La ferme plutôt que du ferme

Un peu à l’écart du tumulte parisien, des oasis verdoyants émergent : les cinq fermes des Fermiers de la Francilienne. Là-bas, parmi les animaux à nourrir et les scolaires à accueillir, les personnes devant faire des TIG – Travaux d’Intérêt Général – retrouvent une envie d’avenir.
« En devenant acteurs de la société, ils deviennent acteurs de leur propre destin. »

Des fermes pas comme les autres

Julien Boucher, fondateur de l’association des Fermiers de la Francilienne, dirige l’exploitation de la ferme de la Butte-Pinson à Montmagny, à 7 km de la capitale. Son équipe, composée de bénévoles, d’éducateurs spécialisés et de services civiques, accueille chaque jour de nouvelles personnes condamnées à des travaux d’intérêts généraux (TIG – prononcer « tije ») et les accompagne dans un processus de retour à l’emploi particulièrement efficace.

À l’origine de ce projet, l’envie d’offrir des perspectives d’avenir à des jeunes en perte de repères : ces tigistes ont tous comme dénominateur commun l’échec scolaire, certains ayant quitté l’école dès le collège. Julien Boucher s’insurge en pensant à tous ces jeunes envoyés en prison : « Ils font une, deux, trois conneries parce qu’ils ont été en échec scolaire depuis la maternelle. Ils n’ont pas croisé les bonnes personnes qui essaye de leur transmettre une énergie, une certaine ambition, des passions dans la vie. Je trouve que c’est un vrai gâchis. Ca coûte extrêmement cher à la société. Ils ressortent de là dans un état d’esprit qui nous coûtera beaucoup plus d’énergie à essayer de les en faire sortir plutôt que de nous les envoyer avant la prison ou de leur proposer des choses qui vont les émanciper, leur montrer autre chose, leur faire rencontrer d’autres personnes et qui vont faire que la personne se projette dans un avenir ». La prison crée bien souvent plus de problèmes qu’elle n’en résout…

Alors oui, bien sûr, la peine est nécessaire ; c’est le principe de la sanction. Quand on a transgressé la règle commune, la loi définie par les législateurs, il faut être sanctionné parce que sinon, il n’y a plus de vie ensemble possible.

Il faut donc pouvoir proposer des peines alternatives à l’incarcération qui permette à la personne ayant commis un délit – celles qui ont commis un crime (meurtre, viol…) ne sont pas éligibles au TIG – de retrouver un rythme, du sens à sa vie, une envie d’avenir en remplissant une mission au service de la communauté. Les TIG, c’est la seule peine qui implique complètement la société civile pour sa réalisation. C’est une peine qui remet la personne condamnée au cœur de la société, là où d’autres peines l’excluent ou l’éloignent.

Les personnes qui font leur peine à la ferme de la Butte-Pinson s’y occupent des animaux, entretiennent le matériel, accueillent les scolaires, font du tri de denrées alimentaires qui sont destinées soit au compost, soit aux animaux soit aux déjeuners de l’équipe dont ils assurent la cuisine quotidienne. S’ils appréhendent un peu avant d’arriver, ils comprennent vite les règles claires et basiques édictées à l’arrivée (ne pas arriver après 9h45, par exemple) et se sentent rapidement à l’aise, développant parfois des relations privilégiées avec tel ou tel animal. Grâce à eux, depuis 2014, cet ancien verger, resté à l’abandon près de 60 ans, retrouve son éclat d’autrefois.

L’association les Fermiers de la Francilienne implante donc sa première ferme au cœur du parc régional de la Butte-Pinson où elle s’inscrit dans un programme d’animation de territoire : près de 25 000 élèves viennent chaque année visiter les 110 hectares de jardin réhabilités et découvrir poules, chèvres, lapins, moutons, cochons… Au vu du succès que rencontre le projet, la ferme s’agrandit très vite et entraîne l’ouverture de quatre nouvelles fermes en Île de France.

Recette d’une réinsertion efficace

En France, l’association des Fermiers de la Francilienne est le leader du TIG avec pas moins de 20 000 heures réalisées en 2018 au sein des cinq fermes, et un taux de récidive presque nul, à hauteur de 3 %. Des résultats aussi positifs ne sont pas la source du hasard, mais bien d’un dispositif complet de réinsertion.

La ferme de la Butte-Pinson accueille tous les jours de nouveaux tigistes, dont la grande majorité est inactive (80 %). La ferme joue un rôle de sas vers l’emploi : ils y assimilent les codes de l’entreprise, se réinsèrent dans un cadre collectif et renouent petit à petit avec l’effort. Ces personnes ont souvent vécues cloisonnées dans des cités bétonnées où elles cumulent les difficultés sociales et la possibilité de se faire de l’argent facile. La ferme – où ils n’ont bien souvent jamais mis les pieds – a toute son importance : au contact des animaux, de la nature, des enfants et du personnel encadrant, les tigistes s’apaisent et retrouvent une utilité, un rôle, une fonction ; de quoi faciliter leur réinsertion.

Si, au terme de leur peine, un tiers des tigistes choisit de rester à la ferme comme service civique ou bénévole, les autres bénéficient d’un accompagnement personnalisé. Ainsi, 57 % d’entre eux formalisent un projet professionnel et retournent vers l’emploi.

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Les TIG à la ferme offrent aux personnes condamnées un nouveau regard sur la société et des perspectives d’avenir : désormais, ils ne sont plus simples spectateurs mais acteurs de leurs choix, de leur vie. Et ça, c’est clairement de l’écologie humaine !

 

Sources :

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

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