Au pied du mur

Tugdual Derville, co-initiateur du CEH, propose une chronique toute fraîche d’écologie humaine. Comme quoi, parfois, être au pied du mur ouvre bien des portes !

« J’ai mené la semaine dernière un combat titanesque riche d’enseignements. Un combat contre le lierre qui avait envahi un vieux mur de pierre sèches jusqu’à l’écrouler par pans entiers sur la rue de notre petit village… Il fallait reconstruire, sans tarder. Les devis excédaient nos capacités. J’ai donc décidé de consacrer huit jours de vacances à refaire ce mur. Nous devions d’abord débroussailler et creuser pour récupérer les pierres tombées, défaire les parties branlantes… Et rebâtir. Cette dure session de maçonnerie traditionnelle, huit heures par jour pendant huit jours, m’a littéralement nettoyé le cerveau.

C’est une anglaise du village qui a trouvé le mot juste, que je lui ai fait répéter trois fois avant de la comprendre : « It is therapeutic ». Oui, travailler avec ses mains est thérapeutique ! Pas du seul pouce sur un écran digital au bureau, mais de ses dix doigts et au grand air, qu’il pleuve ou qu’il vente. Peser, porter, faire et refaire… Et voir tout doucement avancer l’ouvrage. On se couche fourbu, des pierres plein la tête. Mais l’on s’y précipite dès potron-minet pour progresser bravement… Trouver la bonne pierre après l’avoir cherchée pour la poser au bon endroit, c’est jouissif. Les amateurs de puzzles comprendront. Sauf que celui-là est en 3D, improvisé et durable.

Mais la grande joie de ce chantier fut une surprise : il provoqua des rencontres improbables avec de nombreux villageois jusqu’ici mal connus. Travailler au mur bordant l’espace public a attiré des pierres vivantes et précieuses : les habitant du petit hameau. Tous concernés ! À pied, en vélo, en auto, seul ou en couple, tiré par son chien ou poussant sa tondeuse, chacun s’arrête et commente. Le temps qu’il fait – pour entrer en conversation – la technique utilisée – pour les plus audacieux – l’embellissement de la commune, pour tous. Au pied du mur, on se parle. Au début, nous avons reçu quelques conseils goguenards. Allions-nous tenir plus d’une journée ? Puis deux enfants qui passaient par là sont venus nous aider… Et finalement les langues se sont déliées : nous avons loué le savoir-faire stupéfiant des anciens, et envisagé des projets d’avenir pour la commune : fleurissement, exposition, concert… Le mur est devenu un pont, prétexte pour se connaître, se confier, évoquer la beauté d’un petit bout de la douce France auquel les habitants sont viscéralement attachés.

J’en suis revenu avec les mains un peu meurtries, mais le cœur en fête. Et, au prochain coup de blues, bien décidé à me retrousser les manches. »

  • Notez cet article

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

Vos réactions

Soyez le premier à donner votre avis

Donnez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

*