Être cultivateur aujourd’hui

Dominique Grève, agriculteur près de Valence dans la Drôme, cultive une ferme de 40 hectares, comprenant notamment 2000 poules pondeuses. Lors de cet entretien, il raconte comment d’une agriculture conventionnelle il est passé à une agriculture « au naturel », évoquant, au passage, les difficultés traversées et proposant une définition de ce qu’est « l’esprit paysan ». DominiqueGreve_NL

UNE HISTOIRE DE TRANSMISSION

« J’ai repris cette ferme avec peu d’ambition. Ce qui m’attirait, c’était la transmission familiale, le fait de continuer ce que mes ancêtres avaient travaillé. Je l’ai donc reprise en 1991 avec, à l’époque, un système conventionnel qui donnait une grande importance aux produits d’accompagnement phytosanitaire, engrais…

Il y avait déjà quelques agriculteurs bio et je suis allé en voir quelques-uns pour discuter des grands problèmes qu’il fallait résoudre.

CULTIVER AU NATUREL : DES RÉSULTATS SURPRENANTS

J’avais l’avantage d’avoir deux bâtiments d’élevage de volailles de chair où j’élevais tous les deux mois deux fois 18000 bêtes. Je m’évertuais à aller petit à petit vers un soin des poules au naturel alors que ce n’étaient pas des volailles vendues en bio en grandes surfaces. J’ai eu des résultats surprenants premièrement vis-à-vis du traitement de l’eau puis sur les antibiotiques.

Pour ce faire, j’ai eu la chance d’avoir une vétérinaire qui m’accompagnait, moi et d’autres éleveurs, pour essayer de travailler avec l’homéopathie. Cela m’a beaucoup étonné. Chez les humains, on dit que l’homéopathie est un placebo mais les animaux ne mentent pas. J’ai fait l’expérience de mettre 30ml d’homéopathie pour mille litres d’eau et cinq minutes plus tard, les bêtes étaient pendues aux abreuvoirs pour s’hydrater.

Contrairement aux molécules de synthèse, l’homéopathie n’a aucun effet indésirable. C’est-à-dire que si l’on est pas en phase, cela ne marche pas. La vétérinaire qui nous suivait a beaucoup travaillé pour élaborer des formules appropriées aux poulets, avec des résultats incroyables. J’ai donc commencé comme cela.

Pour ces volailles de chair, nous étions encadrés par des techniciens : on nous fournissait les poussins et l’aliment – mais on ne savait pas ce qu’il y avait dans l’aliment : les premix sont souvent gardés secrets. Cela marchait quand même très bien en élevage. Petit à petit, nous sommes passés aux désinfections naturelles pour remplacer les produits de synthèse, difficiles à supporter, avec une multitude d’inconvénients. J’ai donc utilisé des produits naturels, des huiles essentielles, en l’occurrence, qui marchent très bien.

FINANCE : SORTIR D’UN SYSTÈME INJUSTE

Une autre chose m’ennuyait : c’était notre rémunération. Pour un poulet vendu à 4 euros minimum du kilo en grande surface, nous, les éleveurs, touchions environ 40 centimes d’euros. Écart très fort, surtout lorsqu’on sait que des 40 centimes sont retirés l’amortissement du bâtiment, les frais de chauffage, l’électricité, le ramassage, la désinfection…

Je trouve que cela est une aberration. Des écarts pareils sont injustes ; il en manquerait peu pour que les éleveurs ne puissent vivre convenablement. C’est grave !

J’ai donc essayé d’arrêter petit à petit ce système d’élevage et j’ai transformé un de mes deux bâtiments en bâtiment pour poules pondeuses, tout en continuant le second en volaille de chair. L’un de mes bâtiment a donc comporté quatre salles dans les 1000 mètres carrés : une salle pour l’élevage des poussins futures poules pondeuses, deux salles de ponte et une salle de conditionnement où les œufs sont emballés pour les clients. J’ai démarré avec 2000 poussins. Cela n’a pas été simple mais on y est tout de même arrivé !

Habituellement, on acquiert les poules déjà prêtes pour la ponte. Mais je tenais à élever mes poussins sur litière paille, et non sur plastique comme cela se fait en grande majorité. J’étais attiré par ce naturel et je voulais continuer sur paille.

LA RELATION CLIENT : UNE CHANCE INOUÏE POUR L’AGRICULTEUR

Avec la vente d’œufs, j’ai découvert la relation clientèle. Cette relation clientèle est une chance inouïe pour l’agriculteur parce que son produit, le fruit de son travail, est ressenti et goûté par le consommateur final. Les retours sont chaleureux et encourageants et nous permettent de surmonter les épreuves de terrain comme les problèmes sanitaires, auxquels j’ai été confronté.

DES RÈGLES DRASTIQUES (VOIRE UBUESQUE ?)

Au cours de prélèvements obligatoires effectués toutes les quinze semaines, on a découvert dans ma ferme un échantillon positif aux salmonelles, bactéries dont certaines peuvent être dangereuses pour l’homme. Les services vétérinaires bloquent alors toute la production. On a donc bloqué 50000 œufs impossibles à vendre et on m’a obligé à supprimer toutes les volailles. On m’a demandé de faire la même chose sur l’autre salle car elle se trouvait sur le même site. J’ai donc dû envoyer des jeunes poules de 30 semaines à l’abattoir. Cela m’a permis de ressentir ce que d’autres éleveurs ont pu ressentir, non seulement pour la volaille mais aussi pour de plus grosse bêtes, auxquelles on s’attache plus.

Je l’ai donc fait, sachant que cette salmonelle ne se trouvait que sur la litière des bêtes. C’est-à-dire qu’elle n’était pas sur les parois, ni dans les nids, ni sur les tapis ramenant les œufs pour pouvoir les ramasser plus aisément. Elle n’était pas non plus dans la salle de conditionnement et il n’y en avait aucune dans la salle des jeunes poules.

Je trouve donc que c’est un abus prononcé et grave – à tel point que l’on essaie avec d’autres éleveurs de faire changer ces lois. Nous voudrions donc faire évoluer ces lois pour amener à faire contrôler les œufs au lieu d’une ambiance bâtiment qui n’est pas tenue qu’aux poules, sachant qu’elles courent dehors, où d’autres animaux sauvages ou gibiers portent ces bactéries.

Je suis alors resté sept mois sans œufs. On m’a demandé de fortement désinfecter, avec des produits de synthèse agressifs pour la faune, la flore, les eaux. Avant de le faire, j’ai voulu essayer avec ce que j’utilise d’habitude. La vie est forte, elle se défend toute seule. J’ai donc nettoyé le bâtiment et j’ai ensuite utilisé des huiles essentielles. Lors de leur nouveau contrôle, les services vétérinaires n’ont retrouvé aucune salmonelle. C’est la preuve que les produits naturels marchent. Il n’y a cependant aucune publicité dans ce sens de la part des services sanitaires.

DES PRODUITS DE QUALITÉ : LA FIERTÉ DU CULTIVATEUR

Je peux aussi dire que j’ai gardé mes œufs bio pendant sept mois et je les ai mangés. Pourquoi met-on 28 jours sur des œufs ? Sur des œufs de qualité, on peut garantir une durée d’un mois, de deux mois et plus sans risque. On mesure la qualité d’un produit à sa durée dans le temps. C’est la même chose pour l’agriculteur.

>> Lire la suite, sur l’esprit paysan

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Courant pour une écologie Humaine

Vos réactions

1 personne a donné son avis pour "Être cultivateur aujourd’hui"

  1. françois dit :

    Dominique au naturel , comme je te connais !!! peut être que l’esprit paysan c’est aussi cette capacité d’émerveillement que tu manifestes si bien ; c’est aussi ce retour à l’ordre initial :produire pour survivre (se nourrir) partager et donner puis vendre le surplus pour progresser alors que le productivisme actuel ne respecte ni la terre ni les plantes et les animaux et « oublie » même de rémunérer l’esclave du système et le paria de la société :celui qui pue ,qui pollue ,qui empoisonne ! l’esprit paysan c’est aussi la prise en compte des rythmes biologiques, des cycles naturels, du recyclage permanent des 4 atomes de base de la vie:oxygène,hydrogène,carbone et azote :bref la VIE comme tu dis . joyeuse fête de Noël et dans l’attente de la naissance de l’auteur de la vie ,partages avec tous les tiens toute mon amitié .

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