Être un, unique et irremplaçable

Face à face avec Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine au sujet du dernier thème – « tout est lié » – de la formation Cap 360°. Et si nous osions être pleinement vivants, conscients de notre place unique dans le monde ?

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Unis, uniques et irremplaçables

Je pense que l’ensemble des thèmes abordés cette année – se situer, s’enraciner, s’ouvrir, se relier, travailler, réparer, pacifier, dessinent à l’arrivée un homme simplement vivant. Nous avons parlé de racines, de déploiement, de verticalité et d’horizontalité, mais c’est l’homme pleinement vivant que nous cherchons, un homme dont aucune des dimensions n’a été stérilisée ou amputée.

Nous sommes bien conscients de trop « saucissonner » ou dévaloriser l’une ou l’autre de nos dimensions physique, psychique, intellectuelle et spirituelle. Ce thème « tout est lié » nous fait prendre conscience que nous sommes un, avec toutes ces dimensions qui interagissent les unes sur les autres.

Je ne peux avoir un contact avec le réel qu’avec mon corps – et donc j’éprouve du respect pour ce corps qui m’est donné, non seulement pour échanger mais aussi pour me situer et exister dans le monde. Je suis là, avec mon corps, et sans lui, je n’aurais pas existé.

Osons même dire que je pense avec mon corps, à travers mes émotions : telle phrase me fait un coup de poing dans l’estomac. Je vais tenter d’accueillir, au travers de mes réactions physiques, ces émotions et pensées qui habitent mon corps. Et, dans ce fort intérieur, je vais situer mon être avec toutes mes dimensions (physique, psychique, intellectuelle et spirituelle). C’est là que je vais ressentir une unité profonde. Et dans cette unité profonde, je vais prendre conscience de quelque chose d’extrêmement précieux pour ma joie : mon unicité. Ici et maintenant, avec mon corps, personne ne peut prendre ma place et personne n’a jamais existé avant avec ce que je suis aujourd’hui. Je suis unique et irremplaçable : merveille que je suis.

C’est cette expérience intérieure qui va me consoler de sentiments de culpabilité, de mes échecs et de mes interrogations sur le sens de ma vie.

Être unifié, oui, mais comment ?

Cette quête d’unité me fait penser à la maxime : « qui veut faire l’ange, fait la bête ». Au fond, si nous pensons n’être qu’un pur esprit ou une pensée flottante au-delà des contingences, très vite nous nous comportons comme des animaux non connectés à la réalité de notre humanité pleine et entière. Prudence ! D’où l’importance de faire une cartographie de ces lieux de notre être qui sont fracturés, divisés et incohérents.

Jean Vanier aimait raconter cette histoire, à propos d’un accompagnateur attristé, membre de l’association « À bras ouverts ». Ce dernier lui narrait que dans son métier, il était comme un tueur façon « mort aux faibles ». A l’inverse, au sein de l’association, il se retrouvait à prendre soin des plus fragiles. Comment gérer cette incohérence apparente ?

Réponse de Jean Vanier, sous forme de boutade : la plus grande partie du problème se résout simplement dans la mesure où l’on en prend conscience. Prenons conscience que notre unité est toujours à venir et qu’elle n’est jamais véritablement atteinte. Dans notre être, l’importance est de constater ce qui est fracturé et de pouvoir faire la liste de ce qui est incohérent, divisé et manquant d’unité entre nos conviction et nos actes, nos pensées et la dimension spirituelle à laquelle nous nous sentons appelé, afin de mieux avancer vers l’unité. Cette prise de conscience nous fait déjà avancer vers l’unité, à laquelle nous aspirons tous.

Je crois sincèrement que l’unité est aussi un chemin que l’on déduit de ce qui s’est passé et des rencontres que l’on a vécu. Bien souvent, ce sont d’autres humains avec lesquels nous sommes en relation qui vont nous révéler le chemin qui est le nôtre et nous aider à trouver notre entité profonde, un peu comme de bons anges qui vont attester les lieux de notre fécondité.

Autrement dit, nous ne sommes pas des hommes hors sol et ne fondons pas notre vie sur des fantasmes mais bien, sur la réalité des pas que nous foulons avec d’autres.

Une chose est certaine : nous n’avons jamais fini de faire le tour de nous-mêmes ou de qui que ce soit. Nous n’en avons jamais fini avec cette quête ultime de l’unité, qui semble un mystère inatteignable. Tant mieux ! Car l’homme n’est pas la résultante de quelconques équations mais demeure un mystère à élucider jusqu’au bout.

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Courant pour une écologie Humaine

Vos réactions

2 personnes ont donné leur avis pour "Être un, unique et irremplaçable"

  1. Claire BOUCHER dit :

    MERCI Tugdual. C’est MAGNIFIQUE. OUI, nous sommes tous uniques, et personne ne peut se mettre à la place de l’autre. Et pourtant, il m’arrive souvent cette phrase : « je n’aimerais pas être à votre place » et je réponds : « vs avez de la chance car vs ne l’êtes pas »…

  2. Gérard Langlois-Meurinne dit :

    J’ai beaucoup apprécié ta video et ton texte. En effet, chercher à entrer dans notre monde intérieur, à mieux découvrir qui nous sommes (parfois en passant par le regard et les reflets des autres) n’est pas forcément signe de narcissisme mais un besoin profond de l’être humain conscient, qu’il oublie trop souvent. C’est, comme tu le dis,un « chemin »,jamais terminé, et en même temps vers l’unification (plus d’accord de fond avec nous-mêmes), et vers notre unicité qui est aussi don et richesse pour les autres. Aller vers soi c’est un chemin pour aller vers les autres.

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