Les Google Glass : des réponses & des questions

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Disponibles à la vente aux Etats-Unis depuis avril 2014 et bientôt en Europe, les Google Glass – qui existent aussi chez d’autres constructeurs sous la dénomination générique de « smart glasses » – font couler beaucoup d’encre (ou d’octets…). Les uns y voient un progrès spectaculaire qui améliore et facilite notre vie, d’autres, au contraire, y décèlent une régression, en particulier dans les domaines de la vie privée. De quoi s’agit-il ? Quels sont les enjeux de cette nouvelle technologie qui semble être sur le point de révolutionner nos vies ? Quelques réponses sur ce que sont ces Google glass et des questions que leur utilisation soulèvent.

 

Qu’est ce que les Google Glass ?

Il s’agit de montures de lunettes, équipées d’un petit écran (à peine la taille d’un demi-timbre poste, faisant l’effet d’un écran de 25 pouces à 2,5 m), d’une caméra/appareil photo, d’un micro, d’une mémoire, d’un émetteur/récepteur Bluetooth (pour communiquer avec un smartphone dont il partagerait la connexion internet) et éventuellement Wifi. Ces Google Glass sont commandées soit par la voix (« ok glass », pour les activer par exemple) ou par un mouvement (de « glissé » sur la monture).

Que permettent-elles de faire ? Afficher des informations, filmer, prendre des photos. Par exemple : afficher les infos météo du lieu ou faire l’office d’un navigateur GPS, afficher des SMS, prendre des photos ou un film d’une scène qui se déroulent devant nous.

Elles permettent la mise en œuvre de la « réalité augmentée », c’est à dire qu’elles enrichissent les informations dont dispose son propriétaire, dans le contexte et le lieu où il se trouve, en se superposant à la scène qu’elles complètent. On peut, par exemple, grâce à la géolocalisation, avoir des informations sur l’ouverture d’un magasin lorsqu’il apparaît dans son champ de vision, avec les promotions du moment. Ou bien tout savoir sur le trafic d’une ligne de métro dans laquelle on est sur le point de s’engouffrer. Par la commande vocale et la possibilité de ne pas avoir à sortir l’équipement de sa poche, cette technologie permet de bénéficier de tous les usages du Smartphone, de façon intensive (accès aux SMS, réseaux sociaux) et en toute (in)discrétion (prise de photos postées sur les réseaux, par exemple).

Les technologies permettent actuellement la plupart de ces usages, mais de façon moins fluide, moins discrète, moins « intensive » et sans doute, d’ailleurs, de façon moins « intrusive ». Les Smart Glass sont sur notre nez, accessible à tout moment, et à l’instar des lunettes de vue, ne sont en réalité qu’une prothèse ajoutée à notre corps.

C’est peut-être ce dernier aspect qui marque les esprits. L’utilisation de cette technologie ne semble pas neutre et peut peut-être impacter intimement notre vie et notre rapport à l’information et à notre corps…

 

 

Des réponses

Certains pensent que ce pas n’est qu’un pas de plus, vers plus de technologie, plus de progrès, plus de services. Ils soutiennent donc ce projet avec force. Google lui-même, bien sûr, met en avant toutes les utilisations positives sur un site dédié. Plutôt que de dresser un inventaire des avantages d’un tel équipement, la firme avance avec habileté les avis des utilisateurs qu’elle fédère à travers des explorateurs (« explorers »), sortes d’utilisateurs pilotes de ces nouvelles lunettes. Ils y expliquent comment ils utilisent ces lunettes : surveiller les espèces menacées, donner à une personne handicapée plus d’autonomie, voire sauver des vies (quand elles sont portées par un urgentiste qui peut récupérer des informations cruciales sur un patient). Google, explique aussi que les Google Glass sont un élément qui remet dans la réalité plutôt que le contraire. Selon la société, elles permettraient  de s’affranchir des contraintes technologiques en rendant la technologie « transparente » et accessible de façon intuitive et immédiate. Une sorte d’extension « invisible » du corps et de l’esprit ? Beaucoup de ces présentations sur les Google glass sont axées sur l’aide apportée. Cette dernière semble indéniable, d’autant plus qu’elle existait déjà sous une forme moins pratique avec les smartphones.

 

 

Des questions

Mais le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il y paraît. Des groupes se sont constitués pour s’opposer à ce projet, comme celui « Stop the cyborg ». Ils font plusieurs reproches à ces lunettes en particulier dans l’atteinte à la vie privée des personnes filmées ou photographiées à leur insu : c’est le principal point remonté par les anti-Google glass qui incitent les propriétaires de lieux « publics » (restaurants, bar…) à interdire l’utilisation des Google glass. Cette atteinte à la vie privée concerne aussi les utilisateurs qui filmeront ou photographieront de plus en plus, en stockant toutes ces informations sur les serveurs, de Google, évidemment. D’autres voient dans le port de ces lunettes l’acceptation de fournir des informations personnelles à cette entreprise digne de « Big Brother ». Les serveurs de la firme californienne contiennent déjà une quantité énorme de données sur les usagers de son moteur de recherche et autres services de mail ou de stockage. Des anti-Google Glass mettent en scène des situations fictives : dans l’une d’entre elle, la police « réquisitionne » vos Google Glass pour observer ce que vous voyez : votre « lifelog » est dévoilée – c’est à dire littéralement la « trace de votre vie » filmée avec vos lunettes -. Avec la capacité de mettre en ligne en quelques secondes n’importe quelle vue prise, un avocat américain résume la chose : « nous allons être à la fois le paparazzi et sa cible ».

Un autre aspect à considérer est l’impact sur notre comportement. Il y a quelques années, à l’occasion d’une expérience sur le comportement, le fait d’enregistrer tout ce qui était vu par l’utilisateur pendant des mois, voire des années avait été jugé trop intrusif. Revient-on sur ce modèle de vie « filmée » ? Sera-t-on en mesure de vivre la vie d’un autre, de re-vivre des moments de sa vie via ce type d’appareils « wearable device » (équipement portable) ? D’autres, enfin, se moquent tout simplement de cette mode et des pratiques associées : tout filmer, être sans cesse connecté, tout savoir : quelle utopie ! Un certain nombre de vidéos traduisent cela de façon humoristique, comme sur le célèbre site décrypteur de tendances Mashable.

Sans faire (encore) partie du corps humain, cet équipement permet la pénétration de la technologie dans un périmètre encore plus proche du corps humain, à la manière d’une prothèse. Des chirurgiens, dont le Dr Dardhemare de l’Institut Adolphe de Rotschild, disent que le choix d’un traitement, de prothèses, en particulier pour des affections graves (cécité..) a un impact fort sur la vie des malades : leur équilibre est touché. Parfois pour du mieux. Parfois pour du moins bon. Il est donc important de mesurer leur impact avant de décider de l’utilisation de ces futures lunettes qui nous fournissent en permanence des informations, une interaction. L’utilisateur va-t-il savoir maîtriser ce flux permanent d’information?

Ici, l’exemple du smartphone nous aide : on observe déjà un phénomène d’addiction aux téléphones pour des utilisations comme la messagerie instantanée ou les réseaux sociaux. Qu’en sera-t-il quand il ne faudra plus aucun geste pour aller chercher ou diffuser de l’information ? Ceci ne favorisera-t-il pas ces attitudes parfois compulsives ? C’est cette convergence de l’information de plus en plus près de nous qui pose question. Il y a 60 ans, les méga-ordinateurs étaient confinés dans d’énormes salles de machines et étaient manipulés à partir de consoles ou cartes à trous peu pratiques. On a évolué vers les micro-ordinateurs, qu’on pose sur un coin de table, qu’on met sur ses genoux, qu’on transporte avec soi. La distance entre l’homme et la machine diminue. Avec la tablette ou le smartphone, elle diminue encore. Les Google glass présentent un pas significatif vers l’intégration « homme-machine », car il n’y a pratiquement plus besoin d’amener la machine à soi ou de la manipuler : elle est collée à nous et peut se commander par la parole (en attendant les mouvements des yeux…). Mais cette limite à quelque chose de fictif : l’information passe déjà en boucle via nos téléviseurs, ordinateurs, téléphones, affichage publics, revues… Et si cette plus grande proximité des lunettes ne faisait que révéler ce tourbillon de réalité augmentée dans lequel nous nous mouvons déjà ?

 

La transformation de notre corps ou des équipements qui nous entourent pour améliorer ou augmenter nos capacités renvoie aux souhaits des mouvements transhumanistes. La dérision des détracteurs de ces Google Glass s’attaque notamment au sentiment de toute puissance généré par celles-ci. Avec humour, ils touchent peut-être un des problèmes soulevé par ces lunettes et d’autres outils : le désir de tout savoir, tout de suite et de pouvoir réagir instantanément. Nous avons un corps, avec ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses limites. De tout temps, l’homme a voulu améliorer son sort et ses performances en développant les services d’outils ou de machines. Quand celles-ci se rapprochent de notre corps pour palier non seulement à des déficiences comme avec les prothèses, mais également pour créer des capacités nouvelles, faut-il fixer des limites ? Si oui, lesquelles ?…

 

Tanneguy RAMIERE de FORTANIER

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Courant pour une écologie Humaine

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