Pierre TCHERNIA, le bienveillant

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Pierre Tchernia s’en est allé le 8 octobre dernier à l’âge de 88 ans. Réalisateur de cinéma et animateur de nombreuses émissions de télévision, sa disparition a suscité une profonde émotion accompagnée d’un cortège d’hommages unanimes. Il était l’une des cinq pierres de l’église cathodique avec Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes, Pierre Sabbagh et Pierre Bellemare, désormais le dernier survivant. Par Fabrice de CHANCEUIL.

Comment expliquer une telle unanimité alors que l’homme n’était pas réapparu à la télévision depuis 2008 ? De fait, il n’est pas certain que les plus jeunes le connaissent vraiment mais il en va différemment pour les autres et en particulier les plus anciens. Pierre Tchernia avait en effet participé à la création du premier journal télévisé en 1949 et n’avait pratiquement pas quitté l’antenne jusque dans les années 1990 avec des émissions restées célèbres comme L’Ami public n°1 ou Monsieur Cinéma. Certains se souviendront, en particulier, des programmes de Noël où, dans une évocation à la fois dramatique et musicale, il faisait revivre les grandes figures de l’Histoire ou de la littérature aux côtés du comédien Michel Le Royer et du chanteur Jean-Claude Darnal. Il était même revenu dans l’étrange lucarne entre 1994 et 2006 comme sorte de grand témoin dans l’émission Les Enfants de la Télé animée par Arthur. Il n’y était pas forcément très à l’aise car on pouvait mesurer, alors, l’écart qui séparait la télévision telle qu’il l’avait incarnée et ce qu’elle est devenue depuis. Il avouait d’ailleurs ne plus se reconnaître dans ce média obsédé par l’argent et la facilité, lui qui avait connu le temps des pionniers du petit écran, empreint à la fois de faibles moyens et d’une grande rigueur.

Si la télévision avait pu le décevoir, il n’en était pas de même du cinéma, sa véritable passion qui lui avait valu le surnom de « Monsieur Cinéma », l’identifiant ainsi au titre de son émission. Et, s’il savait parler du cinéma, il savait aussi en faire, d’abord comme scénariste de Robert Dhéry (La Belle Américaine, Allez France !, Le Petit Baigneur) puis comme adaptateur en dessins animés des albums de bandes dessinées de son ami René Goscinny et enfin comme réalisateur de quatre films qui ont tous connu un joli succès (Le Viager, Les Gaspards, La Gueule de l’Autre, Bonjour l’Angoisse).

Cette abondante production suffit pour justifier sa notoriété mais ne permet pas, à elle seule, d’expliquer sa popularité. Celle-ci émanait assurément du personnage lui-même, dont l’imposante carrure, bien loin d’écraser son interlocuteur, lui conférait au contraire une incontestable bonhomie rassurante et apaisante. Pierre Tchernia laisse le souvenir d’émissions et de films simples et drôles, imperméables à toute forme de violence et de vulgarité dont notre époque se désole mais qu’elle est incapable de résorber. Et derrière cette légèreté apparente, la culture était toujours affleurante, contrastant avec l’indigence de la plupart des programmes actuels, dit de variétés, et pourtant bien peu variés.

En fait, aussi bien par sa personne que dans ses prestations, Pierre Tchernia témoignait d’une grande bienveillance. Au-delà de la gentillesse qui était sans doute naturelle au personnage, la bienveillance exprime une valeur qui représente une urgente nécessité. Reconnaître dans l’autre sa propre image appelle au respect mutuel et à la prise de conscience de notre humanité commune tout en conférant aux relations humaines une grande efficacité dont les directeurs de ressources humaines mesurent aujourd’hui les bienfaits.
Pierre Tchernia, l’« instituteur souriant » comme il se qualifiait dans Magic Ciné, ses mémoires parues en 2003, nous laisse une grande leçon d’écologie humaine. Comme quoi, la légèreté peut être l’amie publique n°1 de la profondeur.

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Courant pour une écologie Humaine

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