Finance : finalité et responsabilité

Finance finalitéLa finance est souvent accusée d’être la cause de crises répétées, aux lourdes conséquences humaines. Il serait vain pourtant de s’en prendre à la nature même de la finance. La finance a pour vocation d’être au service des hommes et de leurs projets, en vue du bien commun. Les problèmes émergent et prolifèrent lorsque les hommes se mettent au service de la finance, l’élevant au rang usurpé de finalité. Comme chacun sait, l’argent est bon serviteur mais il est mauvais maître.

COMMENT NAIT UNE CRISE FINANCIERE…

Cette subversion de la finalité est le fruit amer d’une succession de micro-décisions prises par des intervenants placés en différents niveaux d’action et de responsabilités. L’enjeu est donc de prendre la mesure des motivations animant ces multiples acteurs. De fait, un usage perverti de la finance peut imposer des objectifs de rentabilité irréalistes et délétères pour la santé des entreprises et des employés. Le refus d’assumer ses responsabilités en cas de prise d’un risque financier constitue un facteur aggravant.

Revenons, par exemple, sur la « crise des subprimes ». A partir de 2001, aux Etats-Unis, des politiques budgétaires et monétaires trop accommodantes, relayées par les offres de prêts bancaires, encouragent le surendettement des ménages et la progression continue du marché de l’immobilier. Les ménages les plus modestes, ne disposant ni d’apport personnel ni de revenus fixes, sont incités à souscrire à des prêts à taux révisables. Adossés à une hypothèque sur la maison, ces crédits dits « subprimes » ne commencent à être remboursés qu’au bout de 2 ans. Entre 2004 et 2007, la remontée des taux d’intérêts par la Réserve fédérale des Etats-Unis et la stagnation des revenus rendent impossible le remboursement des emprunts par les ménages les moins solvables. Les saisies se multiplient, accentuant la baisse du marché immobilier au cours de l’année 2007. Entre-temps, banques et organismes de prêts s’étaient arrangés pour se débarrasser de ces créances risquées auprès d’autres intermédiaires financiers par des techniques délibérément complexes et obscures. Si obscures que chaque épargnant était susceptible de détenir une partie de ces créances pour le moins douteuses sans même le savoir… La défiance généralisée génère alors une crise de liquidité puis une crise financière internationale.

ENCOURAGER LE SENS DES RESPONSABILITES

« Chacun d’entre nous a la liberté de s’interroger sur l’usage responsable qu’il fait de l’argent dont il dispose »

Cette crise illustre comment, par ses décisions, chaque acteur (membres du Gouvernement, ménages, responsables des établissements financiers) détermine quelle place est donnée à la finance.  La croyance illusoire en la capacité illimitée de la finance à assurer la prospérité a desservi les hommes et leurs projets. Le comportement irresponsable de certains intermédiaires financiers peu scrupuleux est venu aggraver la crise de confiance.

Faut-il alors supprimer ou fortement restreindre les libertés ? Ce serait le meilleur moyen de briser les conditions naturelles dont l’homme a besoin pour créer. Et puis, qui contrôlerait les contrôleurs… ? Mieux vaut encourager le sens des responsabilités. Quel que soit son niveau de patrimoine et de revenus, chacun d’entre nous a la liberté de s’interroger sur l’usage responsable qu’il fait de l’argent dont il dispose.

Pour reprendre les propos prêtés au thérapeute autrichien Viktor Frankl : « Vous avez construit à l’Est la statue de la Liberté ; un continent reste à traverser pour construire, à l’Ouest, la statue de la Responsabilité ».

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À propos de l'auteur

LAURENT MEESCHAERT
LAURENT MEESCHAERT

Consultant auprès d’adultes (accompagnement professionnel, bilans de compétences) et de jeunes (conseil en orientation), Laurent Meeschaert approfondit la recherche de sens, question au cœur de toute décision. Diplômé de Sciences Po. et de l’ESSEC, il a managé pendant 10 ans des équipes en entreprise. Il préside la Fondation Identité et Dignité, qui contribue à la transmission du patrimoine culturel et chrétien de l’Europe ainsi qu’à la protection de toute vie humaine, de la conception à la mort naturelle.

Vos réactions

4 personnes ont donné leur avis pour "Finance : finalité et responsabilité"

  1. barthel dit :

    Comment et où investir concrètement pour avoir une gestion socialement responsable et respectueuse de son argent ?
    Pour m’être un peu intéressé au sujet, le problème des fonds socialement responsables ou éthiques, c’est qu’ils ne le sont déjà que partiellement, je n’ai pas trouvé de fonds 100% éthique ou solidaire (La Nef ?) Quid de la façon d’investir de l’autre partie du fonds ?
    Les fonds ISR (investissement socialement responsable) investissent de façon classique sur le marché ou hors du marché avec des critères de plus values sociales, évalués par des labels (FINANSOL, NOVETHIC). Ce qui ne satisfait pas non plus, c’est le mécanisme qui fait qu’une grande partie de ces fonds sont étiquettés ISR : une partie des bénéfices ou des dividendes sont reversés sous de forme de dons à des associations ayant un impact social positif. Mais je trouve que la façon dont le dividende a été obtenu reste opaque ou complexe à comprendre.
    Mon problème c’est : transformer des dividendes en dons à des associations, c’est très bien ; mais si ces dividendes sont obtenus au prix d’une politique d’entreprise destructrice socialement c’est de la poudre aux yeux.
    Quels sont les produits d’investissement les plus respectueux de l’Homme, socialement et éthiquement ?
    Merci

    • Laurent Meeschaert dit :

      Merci pour vos remarques et vos questions. Vous souhaitez à la fois partager une partie de vos dividendes et être assuré que les placements seront effectués dans des activités pleinement respectueuses de la personne. Vous mettez en avant à la fois l’éthique et le partage. La plupart des fonds éthiques respectent les normes ISR classiques (gouvernance, politique sociale, respect de l’environnement). Il en est qui vont plus loin encore dans leur exigence éthique et qui proposent aux investisseurs de partager une partie de leurs dividendes. Je me permets de vous recommander le fonds Proclero, proposé par la société de gestion Meeschaert. Le comité en charge de la gestion de ce fonds intègre des critères supplémentaires aux critères ISR classiques. Je pense en particulier au respect de critères bioéthiques (respect de l’embryon humain dans le cadre de recherches sur les cellules souches). Je vous transmets le lien d’un article du Figaro qui a récemment fait état de ce fonds :

      http://bourse.lefigaro.fr/pascal-andre-dumont-le-pretre-qui-aimait-la-finance-1005675

  2. Marc Denoyer dit :

    C’est tout à fait sage d’avoir terminé cet article par l’appel à la responsabilité des hommes. Je pense que tout le monde est responsable de ce qui arrive sur terre et particulièrement de ce qui arrive dans sa vie. On ne peut rendre le système tout le temps responsable de notre surconsommation. C’est nous qui n’arrivons pas à nous maîtriser.

  3. barthel dit :

    « Chacun d’entre nous a la liberté de s’interroger sur l’usage responsable qu’il fait de l’argent dont il dispose »
    Je m’interroge toujours sur ce qui serait un investissement financier bienveillant, l’assurance-vie est le placement préféré des français, en recherchant rapidement sur la toile, j’ai trouvé que l’assurance-vie représentait 1500 milliards d’épargne et 40% de l’épargne totale des français (soit 3750 milliards)
    http://www.lenouveleconomiste.fr/dossier-art-de-vivre/assurance-vie-les-contrats-nouvelle-generation-26223/
    La dette de la France est de 2100 milliards.
    En rapprochant 3750 milliards (comprenant une part d’épargne foncière par définition peu mobilisable) de 2100 milliards, je pose la question suivante à un économiste averti (ce que je ne suis pas du tout) : pour des investisseurs bienveillants et désintéressés quelle serait le montant minimum de dette française à acheter à 0% ou même à racheter purement et simplement (sous forme de don à l’Etat), afin de sortir du cercle vicieux de la dette ?
    Il faudrait bien sûr au préalable un engagement légal des gouvernements pour assainir la façon de gérer le budget français.
    Le drame de la dette française n’est pas seulement son montant, ni le fait que les remboursements ne concernent qu’une partie des intérêts et pas le capital (c’est ce qui génère le cercle vicieux de la dette) mais surtout le fait que la France s’endettent en empruntant aux Français (ce qui renforce encore plus le cercle vicieux de la dette).
    Avoisinant 100% du PIB, on n’a pas le droit de parler d’austérité, ni de baisse du niveau de vie, ni de pouvoir d’achat, mais à un tel niveau de dette, il faut se rendre à l’évidence que la dette génère d’elle-même purement et simplement de l’austérité.
    A un tel niveau de dette, l’Etat français n’a aucune marge de manœuvre, il n’a plus aucun pouvoir d’investissement (car cela crée d’abord de la dette avant d’avoir le retour sur investissement). L’Etat est dépendant de l’économie, qui a tous les pouvoirs, y compris celui du chantage : pour que le système survive l’économie peut imposer de ne plus être au service de l’Homme mais à celui du profit et nous constatons aujourd’hui toutes les conséquences. Quand le profit est au centre du travail, le développement harmonieux de la personne, la génération responsable de valeurs, l’accueil des plus fragiles en pâtissent (cf. formation cap 360°).
    Les politiques ne peuvent plus entreprendre de réformes nécessaires et courageuses donc impopulaires (pour les riches et les pauvres), car pour que l’économie survive, il faut la paix sociale : pas de grève qui risquerait d’aggraver les déficits publics où la pérennité de nos entreprises fragiles, nous sommes bien loin du management participatif.

    Investir de façon responsable et bienveillante c’est savoir comment notre argent « agit ». Il me semble qu’il existe un mécanisme pernicieux dans le cercle vicieux de la dette, c’est le mécanisme des emprunts de la France. La France vend sa dette aux banques qui la transforme en produit d’épargne type assurance vie. Que l’on me corrige si je me trompe, mais en souscrivant une assurance-vie, on investit sur un fonds euros et des fonds multi-support. Or le fonds euros c’est de la dette européenne, c’est de la dette française. Corrigez-moi si je me trompe, quand un français souscrit aujourd’hui une assurance-vie il « s’enrichit » sur son dos et sur celui de ses compatriotes en aggravant le poids de la dette publique car vu l’importance de la dette, des trop faibles capacités de remboursement et de l’impossibilité de nos politiques d’inverser la vapeur le système actuel est un cercle vicieux. Mais vous allez me dire qu’il faut bien des investisseurs pour financer les emprunts français, oui mais pas de cette façon et pas à ce prix.
    Mon objectif est de casser ce cercle vicieux en renflouant suffisamment la dette en réutilisant le principe des emprunts d’Etat sans passer par la case banque ou investissement financier à but strictement lucratif. Le taux d’emprunt de la France est actuellement de 0,91% à 10 ans. Naïvement, mais pas utopiquement, j’aimerais connaître la part minimum de dette à rembourser pour créer un effet de levier vertueux afin de dégager une marge de manœuvre en investissement et d’indépendance politique pour la France. La méthode (emprunt 0% ou nettement inférieur à 0,91%, voire des dons !!!) serait bienveillante, citoyenne et solidaire car sans objectif lucratif ou avec un objectif lucratif responsable en permettant de rembourser les intérêts et progressivement le capital.
    L’objectif serait bienveillant dans le sens où la France récupérerait une indépendance (vis à vis de certains de ses débiteurs peu scrupuleux des droits de l’Homme par exemple) lui permettant de mener une politique cohérente et courageuse pour le long terme. Car aujourd’hui nos politiques n’ont plus les moyens financiers de raisonner en terme de bien commun pour l’Homme, la plus grande partie des décisions politiques ne sont prises que pour le court terme : expédier les affaires courantes, boucler les fins de mois et maintenir une paix sociale en navigant à vue, sans vision à long terme.

    J’ai bien conscience que ma démonstration est complexe ou confuse, je suis néophyte, mais si un sympathique économiste peut la reformuler clairement, je lui en serai reconnaissant.
    Messieurs les économistes et financiers à vos calculatrices !
    Merci

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