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Etre uns, ensemble

Etre uns, ensemble « Prendre soin de tout homme, de tout l’homme » dans le cadre de l’engagement politique renvoie à une perception globale de l’autre, mais doit aussi nécessairement passer par une perception unitaire de soi-même.

PRENDRE SOIN DE SOI, INTÉGRALEMENT

A ce titre, la distinction souvent évoquée entre l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction sonne comme une étrange césure de la personne. Elle est d’autant plus étrange que le concepteur de cette distinction n’entendait pas distinguer deux éthiques concurrentes en considérant qu’une fois parvenu aux responsabilités, l’acteur de la vie politique pourrait se passer de ses convictions. Or l’invocation de cette distinction sonne souvent comme le prétexte à tous les renoncements, sentencieusement revêtus d’une légitimité doctrinale.

Il ne s’agit certes pas d’être naïfs, et de proposer à contretemps des engagements ou des réformes lorsque les conditions politiques les rendent assurément inaudibles. Il s’agit en revanche de refuser de s’installer dans un système dual, qui peut conduire tout à la fois à l’affadissement de la vie politique et à la trahison de son engagement. Quel est en effet l’apport de celui qui se résigne à endosser les convictions communément admises ? Et quel est l’intérêt de s’engager s’il s’agit au final de taire ses convictions au nom d’une prétendue responsabilité ? S’il s’agit de se maintenir en place dans l’espoir, peut-être fantasmé, de mettre un jour en œuvre ses convictions, n’y a-t-il pas un fort risque de se réveiller en n’ayant été que le rouage docile de la politique des autres ?

UN IMPÉRATIF DE CONSIDÉRATION

« […] Depuis quelques années et aujourd’hui encore, la politique semble s’être singulièrement centrée sur l’art de cliver politiquement, pour exister médiatiquement »

Prendre soin de tout homme, c’est aussi ce que l’on pourrait appeler une société de la considération. Chaque citoyen souhaite se voir reconnu dans sa singularité, son unicité, sa contribution personnelle à la marche du pays.

On peut pourtant craindre qu’en France en particulier, nous soyons marqués par une culture de l’antagonisme. Le débat politique, comme en témoignent régulièrement les Unes des hebdomadaires, est souvent dominé par la dénonciation de ceux qui vivraient aux dépens des autres, depuis les patrons jusqu’aux fonctionnaires. Au-delà de ce travers, depuis quelques années et aujourd’hui encore, la politique semble s’être singulièrement centrée sur l’art de cliver politiquement, pour exister médiatiquement. Si cela ne suffisait pas, quelques relents d’approches marxistes nous conduisent toujours à envisager la société comme autant d’espaces de luttes entre groupes antagonistes : ouvriers contre patrons, hommes contre femmes, jeunes contre vieux.

Le besoin de considération, de reconnaissance, marque également nombre de professions et spécialement des professions dont l’apport ne peut être apprécié selon une logique de rentabilité financière : personnels soignant, enseignants, magistrats…

Prendre soin de tout homme, c’est probablement aussi développer une logique inclusive.

UNE PARTICIPATION NÉCESSAIRE

« Au plan local, des expériences de participation peuvent être mises en place. Pour éviter de verser dans une démocratie directe peu efficace, l’élu local concerné peut notamment définir l’objectif à atteindre, tout en soumettant les moyens à la consultation. Au plan national, la culture du référendum est à recréer… » 

L’évocation d’une « société de considération » risque de se borner à une forme de « calinothérapie » si elle ne se traduit pas aussi par une participation plus importante de chacun, de tout homme.

Celle-ci apparaît comme d’autant plus nécessaire que les citoyens peuvent concevoir, à tort ou à raison, un sentiment de dépossession du pouvoir. En effet, si au siècle dernier Paris s’est rapproché, le pouvoir semble avoir quitté la capitale, pour résider à Bruxelles, dans les « machins » internationaux ou les marchés financiers. C’est d’autant plus vrai que les compétences des échelons locaux – département et région – sont largement ignorés, et les scrutins locaux systématiquement confisqués par les enjeux nationaux.

Que cette perception soit fondée ou non, elle existe, et elle peut déboucher sur des tentatives de réappropriation violente du pouvoir.

Au plan local, des expériences de participation peuvent être mises en place. Pour éviter de verser dans une démocratie directe peu efficace, l’élu local concerné peut notamment définir l’objectif à atteindre, tout en soumettant les moyens à la consultation. Au plan national, la culture du référendum est à recréer : si la Vème République a instauré le référendum, sa pratique depuis De Gaulle l’a immédiatement vidé de toute portée en le constituant en plébiscite. La mise en place du référendum d’initiative populaire est également à surveiller.

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A propos de l'auteur

Avocat au barreau de Paris

ERWAN LE MORHEDEC
Erwan Le Morhedec est avocat au barreau de Paris, spécialisé en droit des affaires. Il est également, depuis 2005, l'auteur d'un blog, koztoujours.fr, consacré aux questions de politique et de société.

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Vos réactions (5)

  • MS

    L’opposition entre la morale de conviction et la morale de responsabilité, selon la terminologie de Max Weber, rejoint celle entre le système paix et le système droits de l’homme, selon Péguy. Je ne suis par sûr que cela entraîne « une césure de la personne ». Ou alors elle plutôt heureuse, sous forme de souplesse.
    La morale de conviction vise le plus grand bien de l’individu, elle relève d’un certain absolu.
    La morale de responsabilité recherche davantage le moindre mal collectif, elle est en ce sens plus politique.
    Tension oblige entre idéal et réalité, la ligne de partage n’est souvent pas claire, son point d’accord encore moins.

    Mais je vous rejoins pleinement sur l’impératif de considération. Il y a souvent moins d’adversaires que d’adversité. Si on voulait bien commencer par ce constat, l’effort commun serait envisageable, et fructueux. C’est l’espérance folle… ♫

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  • Koz

    Permettez que je vous réponde en tant que Koz. En matière de césure de la personne, voilà une bonne introduction.

    Je n’ai, précisément, pas voulu me référer explicitement à la distinction opérée par Max Weber (c’est la raison pour laquelle je ne l’ai d’ailleurs pas cité nommément). D’une part, parce que je dois bien avouer que je ne la maîtrise pas totalement et, surtout, parce que c’est à une approche un peu dévoyée de cette distinction que je veux faire référence.

    Il y a des expressions qui font florès, comme celles d’ »éthique de conviction » et « éthique de responsabilité » et leur usage ne correspond plus véritablement aux intentions de leur concepteur. Aujourd’hui, elles sont trop facilement invoquées pour s’excuser de ne pas être fidèle à ses convictions.

    C’est, je crois, ce que j’entendais dans la deuxième phrase de ce paragraphe.

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  • Gwynfrid

    Chercher à être ensemble, c’est chercher à faire l’union des coeurs et des esprits autour d’un objectif commun. Il n’est pas étonnant, dès lors, que les remarques ici faites se veulent consensuelles, tout en essayant d’avancer au-delà de la banalité.

    Cela dit, je mettrais bien un petit grain de sel qui risque de tester la solidité de ce possible consensus.

    « Prendre soin de tout homme, c’est aussi ce que l’on pourrait appeler une société de la considération. Chaque citoyen souhaite se voir reconnu dans sa singularité, son unicité, sa contribution personnelle à la marche du pays. »

    J’en suis bien d’accord. Mais, ne faisons pas abstraction du contexte dans lequel se crée l’idée d’écologie humaine, à savoir celui de la « Manif pour Tous »: qu’en est-il de la considération à l’égard des personnes homosexuelles, que ladite manif a au mieux ignorée, et au pire sérieusement remise en question ? Lorsque j’ai fait une remarque dans cette direction sur Koztoujours (c’était hors sujet sous le billet en question, ce ne l’est plus ici), un commentateur a répondu à cette interpellation en affirmant la priorité à accorder aux enfants. Je suis en désaccord sur les conséquences à tirer d’une telle priorité… mais, même si on veut faire abstraction de cela, la notion même de priorité est loin d’être une réponse suffisante: on dit bien, ici, qu’il faut prendre soin de TOUT homme, c’est-à-dire que tous sans exception méritent considération pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on aimerait qu’ils soient. Alors, on fait quoi ? C’est sur un sujet comme celui-ci que j’attends des tenants de l’ »écologie humaine » une attitude différente, qui dépasse les clivages nés de la loi Taubira.

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  • MS

    Votre commentaire, Gwynfrid, est d’avance la raison pour laquelle j’ai conclu le mien par « c’est l’espérance folle ». L’impératif de considération dont parle Koz serait déjà un pas en avant, considérable. Je ne sais si, dans le dur, on peut aller au-delà, parce que ce dur relève d’une vision anthropologique et le fossé ne cesse de se creuser entre une approche progressiste, prométhéenne et une autre, disons, transcendantale, les deux étant difficilement conciliables.

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  • Lib

    J’ai beaucoup de mal à commenter ce billet. Je pense que c’est parce que je conteste ses fondations implicites plus que le billet lui-même.

    Je ressens comme une contradiction fondamentale dans ta démarche. Tu souhaites construire un mode de fonctionnement de la politique qui rassemble au lieu d’opposer, mais la politique crée nécessairement du conflit : il s’agit de décider ce qui s’impose à tous, ça fait toujours des mécontents.

    A l’origine, la loi se limitait essentiellement à interdire de nuire à autrui, c’est le sens des articles 4 et 5 de la DDHC. Puis le champ d’action de la loi a enflé de façon incontrôlée jusqu’à s’insinuer de plus en plus profondément dans la vie des gens pour avantager les uns ou désavantager les autres.

    Pas étonnant que le débat politique soit dominé par la dénonciation de ceux qui vivent aux dépens des autres ou que la société soit vue comme un espace de lutte entre groupes antagonistes. La loi ne fait quasiment plus que ça : donner des avantages aux uns ou aux autres. Le droit social postule et entretient le conflit entre patron et salarié. Notre système de retraite postule et encourage le conflit entre générations. Et il suffit d’écouter 30 secondes NVB pour voir à quel point le conflit homme-femme est central dans sa vision du monde.

    Le réflexe de chacun d’entre nous (je ne fais pas exception malgré mes efforts conscients) est de se tourner vers l’Etat pour demander une subvention, une niche fiscale, un plan d’investissement public, une loi sur commande. Et chacune de ces initiatives publiques constitue un nouveau privilège qui s’additionne aux milliers de privilèges existants et justifie moralement que d’autres demandent un privilège pour eux.Cette fuite en avant ne cessera pas avant qu’on ait admis que soumettre au vote quelque chose qui ne doit pas l’être est aussi dictatorial qu’en soustraire ce qui doit l’être.

    C’est d’ailleurs selon moi ce qui explique que la loi Taubira a autant divisé notre pays. Elle a été marketée comme une loi d’égalité mais a été perçue par beaucoup comme un nouveau privilège accordé à une minorité bruyante aux dépens des enfants et de la famille.

    L’ambiguïté de ton billet est ici. « un impératif de considération »; « une participation nécessaire ». Impératif, nécessaire… que veux-tu dire? Qu’il faudra passer des lois contraignantes en ce sens? Peut-on contraindre les gens à être généreux? Et sinon, à quoi bon fonder un mouvement politique qui promeut la générosité volontaire? N’est ce pas le rôle de l’Eglise?

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