L’économie de communion

Business meeting and teamwork - Large team at the table
Anouk Grevin est Maître de Conférences en Gestion à l’Université de Nantes. Dans le cadre du parcours de form’action Cap 360°, elle nous a présenté une façon d’entreprendre particulièrement humaine et généreuse : l’économie de communion. Lumineux. 

 

Origine de l’économie de communion

L’économie de communion est une initiative lancée il y a 25 ans par Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement des Focolari. Elle avait alors invité à susciter des entreprises qui partageraient leurs bénéfices pour aider les plus démunis et former à une culture du don, afin de faire naître une économie plus juste, une économie « de communion ». Elle avait en effet la conviction que si dans notre monde si développé, il reste encore tant de pauvretés et d’inégalités, c’est que notre humanité est malade de relations, d’un manque de fraternité, de communion, notamment sur le plan économique. D’où son invitation à remettre au cœur du projet de l’entreprise la communion avec les plus démunis.

Une nouvelle manière d’entreprendre

Les chefs d’entreprise qui se sont engagés dans cette aventure ont progressivement compris que les bénéfices qu’ils étaient éventuellement en mesure de partager n’étaient en fait que la pointe de l’iceberg. L’économie de communion résonnait en eux comme une invitation à repenser la manière dont ils partageaient la valeur à toutes les étapes de sa création. Il est évident en effet que le désir de partager ne peut se faire au détriment de leurs salariés, de leurs clients, de leurs fournisseurs ou de l’environnement. Mais il fallait aller plus loin : lorsque je fixe les salaires, selon quels critères je décide quelle part de la valeur je partage avec mes salariés, qui ont contribué avec moi à la créer ? Lorsque je fixe un prix ou je négocie un contrat, quelle part de la valeur j’accepte d’accorder à mes clients ou à mes fournisseurs ? Quelle part de la valeur suis-je prêt à sacrifier pour investir dans des modes de production qui préservent l’environnement, y compris lorsque mes concurrents ne le font pas ? Autant de questions quotidiennes pour un chef d’entreprise et qui ont une incidence majeure sur le résultat final.

Le fait de se donner pour perspective la communion oblige à replacer constamment dans sa ligne de mire l’autre, celui que je côtoie et avec qui j’interagis dans l’activité. Cette perspective a amené les chefs d’entreprise engagés dans l’économie de communion à un questionnement radical : à qui appartient finalement mon entreprise ? A qui appartient la valeur créée par l’entreprise ? Tous y contribuent, de différentes manières.

Une réussite collective, un bien commun

Si le résultat n’est jamais garanti par la bonne volonté de tous, il dépend cependant de la contribution de chacun. Le chef d’entreprise, comme tout manager d’ailleurs, sait que sa réussite est extrêmement fragile car elle dépend toujours en partie des autres, de leur bonne volonté, de leur engagement, de leur disposition à coopérer, de la confiance qui se construit et qui peut à tout moment être trahie. Il sait qu’il n’a en fait quasiment aucune prise sur la participation des autres car cela ne peut être finalement qu’un don, que quelque chose que chacun décide librement de donner. Les contrats bien sûr viennent le plus souvent encadrer la relation, mais jamais ils ne suffisent si chacun ne donne pas du sien. L’entreprise est dès lors un bien extrêmement fragile mais infiniment précieux. Comme tous les biens communs, il est nécessaire d’en prendre tous soin.

Lorsqu’un chef d’entreprise engagé dans l’économie de communion se pose la question de ce qu’il va être en mesure de partager pour les plus démunis, il ne peut pas ne pas se poser aussi et d’abord la question de comment il partage la valeur créée avec tous ceux qui ont contribué à la produire. Il ne peut pas ne pas se demander si ce qu’il donne n’a pas été produit au détriment de ceux-là mêmes qu’il a mis au cœur de son projet. Il ne peut pas ne pas se demander si finalement la valeur créée ne leur appartient pas déjà de droit, par le simple fait que bien des ressources utilisées dans son activité sont des biens qui appartiennent à l’humanité entière, qu’il s’agisse de ressources naturelles, de connaissances ou de savoir-faire, humains ou techniques.

Ces questions ne sont en rien spécifiques à l’économie de communion, mais ceux qui se sont engagés dans ce projet nous rappellent par leur expérience qu’explorer des réponses à ces questions fondamentales est une responsabilité que nous avons tous en commun !

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Courant pour une écologie Humaine

Vos réactions

2 personnes ont donné leur avis pour "L’économie de communion"

  1. José dit :

    Bonjour,
    Dans l’économie de Communion, quelle est la répartition usuelle des parts pour le personnel, les oeuvres caritatives et l’investissement dans la société ?

    Merci

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