La confiance, un préalable pour se relier

Entretien avec Gilles Hériard Dubreuil, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine sur l’importance de la confiance au sein de la société. Il nous invite à bénéficier de la diversité du monde qui nous entoure et sortir de l’individualisme. Cette interview s’est déroulée dans le cadre du Parcours Cap 360°, sur le thème « se relier ».

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Face à l’illusion individualiste

“La société libérale tend à évoluer vers une collectivité d’individus indépendants et égoïstes. Chacun de nous a tendance à se penser en tant qu’individu sans prendre en compte son identité commune le reliant à l’humanité. Il est dangereux pour l’homme de se penser comme individu indépendant des autres hommes (passés, présents et futurs). En effet, pour construire sa vie, sa sécurité et sa confiance, l’homme ne peut faire l’économie de se relier aux autres hommes. Il est dans notre intérêt de sortir de l’illusion individualiste.

Le langage est, par exemple, un indice de l’étroite interdépendance qui relie chaque homme à tous les hommes. Chaque mot que nous utilisons quotidiennement résulte d’une forme d’invention humaine ancienne ou plus ou moins récente. La parole est le propre de l’homme. Une personne pose un mot, une représentation pour désigner ce qu’il voit ou ce qu’il pense. Ce mot a été transmis jusqu’à moi et fait partie de mon langage et de ma pensée.

Il est important de prendre conscience de tout ce qui a été fait avant nous par ceux qui nous ont transmis ce monde. Le langage est le fruit d’un très long processus intergénérationnel et c’est grâce à lui que nous pouvons penser. Le langage est le seul moyen de trouver des réponses à la complexité du monde, à tirer parti de la diversité du monde par la pluralité et l’accueil de la différence (Niklas Luhmann). L’autre, du plus fort au plus vulnérable, est une ressource.

 

Le besoin de la confiance intra et intergénérationnelle

Au cœur de ce lien réside la (capacité de) confiance entre les hommes, intra et intergénérationnelle.

600 ans avant JC, face à un monde en train de s’écrouler, face à des royaumes dont les principautés s’effondrent, Confucius fait un diagnostic pertinent : la société chinoise ne souffre pas seulement de l’arrivée des barbares, elle souffre d’un défaut de la confiance. L’idéogramme symbolisant la confiance en chinois est composé de la parole et du coeur. Pour générer de la confiance, il faut que ce qui sort de la bouche soit en cohérence avec ce qui sort du coeur…

Aujourd’hui, de nombreux indices révèlent une société de méfiance, de mensonge, une absence d’unité, une difficulté à s’exprimer en vérité, à dire ce que l’on pense. Nous sommes dans un monde dominé par le contrat associé à des moyens de rétorsion (Je fais confiance parce que l’autre n’a pas intérêt à me trahir).

La confiance n’est pas que contractuelle, elle est aussi transitive (je fais confiance parce j’ai fait confiance et aussi parce qu’on m’a fait confiance). Autrement dit, je parie sur la confiance dans ma relation avec les autres. A l’échelle de l’humanité, plus il y a de confiance, plus il y a de confiance. Ceux qui témoignent de leur confiance dans les hommes répandent la confiance.

L’écologie humaine m’invite à prendre conscience de mon interdépendance, de ma vulnérabilité et de mon besoin de l’autre. Elle m’invite à me relier à l’autre, aux autres, à m’inscrire dans la chaine de la confiance et à en devenir un maillon actif.

L’Ecologie Humaine m’invite à travailler l’unité de ma vie pour être digne de confiance, pour pouvoir me relier, pour pouvoir être investi de confiance. Elle m’invite à identifier mes éventuelles blessures de confiance afin de développer ma capacité à donner ma confiance”.

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Courant pour une écologie Humaine

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