Et si l’on enseignait le « savoir être en relation » ?

Savoir etre

Et si l’on enseignait le « savoir-être » – connaissance de soi, estime de soi, gestion des conflits, créativité, coopération – dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité des enfants ? Car si l’orthographe et l’algèbre sont incontournables, la « grammaire des émotions » est elle aussi nécessaire pour être en relation de façon juste, équilibrée et libre.

Si l’écologie est la science des relations des êtres vivants entre eux et avec leur environnement, considérons que l’écologie humaine est l’étude des relations des humains entre eux et avec leur environnement.

L’être humain est fait « pour » et « par » la relation

Il suffit de se regarder dans une glace : des yeux, des oreilles, une bouche, des bras et des jambes… Le  corps est un moyen extraordinaire pour entrer en relation.

Allons un peu plus loin et prenons conscience de la place qu’occupent nos relations au quotidien : à la maison, avec nos proches, sur notre lieu de travail, dans les associations que nous fréquentons : nous passons le plus clair de notre temps en relation avec les autres : par la parole, l’écrit, ou notre simple présence physique.

Enfin, quelle variété de situations il nous faut « gérer » : relations amicales, amoureuses, contractuelles, collaboratives, hiérarchiques, conflictuelles…

Si nous sommes faits pour la relation, nous sommes également faits par elle : ce sont – en résonance avec les caractères innés que nous recevons à la naissance – les relations que nous avons vécues et que nous vivons qui nous façonnent : les relations de qualité vécue par l’enfant seront pour lui un atout une fois devenu adulte et nous savons combien la qualité des relations que nous tissons avec notre entourage contribue grandement à notre bonheur… ou notre malheur.

Avoir des relations de qualité n’est pas naturel !

Nous aspirons tous à tisser des relations de qualité avec notre entourage. Et pourtant, combien il nous est difficile d’y parvenir !

Thomas d’Ansembourg, dans son livre « Cessez d’être gentil, soyez vrai »[1], explique combien nous sommes prisonniers de ce manque de savoir « être » en relation. Nous cherchons le plus souvent à être gentils avec les autres « pour que les choses se passent bien » et ce, au prix de la vérité qui nous habite ou de ce que nous sommes réellement.

« Nous n’avons pas appris la ‘grammaire des émotions’… et la société tout entière en paie le prix »

Face à une situation de tension ou une difficulté relationnelle, la tentation est souvent grande de fuir, d’agresser, ou de manipuler. Combien de personnes entendez-vous dire : « Je ne dis rien parce que je ne veux pas faire de conflit » ? Combien prennent le pouvoir dans un groupe, parce que personne n’ose parler ou contredire ? Combien de colères rentrées qui parfois explosent tout à coup ?

Le plus souvent, nous n’avons même pas conscience de ce qui se joue en nous : colère, joie, tristesse, peur, angoisse… nous n’avons pas appris la « grammaire des émotions »2. Nous faisons comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes… et nous en payons le prix. Et la société tout entière en paie le prix.

Pour une véritable éducation à la relation

Depuis les travaux de Marshall Rosenberg et Carl Rogers sur la communication interpersonnelle, de nombreux outils se sont développés qui sont aujourd’hui utilisés dans les formations pour les entreprises : connaissance de soi, estime de soi, gestion des conflits, créativité, coopération…

Il est plus que temps que ces savoir-être soient enseignés dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité des enfants, afin qu’ils acquièrent ces compétences indispensables à nos sociétés.

Des initiatives naissent pour que la relation soit au cœur de l’éducation, à l’école et à la maison :Réseau Ecole et non-violence[2],  l’Atelier des parents, l’Association pour la communication non-violente à l’école, l’éducation à la relation, dans certains établissements…

Nous ne sommes qu’au début de cette formidable aventure dont l’enjeu est bien de remettre l’Homme au cœur de son humanité.

Nous aurons l’occasion d’y revenir !


[1] Th. d’Ansembourg – Cessez d’être gentils, soyez vrais ! Être avec les autres en restant soi-même – Les Editions de l’Homme.

[2] I. Filliozat, La grammaire des émotions, in Eduquer à la non-violence et à la paix, La Lettre, n°14 – Juin 2009.

[3] La coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix

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À propos de l'auteur

JEROME BRUNET
JEROME BRUNET

Après avoir été animateur dans les quartiers à Dreux, dans les années 80, Jérôme Brunet a été instituteur dans le public. Puis, pendant 7 ans, il a travaillé au sein de l’entreprise dans le domaine de la communication et de l’édition. En 1997, il prend un poste de chef d’établissement d’école, et est nommé Directeur de l’Enseignement catholique de Loir-et-Cher en 2006. Il est cofondateur, en 2004, de l’Appel des professionnels de l’enfance (www.debattons.org), association qui veut placer la question de l’enfant au cœur des actuels débats de société

Vos réactions

2 personnes ont donné leur avis pour "Et si l’on enseignait le « savoir être en relation » ?"

  1. Sandrine Treuillard dit :

    J’admire beaucoup ce que Jérôme Brunet a exprimé lors du Grenelle de la Famille à Bordeaux : « L’éducation, un art, au sens « d’artisanat » : les parents : premiers et principaux éducateurs en humanité » : http://lavaillante.hautetfort.com/archive/2013/10/19/temp-460faac37751328669d1d124f2cd6a0f-5200319.html.
    J’ai moi-même une réflexion sur cette notion de relation, d’éducation à la relation. J’en ai produit un texte à partir d’une citation de la phénoménologue allemande EDITH STEIN qui était aussi très forte sur la question de la relation & de l’éducation, lisible sur ce lien : http://lavaillante.hautetfort.com/la-force-impressionnee.html

    La véritable éducation à la relation ne peut-être qu’interpersonnelle, je crois. Et pas administrée par un État, une structure froide & désaffectée. Il est nécessaire de restaurer la confiance et d’apprendre à connaître les affections qui nous meuvent ; apprendre à ne pas craindre ses « motions intérieures », mais les accueillir, les maîtriser afin d’entrer en relation vraie avec autrui.

  2. Arnaud dit :

    Je connais au moins une école, post bac, qui met en oeuvre ce programme, depuis plus de 25 ans. Je le sais, j’y étais élève il y a 20 ans ! A l’époque, nous étions 14 ; aujourd’hui il y a plus de 80 élèves par an.
    Son premier directeur a présenté le résultat de ce travail dans une thèse en sciences de l’éducation qu’il a obtenu avec les félicitations. Ce qui était d’autant moins évident vu le nombre d’inspirations spirituelles et religieuses qui fondent ces travaux !
    Par curiosité, allez voir là : http://www.iffeurope.org/
    C’est inspiré, c’est réfléchi et ça marche.

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