Devenir parents à travers la fragilité de son enfant

Lorsqu’un enfant voit le jour, sa grande fragilité requiert des piliers pour se développer et s’épanouir. Le texte ci-dessous, tiré du mémoire sur la paternité de Cyrille Krebs, responsable de l’alvéole Éducation, appui sur l’importance du soutien parental dans la vie d’un enfant.

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A chaque naissance, quelque chose de « sacré » survient. Métaphysiquement, la venue au monde d’un enfant dépasse radicalement les parents [1]. Les parents se trouvent trop souvent engagés, comme malgré eux, dans quelque chose qui les dépasse. On ne peut pas mesurer complètement l’engagement mais on peut s’y être disposé ; et si cela n’a pas été le cas, au moins consentir à la réalité qui s’impose. Je suis capable de contribuer à l’apparition d’une nouvelle personne fragile et dans une grande dépendance à mon égard. Cette fragilité est un appel !
L’enfant m’appelle à devenir mère ou père. « Papa où t’es ? » pourra toujours demander le fils ou la fille. L’enfant appelle le père et c’est lui qui lui révèlera, pour une part essentielle de ce qu’est la paternité. Il y a une « responsabilité substantielle » dit Marie Dominique Philippe [2] et une nécessaire « intégration » pour la mère et le père des conséquences de la présence de cet être fragile. « L’enfant, surtout quand il est petit et quand il est angoissé, parce qu’à ce moment-là, il connaît une plus grande pauvreté, exprime cette relation de dépendance dans l’ordre de l’amour, et par là, révèle au père ce qu’il est. Le père (comme la mère) n’est père que dans la relation avec ses enfants, avec chacun de ses enfants. L’un et l’autre sont relatifs à un autre, et cet autre qui dépend d’eux révèle à chacun d’eux ce qu’il est »[3].

La fragilité est inhérente à la nature de l’enfant dès sa conception [4]. Elle constitue un appel à la maternité et à la paternité [5]. Ce n’est pas un accident. La fragilité fait partie de la nature de la vie de l’homme comme de celle des autres êtres vivants mais avec une ampleur inégalée. Sortant du ventre de sa mère, le poulain peut être rapidement debout « cahin caha ». Elle s’efforce de l’aider à se délier du placenta et de la poche qui l’enveloppe. La jument d’instinct prête assistance à son poulain afin qu’il puisse marcher, ce qu’il fait étonnamment vite, et téter afin de permettre le renforcement de ses défenses immunitaires. Cette attention de la jument, ancrée en elle par l’instinct, est vitale pour le poulain.

Tous ceux qui ont assisté à la naissance d’un enfant savent que sa fragilité est extrême et qu’il est moins encore que les autres animaux en capacité de répondre à ses besoins sans assistance. Cette assistance, il va en avoir particulièrement besoin à chaque étape de sa vie. Dès la naissance apparaît cet appel vital non plus à l’instinct mais à l’amour pour un enfant qui nous est confié. Avant la conception une disposition au don de soi désintéressé [6] devrait être présente chez les parents. Un mélange de disposition innée « instinct maternel ou paternel » et de disposition acquise qui suppose un temps de préparation et d’assimilation. Quand cette disposition n’y est pas, il faut trouver un palliatif. En fonction des étapes de la croissance de l’enfant, la responsabilité et les modalités des réponses aux besoins de l’enfant seront différentes pour le père et pour la mère. Dès le commencement la femme assumera corporellement. Pour le père, à cette étape, quelque chose est déléguée à quelqu’un d’autre. Ce n’est pas nécessaire ici d’énumérer toutes les étapes. Il suffit de dire que l’enfant avant d’atteindre son autonomie et d’être en mesure de devenir une personne libre capable d’aimer en conscience et de décider de ses actes avec prudence dans le respect des autres avec la nécessaire acceptation des contraintes que cela implique, va passer par une série de phases de maturation physiologique, psychologique, affective et spirituelle qui nécessitent un accompagnement adapté. Comment l’aider à passer d’un amour captatif nécessairement vécu à un certain âge à un amour oblatif signe d’épanouissement et de maturité plus tard ? Comment l’aider dans son acquisition du langage ou l’aider à passer l’âge du non pour découvrir et intérioriser les limites et ainsi commencer son autonomisation qui deviendra à l’adolescence un enjeu encore plus vital ? …

 

[1] Il me semble que la venue d’un enfant au monde est un émerveillement tel qu’il nous fait toucher du doigt le « choc de l’acte d’exister ». Il y a une réalité objective qui me transcende et qui m’appelle à être présent à elle sans rester enfermé en moi-même, « aveugle » et « sourd » au réel.

[2] Marie Dominique Philippe, L’amour des époux, Parole et Silence p 79.

[3] Marie Dominique Philippe, conférence Cycle Saint Pierre 21 février 1982.

[4] « Ainsi apparaît l’un des enjeux cruciaux de notre vie personnelle : accepter la fragilité au cœur de la logique humaine, accepter les limites et souvent la précarité dans laquelle cette fragilité existe, prendre en compte les déficiences et les faiblesses comme des composantes en partie irréductibles de nos existences, mais plus encore découvrir la fragilité comme constitutive de notre identité personnelle la plus profonde ». L’homme fragile, Samuel Rouvillois, p 161, Ephèse éditions.

[5] « Plus celui en face de qui on se trouve est faible, fragile, plus on comprend la responsabilité qu’on a ». Marie Dominique Philippe, L’amour des époux, Parole et Silence p 78.

[6] Paul Lemoine « Transmettre l’amour » Nouvelle Cité p21, 22

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Courant pour une écologie Humaine

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