Notre vulnérabilité collective : une chance ? #ChroniqueDuMycelium

Gérard Langlois Meurinne, psychiatre, psychothérapeute et membre du CEH propose régulièrement une chronique du Mycelium, réflexion axée sur l’écologie humaine. Après s’être interrogé sur notre vulnérabilité personnelle, il se pose maintenant la question : notre vulnérabilité collective est-elle AUSSI une chance ?

Je vous propose une approche progressive, autorisant quelques détours :

• Rappelons-nous : pour Blaise Pascal, l’homme est un « roseau pensant », en même temps empli de noblesse et vulnérable ! Double dimension à ne jamais séparer.

• Tout en étant des « individus », n’oublions pas que nous portons au cœur de nous une dimension communautaire : invite à l’attachement, à l’appartenance, à la coopération et, osons le dire, à l’amour mutuel.

• En ces temps de mondialisation souvent décriée, l’humanité pourtant se « rapproche » et l’on prend mieux conscience d’un humain « universel » derrière l’infinie diversité des cultures. On parle de village global, on perçoit un début de prise de conscience planétaire, on évoque plus souvent la Terre comme notre « maison commune ». Certes, beaucoup reste à faire mais ce sentiment « d’une seule humanité dans un seul monde » est en train d’émerger. Cette perception grandira certainement à l’avenir, même si elle suscite aussi craintes et résistances identitaires.

• Illustration : l’exposition de photos la plus populaire de tous les temps s’appelait « The family of man », c’est-à-dire « La famille humaine » en français. Partie de New-York, où j’ai eu la chance de la voir, elle a rayonné dans le monde entier, représentant l’humanité dans sa diversité. Mais, de l’avis général, l’impression dominante qui s’en dégageait était l’universalité de l’humain.

Je reviens sur nos deux dimensions inséparables, personnelle et collective. Paul, l’apôtre, a merveilleusement abordé cette double dimension dans sa 1ère épitre aux Corinthiens, où il dit en substance et beaucoup mieux que moi : « Chacun de vous porte un don spirituel, celui-ci possède la sagesse, celui-là le don de parole, un autre un don de compréhension, etc. Alors vivez vos dons uniques mais… n’oubliez jamais que vous êtes les membres d’un seul corps. Que ferait l’œil sans le bras et le bras sans la langue, etc. ? ».
Tout est dit : l’individu/personne fait partie de l’humanité/communauté.

• Vulnérables en groupes ? Certes, le groupe auquel j’appartiens m’élargit et me protège mais même faisant partie d’un collectif, nous restons vulnérables. Ce groupe peut lui-même en effet être mis en danger : nous le savons, notre famille, nos amis, notre communauté, nos associations ou entreprises, notre pays ont tous leurs fragilités et sont vulnérables aussi.

• Du coup, beaucoup d’entre nous ont du mal à se sentir solidaires « d’une seule et même humanité », car ils sont sensibles aux menaces provenant d’autres groupes humains, défendant une culture différente, en compétition avec nous ou même carrément hostiles.

• Cependant de nombreux dangers aujourd’hui sont perçus comme des menaces universelles : ne serait-ce pas une occasion inespérée de nous rassembler, malgré la difficulté ?

 

Regardant de plus près les principaux dangers auxquels l’humanité a à faire face, j’énumère, sans être exhaustif :

1) Des dangers de toujours qui sont inhérents à la condition humaine. Ce sont des dangers liés à notre immaturité, mais aussi à nos manques, voire à nos blessures affectives et morales : tentatives de domination, d’exploitation des uns par les autres, violences des toutes sortes, injustices, etc. D’autres dangers sont plutôt liés à notre inexpérience ou à notre ignorance. Ne l’oublions pas, améliorons nous et ne nous culpabilisons pas !

2) Des dangers propres à une époque : les dangers d’avant-hier (les totalitarismes communiste et fasciste), les dangers d’hier (guerre froide, risque de catastrophe nucléaire, sida, terrorisme, etc.), les dangers d’aujourd’hui et de demain. Quels sont ces derniers dangers ?

– Certains sont relativement bien connus : risques environnementaux (réchauffement climatique, pollution à grande échelle, perte de biodiversité, etc.), risques sanitaires trop souvent minimisés (respiratoires liés à la pollution, hormonaux liés aux perturbateurs endocriniens, infertilité, obésité, etc.), risques d’épuisement de la terre et de certaines de ses ressources, etc.

– Enfin de nouveaux risques à l’impact encore difficile à évaluer apparaissent : artificialisation de la procréation, modification de la filiation et même possible « dénaturation » de notre espèce par le biais de manipulations génétiques et autres techniques pour aboutir à un homme « augmenté », mi humain, mi robot. Paradoxalement, ces risques sont en partie alimentés par la tentation de l’invulnérabilité.

 

Que faire à notre échelle ?

Nous sommes appelés à bâtir une cathédrale, ensemble

• Toujours commencer par soi-même, en revenant à la sagesse de Gandhi : « Soyez le changement que vous souhaitez pour le monde ».

• Prendre conscience en même temps de nos vulnérabilités et aussi de nos forces collectives. Inviter fraternellement les autres à en faire autant, resserrant ainsi notre famille humaine.

• Nous identifier aux faibles, comme nous y invite le psychanalyste Roland Gori. Cela seul nous permet des « identifications croisées par le jeu desquelles la vulnérabilité de l’un réveille celle de l’autre pour mieux apprendre aux deux à prendre soin, prendre soin de soi et de l’autre ».

Nous relier à notre conscience et nos forces profondes pour nous appuyer sur notre guide intérieur, trouver ainsi foi en nous, ce qui nous aidera à avoir plus foi dans les autres… Cela nous permettra alors de compter plus sur les forces et trésors cachés extraordinaires de l’humanité : j’ai l’intuition que cette foi humaniste mais non aveugle sera le facteur de réussite essentiel pour notre avenir.

Acceptons enfin de toujours avoir à reconstruire et construire le monde. Symboliquement, ne sommes-nous pas invités ensembles à réparer une cathédrale et en bâtir une nouvelle pour le futur ? En tout temps, à chaque génération. N’est-ce pas une chance extraordinaire ? Préparons-nous.

 


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Vos réactions

1 personne a donné son avis pour "Notre vulnérabilité collective : une chance ? #ChroniqueDuMycelium"

  1. Anne-Marie dit :

    Merci encore Gérard pour ce moment de réflexion fort salutaire.
    Tu as raison de dire que notre vulnérabilité collective PEUT nous rapprocher. Et oui, c’est une CHANCE A SAISIR. Vouloir saisir cette chance… voir que cela ne sert à rien de vivre en isolés… que nous n’y arriverons pas seuls, malgré tous nos talents individuels.
    Apprendre d’avancer en collectifs, apprendre la collégialité… un immense défi où l’être humain qui a en lui DES solutions a toujours tendance à les imposer aux autres, tellement sûr qu’il est dans la vérité, qu’il a LES solutions.,
    LA solution, c’est de ressentir nos limites de sentir notre BESOIN des uns et des autres. Je nous souhaite de grandir en HUMILITÉ.

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