Amiante : quels enseignements pour aujourd’hui ?

L’amiante est un matériau qui engendre des pathologies pulmonaires graves. Elle a été l’objet d’un scandale sanitaire majeur il y a quelques années. C’est un cas d’école qui peut éclairer celui des lumières LED. Valérie est pneumologue. Elle nous partage ses connaissances et son expérience sur ce sujet.

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Depuis quand fabrique-t-on de l’amiante ?

L’amiante ne se fabrique pas, c’est un matériau naturel. Ce sont des fibres minérales. Il y en a plusieurs sortes (mais toutes les variétés sont cancérigènes). L’amiante est connue depuis l’antiquité, mais son usage s’est généralisé au XIXè et XXè siècles.

A quoi sert l’amiante ?

L’amiante a des propriétés remarquables. C’est un bon isolant électrique, acoustique et thermique, qui résiste à des températures très élevées. On peut la tisser, elle est très souple et élastique, résiste bien à l’usure, et aux agents chimiques. On en trouve de grands gisements naturels, c’est un matériau bon marché. Elle a donc non seulement des applications techniques nombreuses, mais elle trouve aussi des applications à grande échelle dans le bâtiment.

Pourquoi l’amiante est elle dangereuse ?

Essentiellement à cause de sa toxicité pulmonaire et du délai d’apparition très tardif des premiers signes d’alerte.
Les fibres d’amiante ont une action cancérigène sur les bronches et le poumon (cancer broncho-pulmonaire) et sur l’enveloppe autour du poumon (cancer de la plèvre appelé mésothéliome). D’autres enveloppes peuvent être atteintes (péritoine autour des intestins ou péricarde autour du cœur, cancer du larynx, cancer des ovaires). Ce sont des cancers particulièrement graves, malheureusement découverts à un stade souvent avancé. Le mésothéliome résiste habituellement aux traitements par chimiothérapie ou radiothérapie. Les douleurs qu’il provoque sont intenses et difficilement soulagées par les antalgiques classiques. Une prise en charge chirurgicale est possibles pour les stades précoces localisés, mais cette intervention est particulièrement lourde (ablation du poumon entier, avec sa plèvre).
L’amiante peut aussi provoquer des pathologies inflammatoires non cancéreuses, notamment une fibrose inflammatoire, appelée asbestose. Le poumon perd alors sa souplesse et se sclérose. Cette maladie peut évoluer vers une insuffisance respiratoire chronique.

Par quels mécanismes explique-t-on la toxicité de l’amiante ? 

L’amiante est constituée de fibres très fines, environ 0,1µm soit 400 fois plus fines qu’un cheveu. Ces fibres sont trop fines pour être filtrées à l’entrée du système respiratoire, elles rentrent jusqu’au poumon profond. Les macrophages qui ont une fonction épuratrice, n’arrivent pas à les éliminer. Au fil du temps il y a une accumulation de fibres, qui peuvent former des plaques visibles sur des examens d’imagerie pulmonaire, Les fibres d’amiante piégées peuvent provoquer une réaction inflammatoire pleuro-pulmonaire fibrosante comme l’asbestose, parfois une sécrétion de liquide autour du poumon (pleurésie), ou entraîner une dégénérescence cancéreuse.

Quels sont les délais d’apparition des pathologies liées à l’amiante ?

Des phénomènes inflammatoires comme l’asbestose se manifestent au bout de 10 à 20 ans.

Un cancer broncho-pulmonaire peut survenir avec une latence de 15 à 20 ans. L’exposition à l’amiante multiplie par 5 le risque de développer un cancer broncho-pulmonaire chez les sujets non fumeurs, tandis que le l’association tabac + amiante multiplie le risque par 50.
Un mésothéliome peut se déclarer avec un délai de latence qui peut atteindre 40 ans. Ce type de cancer est toujours lié à l’amiante.

Meurt-on de l’amiante depuis l’Antiquité ? 

On ne peut pas dresser des statistiques à travers l’histoire, mais les premiers soupçons de la dangerosité de l’amiante apparaissent au début du XXè siècle, alors que l’usage industriel de l’amiante remonte à 1860. Autrement dit, l’existence d’un lien causal entre amiante et l’apparition de pathologies pulmonaire a été établi tardivement.

La législation s’est elle adaptée rapidement ?

Les premières réglementations datent de 1931 en Angleterre. En 1945 en France l’amiante a été reconnue comme cause de maladie professionnelle. L’interdiction de l’amiante date de 1996 en France, même s’il a fallu près de 10 ans pour que l’arrêt complet soit effectif.
L’interdiction en France a engendré une forte opposition au Canada, qui était le deuxième producteur mondial d’amiante. En fait, une enquête de 2004 a révélé que la production mondiale était toujours en croissance, notamment en Russie et en Chine.

Est-ce un problème de santé publique majeur aujourd’hui ?

Oui. On considère que 125 millions de personnes dans le monde ont été exposées professionnellement à l’amiante. Les agences sanitaires ont officiellement reconnu 90 000 décès liés à l’amiante en 2016. En France, c’est la première cause de décès par maladie professionnelle (hors accidents). Etant donné le délai d’apparition des premiers signes d’alarme, le nombre de décès par cancers imputables à l’amiante est encore en croissance : on devrait atteindre un pic d’incidence en 2030, avec 43 à 60 000 morts cumulés par mésothéliome en 2050, d’après les estimations du programme national de surveillance du mésothéliome, En revanche, les pathologies inflammatoires bénignes de la plèvre sont en phase de décroissance depuis 2010 grâce à la réglementation et aux mesures de prévention du risque mises en place en 1997.

Ces informations sur l’amiante permettent d’identifier plusieurs points communs avec les lumières LED :
– Performances techniques extraordinaires
– Utilisation en masse
– Très rentable économiquement
– Dangereux à long terme
– L’usage continue à se développer après l’identification de risques sanitaires

Il y a aussi des différences dans la prise en compte du danger à relever.
En particulier les lumières LED présentent des risques plus diversifiés que l’amiante. Ci-dessous un petit récapitulatif des risques présentés par les LED :

 
Description du risque
Dans quel cas ?
Prise en compte
Phototoxicité
Rend aveugle à long terme. Il manque des études
pour bien quantifier le risque, mais les éléments donnés par des études à court terme sur des rats
ne sont pas rassurants.
Avec toutes les LED blanches, d’autant plus avec lumière froide voire bleutée. Très mauvaise. Sur ce point la comparaison avec l’amiante est la plus pertinente.
Sommeil humeur
Perturbation très puissante de l’horloge biologique, avec des effets sur le sommeil et l’humeur (100 fois plus qu’un néon, quelques secondes suffisent à produire un effet). L’effet dépend de l’heure d’exposition. Avec toutes les LED
blanches, d’autant plus
avec lumière froide voire bleutée.
Il existe un débat public par ex. sur les lampadaires au Canada, ou à propos des écrans (mode Night Shift d’Apple).
Eblouissement
Au delà de la gêne, une lésion de la rétine
irréversible peut se produire en quelques secondes.
Uniquement si la lumière
est mal diffusée.
De mieux en mieux pris en compte, mais reste un problème important.
Nausées, maux de tête
Très variable en fonction des personnes.
Peut aller jusqu’à déclencher des vomissements,  et/ou des migraines.
Surtout si l’alimentation électronique est instable (papillotement /flickering). Quasi nulle. Les utilisateurs ne sachant pas faire le lien entre leur malaise et sa cause, ce risque est étonnamment très peu connu.

Finalement, c’est le risque lié à la phototoxicité de la lumière bleue qui est le plus comparable au risque présenté par l’amiante, dans la mesure où c’est le risque le plus grave, et aussi parce qu’il ne se manifeste qu’après un long temps de latence. C’est aussi un risque dont on parle relativement peu par rapport aux autres. L’exemple de l’amiante a montré que même un danger bien connu, et bien analysé scientifiquement peut être occulté dans la société. Espérons que les législateurs prendront des mesures pour les LED plus rapidement qu’ils ne l’ont fait pour l’amiante, puisque de la prise de conscience à l’arrêt de l’utilisation de l’amiante il a fallu environ un siècle.

 

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Courant pour une écologie Humaine

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