Fusion homme-machine : fantasmes & réalités

Nathanaël Jarrassé, Chargé de recherche à l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique (ISIR – UPMC) fait le point sur les fantasmes de l’homme augmenté et la fusion homme-machine. 

Avec l’homme augmenté, on parle beaucoup de la fusion « homme-machine » qui permettrait de restaurer (dans les prothèses) ou d’augmenter les capacités du corps humain. Certains parlent de révolution, de l’arrivée imminente du cyborg, d’autres se font simplement le canal d’un message assez optimiste sur ces interfaces, par exemple cet article du Point qui conclut sur les paroles de Hugh Herr, amputé et directeur d’un Labo du MIT, qui prédit que même les valides souhaiteront se faire amputer, à l’instar de ceux qui le sont déjà qui plébiscitent ces prothèses modernisables et remplaçables au point d’étendre plus haut leur amputations !

Chercheur en Robotique, Nathanaël Jarrassé, spécialiste des prothèses, explique que cette idée très médiatisée de la fusion homme-machine est bien en deçà de la réalité. Il l’explique dans un article, Le mythe de l’humain augmenté, sur le site Le Journal du CNRS, mais aussi dans une vidéo de treize minutes dont voici un résumé.

Il mentionne d’abord toutes les figures cinématographiques qui entretiennent ce mythe (ou au moins son imminence) : Robocop, Terminator… puis des figures médiatiques : Oscar Pistorius, Aimee MullinsHugh Herr. Il prend un exemple d’une personne amputée d’un bras, équipé d’un bras bionique du commerce. Une prothèse myoélectrique qui, malgré son look futuriste en carbone (pour se rapprocher des canon du cyborg plutôt que de ceux de la personne handicapée), n’a « peu ou pas » évolué depuis les années 1960, date à laquelle elle est apparue ! Son principe : se servir de contraction de muscles sur son membre résiduel pour donner des ordres à la prothèse : cela marche avec 2 signaux. La difficulté est de commander la préhension, la rotation du poignet, les doigts. On utilise alors une sorte de code morse : c’est quelque chose de complexe et long à apprendre, contre-intuitif et qui exige une forte concentration.

Au niveau de la recherche, les choses sont un peu plus avancées : on peut solliciter de plus grandes terminaisons nerveuses qu’il faut aussi rééduquer, et on peut se faire assister d’algorythmes de machine learning pour décoder les contractions et les associer à des fonctions de la prothèse, mais cela reste très séquentiel et nécessite également un apprentissage assez long.

Quid de se brancher directement dans le cerveau ? Avec des électrodes, on peut détecter des états pour ensuite faire des actions (serrer la main…). Là encore, cela demande un apprentissage long (2 ans, plusieurs heures par semaines pour déplacer une main, attraper un objet). De même, la simulation du toucher en se connectant au terminaisons nerveuse, donnera un « retour » par rapport à une sensation, mais différent du toucher réel, cette information devant être aussi interprétée par le cerveau. C’est la même chose pour les implants (pacemaker, pompe à insuline…), le corps doit aussi apprendre à fonctionner avec ces organes de substitution.

Ce qui est faux quand on parle de cette fusion est donc l’instantanéité. D’ailleurs, nous avons dû apprendre à maîtriser notre propre corps dès la naissance. C’est aussi du temps qu’il nous faut pour acquérir des expériences sensori-motrices comme la danse ou le chant. Finalement, la performance dans cette fusion homme-machine vient de l’humain

Source :

Le blog de l’alvéole Très Humaniste.

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Courant pour une écologie Humaine

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