aimer et même faire la fête tout en vivant dans les conditions les plus effroyables de pollution, de promiscuité et de précarité matérielle et sanitaire. Les lépreux dansent, les culs de jatte font l’amour et ont des enfants. Les enfants soutiennent les vieux et ainsi de suite. Musulmans, hindous, chrétiens peuvent se détester et pourtant s’entraider en tant que voisins partageant le même sort. À qui faire confiance ? Et pourtant chacun se fait confiance ! Il n’y a pas de gouvernement ni de police. C’est donc la mafia locale qui contrôle tout. Mais figurez-vous qu’en cas de désastre (inondations), c’est encore la mafia qui organise – et plutôt très bien – les secours. Le jeune prêtre français et le jeune médecin américain qui ont eu l’audace de vivre avec ces déshérités découvrent « en même temps » (j’insiste) l’horreur et l’émerveillement du dénuement, de la maladie, du handicap et du dévouement, de la joie, de la vie qui se régule, qui renaît constamment. Quel chemin d’humanisation !

 

À bras ouverts, une aventure en humanité de Tugdual Derville

Livre récent (2017) racontant la naissance d’À Bras Ouverts et ses quelques 35 ans de d’histoire. « À Bras Ouverts » a été créée par Tugdual et son cousin pour offrir week-ends et vacances à des enfants, puis des adolescents, handicapés. En fait, je vous suggère de lire ce livre comme un roman. Histoire tellement inattendue dès l’origine, histoire de rencontres, de « romances » mêmes car ces rencontres changent la vie des uns et des autres. Chemins de vie inattendus où l’aidant devient l’aidé et réciproquement, sans oublier ses rôles et ses responsabilités. Figures ordinaires devenant extraordinaires auxquelles on peut s’identifier comme dans un roman.

Sans compter l’aventure collective et institutionnelle demandant constamment des discernements : comment grandir, comment se pérenniser dans un monde normalisé sans perdre ni la flamme ni le sens, ni la joie et sans jamais minimiser la difficulté ?

 

L’art de perdre d’Alice Zeniter

Paru l’année dernière, prix Goncourt des lycéens, ce livre raconte avec force et pudeur la vie d’une famille kabyle pendant la guerre d’Algérie puis obligée de s’exiler en 1962 en France car déclarée harki sans l’avoir choisi. Histoire prenante et cruelle se déroulant sur trois générations, histoire très personnelle mais emblématique de celle de milliers d’autres familles. L’auteure, la petite-fille d’Ali, le grand-père kabyle, sans jamais juger ou défendre quiconque, raconte avec tendresse l’histoire des siens, devenant un peu plus français à chaque génération, sans jamais oublier le bled perdu et souvent rêvé.

L’art de perdre… c’est donc l’art de lâcher, parfois dans la douleur et la tristesse, pour s’ouvrir à un ailleurs, afin de se retrouver et même de se ré-enraciner. Alice Zeniter s’inspire de la poétesse Elisabeth Bishop qui décline « l’art de perdre » comme une vieille sagesse que nous oublions souvent :

 

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;

tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.


Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d’aller. Rien-là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !


Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j’aime) je n’aurai pas menti. À l’évidence, oui,
dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
même s’il y a là comme – écris-le ! – comme un désastre.

 

                                                                                            Elizabeth Bishop

 

*** 

Chers lecteurs, chères lectrices, vous êtes cordialement invités à partager vos réactions et vos questions dans la rubrique « commentaires » qui suit cette chronique sur le site de l’écologie humaine.

 

Dernières chroniques du Mycelium :

Au pied du mur

30 mai 2018
Tugdual Derville, co-initiateur du CEH, propose une chronique toute fraîche d’écologie humaine. Comme quoi, parfois, être au pied du mur ouvre bien des portes !

« J’ai mené la semaine dernière un combat titanesque riche d’enseignements. Un combat contre le lierre qui avait envahi un vieux mur de pierre sèches jusqu’à l’écrouler par pans entiers sur la rue de notre petit village… Il fallait reconstruire, sans tarder. Les devis excédaient nos capacités. J’ai donc décidé de consacrer huit jours de vacances à refaire ce mur. Nous devions d’abord débroussailler et creuser pour récupérer les pierres tombées, défaire les parties branlantes… Et rebâtir. Cette dure session de maçonnerie traditionnelle, huit heures par jour pendant huit jours, m’a littéralement nettoyé le cerveau.

C’est une anglaise du village qui a trouvé le mot juste, que je lui ai fait répéter trois fois avant de la comprendre : « It is therapeutic ». Oui, travailler avec ses mains est thérapeutique ! Pas du seul pouce sur un écran digital au bureau, mais de ses dix doigts et au grand air, qu’il pleuve ou qu’il vente. Peser, porter, faire et refaire… Et voir tout doucement avancer l’ouvrage. On se couche fourbu, des pierres plein la tête. Mais l’on s’y précipite dès potron-minet pour progresser bravement… Trouver la bonne pierre après l’avoir cherchée pour la poser au bon endroit, c’est jouissif. Les amateurs de puzzles comprendront. Sauf que celui-là est en 3D, improvisé et durable.

Mais la grande joie de ce chantier fut une surprise : il provoqua des rencontres improbables avec de nombreux villageois jusqu’ici mal connus. Travailler au mur bordant l’espace public a attiré des pierres vivantes et précieuses : les habitant du petit hameau. Tous concernés ! À pied, en vélo, en auto, seul ou en couple, tiré par son chien ou poussant sa tondeuse, chacun s’arrête et commente. Le temps qu’il fait – pour entrer en conversation – la technique utilisée – pour les plus audacieux – l’embellissement de la commune, pour tous. Au pied du mur, on se parle. Au début, nous avons reçu quelques conseils goguenards. Allions-nous tenir plus d’une journée ? Puis deux enfants qui passaient par là sont venus nous aider… Et finalement les langues se sont déliées : nous avons loué le savoir-faire stupéfiant des anciens, et envisagé des projets d’avenir pour la commune : fleurissement, exposition, concert… Le mur est devenu un pont, prétexte pour se connaître, se confier, évoquer la beauté d’un petit bout de la douce France auquel les habitants sont viscéralement attachés.

J’en suis revenu avec les mains un peu meurtries, mais le cœur en fête. Et, au prochain coup de blues, bien décidé à me retrousser les manches. »

Welp : l’appli qui rend service près de chez vous

30 mai 2018
Contraction de « we help », l’application française Welp propose de faire du bénévolat à la carte. Cours particuliers, bricolage, déménagement, visites de courtoisie à des personnes âgées ou encore baby-sitting… ça vous dit de rendre service à vos voisins ? 

« S’engager dans le bénévolat sur du long terme n’est pas toujours évident et compatible avec les modes de vie de chacun. Avec Welp, l’idée est de donner un petit coup de main de manière ponctuelle à des gens aux alentours », explique Marie Treppoz, co-fondatrice de l’entreprise sociale. L’application compte aujourd’hui plus de 30 000 utilisateurs avec un réseau d’ambassadeurs partout en France.

D’où vient l’idée ?

Il y a 20 millions de bénévoles en France, un fabuleux tissu associatif mais presque autant de contraintes d’engagement pour les personnes qui souhaitent aider ponctuellement. C’est le cas de deux amis, Marie et Ludovic, 42 et 36 ans, qui souhaitent faire (ré)émerger une forme d’entraide dans leur quartier telle qu’elle existait autrefois entre habitants d’un même village, mais n’ont pas assez de temps libre pour se lancer dans du bénévolat à long terme. Autour d’eux, même constat : « il y a plein de gens qui sont des bénévoles en puissance, mais qui ne passent pas à l’acte parce qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils ne savent pas qui et comment aider. Et d’un autre côté, des gens ont besoin d’aide, mais ne peuvent pas s’offrir des services payants, comme un cours particulier à 20€ de l’heure par exemple. »

Voilà pourquoi, en 2015, ils lancent l’application Welp, disponible sur Iphone, Androïde ainsi qu’une plateforme internet, pour créer ce lien entre ceux qui ont besoin d’une aide ponctuelle et gratuite et ceux qui sont prêts à aider de temps en temps, près de chez eux et sans s’engager.

Comment ça fonctionne ?

C’est très facile : après s’être inscrit, il suffit de créer son annonce pour proposer de l’aide (dépanner des parents, donner des vêtements, garder un animal…) ou en demander pour soi-même, une association ou un proche (monter un meuble, tenir compagnie à un voisin, aider son enfant en maths, trouver des bénévoles pour son association…). Grâce à un système de géolocalisation, il est possible de découvrir la demande / la proposision d’aide à proximité. Sur l’annonce qui vous motive, cliquez sur « je welp » pour être mis en relation. « Une annonce sur deux reçoit une proposition d’aide ! », se félicite la fondatrice, avant d’ajouter, « il y a un vrai engagement ! »

La sécurité est bien évidemment une des priorités des fondateurs. Les échanges entre utilisateurs se déroulent dans un climat de sérieux et de confiance. Chaque donnée est vérifiée et gardée confidentielle. La modération des contenus, un système de messagerie interne et la notation systématique des « Welpers » ainsi que les commentaires associés, sont visibles de tous.

Pas de rémunération, pas d’échange, pas d’engagement : sur Welp chacun aide gratuitement et quand il peut.

On aime !

Une solution pratique et moderne pour humaniser à petits pas et à hauteur d’homme la vie de son quartier.

 

Sources / En savoir plus : 
*https://www.welp.fr/
*http://www.up-inspirer.fr/
*http://www.aufeminin.com
*http://www.marieclaire.fr

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