Finance et bioéthique : une enquête

LaboratoireUne pratique anonyme et dématérialisée de la finance conduit les investisseurs à douter du rôle effectif de leurs placements dans l’économie. Pourtant nul n’est besoin d’être directeur d’une banque internationale ou ministre pour peser sur les décisions économiques et financières. Quel que soit son niveau de patrimoine, chacun peut exercer ses responsabilités en orientant ses placements vers des activités respectueuses de la personne humaine. D’ailleurs, le respect d’un certain nombre de critères éthiques est toujours plus au cœur des préoccupations des investisseurs. Mais la prise en compte de la bioéthique reste marginale. J’ai donc entrepris une enquête auprès de 44 laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques cotés sur les places financières afin de connaître leur pratique en matière de recherche sur les cellules souches. L’objectif de cette enquête est d’éclairer les investisseurs soucieux de financer une recherche médicale à la fois performante et pleinement respectueuse de la dignité humaine.

UNE RECHERCHE MÉDICALE RESPECTUEUSE ?

En effet, la volonté légitime des laboratoires de développer la médecine régénérative et de soigner des maladies incurables conduit certains à entreprendre des recherches à partir de cellules souches d’embryons humains. Une telle pratique entraîne, de fait, la destruction de ces embryons. Sur les 44 laboratoires interrogés, 13 n’ont pas répondu ou nécessitent un complément d’informations, 22 ont indiqué ne pas pratiquer de recherche sur les cellules souches embryonnaires ; 9 ont indiqué pratiquer un tel type de recherche.

Les laboratoires justifient leur recherche sur les cellules souches embryonnaires en mettant en avant des promesses de guérison pour certains patients. Or cet objectif louable ne justifie pas pour autant l’utilisation de n’importe quel moyen – en l’occurrence, l’instrumentalisation et la destruction d’un embryon humain. De surcroît, ces justifications avancées à la hâte nourrissent de faux espoirs chez les patients : à ce jour, aucune thérapie cellulaire à partir de cellules embryonnaires n’a donné de résultat probant. D’autre part, les laboratoires ont en commun de s’appuyer sur une autorité à géométrie variable (législations nationales, comités d’éthique et/ou accord parental) pour légitimer l’instrumentalisation de l’embryon. L’intégrité de ce-dernier n’est plus respectée du seul fait qu’il existe, qu’il est un être humain mais sur la protection que décide de lui accorder – ou pas – un autre être humain. Sa dignité inviolable d’être humain ne repose plus sur son essence mais sur la volonté fluctuante d’un autre. Pourtant, il existe d’autres formes de recherche sur les cellules souches aux résultats avérés et ne présentant pas de réserve d’ordre éthique (ex. : cellules souches adultes, cellules pluripotentes induites – dites iPS).

POURQUOI S’INTERDIRE D’INVESTIR DANS CERTAINES SOCIETES ?

J’ai donc informé les laboratoires pratiquant des recherches à partir de cellules souches embryonnaires et, selon le principe de précaution, ceux n’ayant pas répondu à l’enquête,  qu’il ne m’était plus possible, en l’état, d’investir dans leurs sociétés, quel que soit le support d’investissement. J’ai encouragé les autres laboratoires à poursuivre leur recherche dans un sens pleinement respectueux de la dignité de l’embryon. J’invite chacun à faire de même, en informant laboratoires et établissements financiers. Le détail de l’enquête, les coordonnées des laboratoires et des modèles de correspondance sont disponibles sur le site internet  www.embryo-ethics.com.

« Cette crise trouve aussi son origine dans l’oubli que l’économie et la recherche doivent être au service de l’homme – et non l’inverse »

En ces temps de crise où les occasions de placements rentables ne sont pas si courantes, est-il raisonnable de s’interdire a priori d’investir dans des sociétés dont certaines présentent un potentiel financier intéressant ? Oui, pour plusieurs raisons. Raisons financières : il n’est pas rentable d’investir dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires, aux résultats  inexistants. Raisons médicales : les recherches alternatives ouvrent des perspectives encourageantes. Raisons éthiques : quelles que soient les performances – par ailleurs virtuelles – de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, la fin ne justifie pas les moyens.

La crise financière et économique que nous vivons n’est pas simplement due à des dysfonctionnements de la technique financière. Cette crise trouve aussi son origine dans l’oubli que l’économie et la recherche doivent être au service de l’homme – et non l’inverse. Investir dans une recherche prometteuse et respectueuse de la dignité de l’embryon est une condition pour établir la civilisation.

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À propos de l'auteur

LAURENT MEESCHAERT
LAURENT MEESCHAERT

Consultant auprès d’adultes (accompagnement professionnel, bilans de compétences) et de jeunes (conseil en orientation), Laurent Meeschaert approfondit la recherche de sens, question au cœur de toute décision. Diplômé de Sciences Po. et de l’ESSEC, il a managé pendant 10 ans des équipes en entreprise. Il préside la Fondation Identité et Dignité, qui contribue à la transmission du patrimoine culturel et chrétien de l’Europe ainsi qu’à la protection de toute vie humaine, de la conception à la mort naturelle.

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