Au bout du champ

Sous leurs déguisements d’automates, les boutiques « Au bout du champ » remettent le travail paysan et le rythme des saisons au cœur de la consommation de fruits et légumes, et offrent au libre-service citadin de goûter à la production locale.

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Par Tiphaine Behaghel

« Au Bout du Champ », les murs sont couverts de rangées de casiers, dont les petites portes vitrées permettent d’admirer le contenu : carottes, navets, lentilles, poireaux, oignons, pommes de terres, champignons de Paris, jus de pomme bio produit à la ferme, ou encore produits de pêche.
Les boutiques imaginées par la start-up pour vendre les produits des fermes des environs utilisent le concept du distributeur automatique : après avoir choisi les légumes d’un des casiers, le client paye son contenu grâce à la borne de commande et peut ouvrir le box sélectionné pour se servir. Depuis 2013, 5 points de vente ont ainsi vu le jour en région parisienne.

Dans ce distributeur au contenu loin des standards mondiaux du paquet de chips ou de la barre de chocolat, pas de procédure régulant la taille des tomates ou la forme des carottes, les exigences sont d’un autre ordre. En effet, les produits sont bio, frais – ils sont récoltés le jour ou la veille de leur vente -, et produits à moins de 100 km du point de vente : c’est un peu comme si vous alliez chercher vos produits directement chez les producteurs, mais en libre-service, et en plein coeur de Paris ou Levallois.

Déshumanisant, les radis en casiers ?
Mais où est donc passé le contact avec le maraîcher qui ramène sa fraise en vociférant le prix de ses melons ? « Ca fait bien longtemps que ses étals ont été remplacés par les rayons de nos supermarchés », répondront les plus nostalgiques d’entre nous. Ici, bien que des vendeurs assurent généralement une présence dans le magasin, le contact humain lors de la vente du produit n’est pas ce qui donne son sens à l’action d’Au Bout du Champ : les casiers, comme des boites aux lettres, délivrent directement aux consommateurs le travail de la terre.
Ce concept permet à l’intermédiaire de s’effacer, pour se faire simple « fournisseur d’accès » au fruit du travail du maraîcher, tout en adoptant un type de distribution qui nous est aujourd’hui familier, le libre-service. Celui-là n’est cependant pas pensé dans une logique de réduction des marges et de rentabilité à grande échelle, mais de retour à une production locale de saison, quotidienne, à échelle de l’humain. La start-up propose d’ailleurs régulièrement à ses clients d’aller rencontrer les producteurs et met en avant sur son site les visages et le travail de ces derniers, qui perçoivent 50% des bénéfices des ventes, plus que n’offre le circuit de distribution des grandes surfaces.
Ainsi, au-delà de la vente de légumes en tant que telle, la finalité d’Au Bout du Champ est bien la mise en avant d’une certaine façon de consommer ces légumes, et cela via un mode de distribution accessible à tous, dans la mesure où il n’impose pas l’adhésion des clients à un concept de distribution engageant – par abonnement – comme c’est le cas dans d’autres modèles de circuits courts.

Et quand il n’y a plus de navets, ce n’est pas la fin des haricots !
Cette logique de s’en remettre aux fruits de la récolte quotidienne ne garantit pas une disponibilité permanente de l’ensemble de l’offre. Mais gardons la patate (ou la pêche selon la saison), demain, les casiers seront de nouveau pleins… et quel bonheur de savoir que nous ne sommes pas nourris par une organisation aux rouages magiques délivrant dans un système parfaitement cadencé des tomates top models en rangs serrés, mais bien le travail de la terre d’Angel, Damien, Marie-Hélène, Côme et Alain.
Ainsi, sous son déguisement d’automate, l’initiative d’Au Bout du Champ permet une subtile réappropriation par les consommateurs du travail agricole et du rythme qu’il impose, tout en permettant aux maraîchers de savoir qui va consommer le fruit de leurs efforts : non pas des clients du bout du monde, mais, les clients d’Au bout du champ.
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Courant pour une écologie Humaine

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