Obsolescence programmée : par qui ?

obsolescenceL’obsolescence programmée, c’est quoi ? Rien à voir ou presque avec un programme informatique, c’est l’idée que les industriels :

  • Raccourcissent sciemment la durée de vie du produit !
  • Les rendent impossible à  réparer !
  • Et renouvellent très rapidement les produits pour nous les faire consommer de plus en plus vite !

Tout ça dans le but de gagner plus d’argent et sans aucune attention aux ressources consommées et aux déchets produits !

LES PRODUITS, ÇA TOURNE

De fait, tout le monde a des exemples à citer dans ce domaine :

  • Tel logiciel dont le compteur de version tourne très vite, et qui n’est plus compatible avec mon ordinateur de 5 ans. Telle imprimante qui s’arrête de fonctionner parce qu’un programme a détecté le nombre maximum d’impressions. Tel réfrigérateur qui tombe en panne si vite : c’est tellement vrai, qu’on nous vend des assurances pour remplacer notre électroménager au-delà de 5 ans par exemple. Tel téléphone mobile qui tombe en panne au bout de 1 an ou 2.
  • Réparer sa voiture devient impossible, il faut brancher un ordinateur dessus. Ma Freebox a pris la foudre, on change toute la boîte, et elle est jetée sans la moindre réparation.
  • La gamme des smartphones change en gros tous les ans. Pour les voitures, on constate un changement de modèle tous les 2 à 3 ans, etc.

Accuser les « vilains » industriels est une vision sommaire pourtant répandue. Le problème est cependant de nature systémique, c’est-à-dire que tous les acteurs poussent dans le même sens :

  • Le consommateur est ravi de changer de smartphone régulièrement. Il est aussi ravi de faire jouer la concurrence et de s’acheter la dernière voiture avec le Bluetooth, la dernière télé hyper-grand écran en « Haute Définition +++ ». Il est ravi dans la mesure où il a les moyens. Et s’il ne les a pas ? Aucun souci, on vous fait un crédit Monsieur.
  • L’industriel doit satisfaire ses clients et se démarquer de ses concurrents pour dégager les bons résultats qu’attendent ses financiers. Alors innover, apporter toujours plus dans le produit, c’est un bon moyen.
  • Les financiers eux doivent rendre des comptes aux épargnants, aux fonds de pension qui veulent des rendements élevés, sûrs et réguliers. Comme le montre  Pierre-Yves Gomez dans son livre Le Travail invisible, la roue économique doit tourner de plus en plus vite pour dégager suffisamment de richesse et financer la rente de masse.

« Le problème réside dans l’hypothèque environnementale, car nous prélevons beaucoup de ressources dans l’environnement et rejetons beaucoup de déchets »

Mais où est le problème ?
Le problème réside dans l’hypothèque environnementale, car nous prélevons beaucoup de ressources dans l’environnement et rejetons beaucoup de déchets : des milliards de téléphones ou autres objets électroniques, des milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

EST-CE UNE FATALITÉ ?

Pourtant, les contre-exemples aussi existent sur l’amélioration de la qualité et de la longévité des produits. La qualité des voitures françaises par exemple a beaucoup augmenté face à la concurrence allemande et japonaise.

« La question centrale me paraît être de faire porter le coût de l’obsolescence au bon endroit, de façon à inciter les industriels à améliorer la longévité globale. »

Augmenter la durée de vie, peut être un avantage compétitif majeur.
C’est l’exemple célèbre du pneu Michelin à carcasse radiale. Prix nettement plus élevé mais durée de vie 3 fois plus longue, gains de consommation d’essence, sécurité améliorée. Finalement, Michelin deviendra le numéro 1 mondial du pneu. Le surcoût immédiat était largement compensé par le coût total de possession. Suis-je prêt en tant que consommateur à dépenser plus tout de suite pour faire des gains plus tard ?

Autre exemple : passé un certain âge, je décide de ne plus actualiser certains logiciels de mon ordinateur. En effet, plus je fais de mises à jour, et plus il consomme de ressources mémoire, ce qui le ralentit à en devenir inutilisable. Je possède un ordinateur de 2003 sous Windows XP qui fonctionne très bien … durée de vie 10 ans pour l’instant. Suis-je prêt en tant que consommateur à rester sur de vieux produits qui marchent encore et accepter d’être dépassé par les produits récents ? Suis-je prêt à faire réparer plutôt qu’à acheter du neuf ?

Améliorer la réparabilité, peut aussi devenir un enjeu de compétition.
J’ai vendu des copieurs multi-fonctions de bureau de seconde main… la meilleure rentabilité de toute la gamme de produits du groupe. Quand une entreprise confie son parc d’imprimantes en gestion, alors l’opérateur a grandement intérêt à améliorer la durée de vie plutôt que de faire tourner les produits. Car  c’est lui qui porte le coût de l’obsolescence.

Ou encore cette initiative récente d’un smartphone qui peut être réparé et mis à jour par morceaux (« blocks ») : le « Phoneblocks ». On peut aussi, dans l’intérêt commun, imposer une meilleure réparabilité. La question centrale me paraît être de faire porter le coût de l’obsolescence au bon endroit, de façon à inciter les industriels à améliorer la longévité globale.

Développer une simplicité volontaire, là ça devient plus dur !
Car regardons-nous dans le miroir… Sommes-nous prêts à ne pas céder aux sirènes du marketing ? Que celui d’entre nous qui n’a pas rêvé de se pavaner avec le dernier smartphone lève le doigt ? Que celui qui n’a pas désiré la voiture du voisin ou sa piscine se lève ? Le moteur de la consommation c’est notre désir de bien-être, de paraître, de posséder, etc.

Alors arrêtons cette condamnation simpliste et naïve des industriels, car c’est tout le monde qui est concerné !

[divide]
Références

[1] Vidéo Arte : Prêt-à-jeter
http://www.youtube.com/watch?v=J-XGn32vYQU

[2] Blog Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence

[3] Fondation Hulot : L ‘#obsolescence #programmée : il est temps d’agir ! 1/2,  2/2

Le phénomène est désormais bien connu et ses deux grands volets bien distingués. On différencie la défectuosité planifiée qui consiste à organiser l’arrêt d’un appareil à partir d’un certain nombre d’utilisations. Le second volet repose sur les différents obstacles posés à la réparation éventuelle du produit et qui incitent, voire obligent, à l’acquisition d’un nouveau produit faute de réparabilité du produit défectueux.
Certains auteurs y ajoutent l’obsolescence psychologique due aux effets du marketing et qui nous pousserait à acquérir sans cesse de nouveaux produits alors que ceux que nous possédons remplissent parfaitement leurs usages.
Selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), seuls 44 % des appareils qui tombent en panne sont réparés. Cette filière qui présente la particularité d’être non délocalisable et composée d’emplois stables, bénéficierait fortement d’un soutien dans la perspective de créations d’emplois.

[4] Bon pour la casse ? de Serge Latouche
La plupart des biens que nous achetons sont sciemment viciés de telle sorte que nous soyons contraints, pour faire marcher la machine économique, de les renouvele.

[5] Obsolescence programmée  quelles solutions ? La position de l’alliance Green IT
http://fr.slideshare.net/conseilsmarketing/obsolescence-programme-quelles-solutions-pour-lutter-contre-ce-phnomne

[6] Le mythe de l’obsolescence programmée
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/03/07/1773-le-mythe-de-l-obsolescence-programmee

[7] UltraHDTV
http://www.computerworld.com/s/article/9242377/Bandwidth_alert_It_s_now_possible_to_wirelessly_stream_4K_video?source=cwgp

[8] The phoneblocks
http://www.konbini.com/fr/3-0/phonebloks-obsolescence-programmee/

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À propos de l'auteur

RAYMOND BALMES
RAYMOND BALMES

Raymond Balmes est diplômé de l'Ecole Supérieure d'Electricité (Supelec), formation complétée par un Executive MBA d'HEC. Il a dirigé, en France et à l'étranger, différentes unités techniques et commerciales dans le secteur du logiciel et pour le compte de groupes internationaux. Il a piloté plusieurs années le Forum de la vie active. Il tient un blog, De Computeris, sur les questions autours de l'informatique et de ses usages.

Vos réactions

17 personnes ont donné leur avis pour "Obsolescence programmée : par qui ?"

  1. Antoine dit :

    Votre article est très intéressant. J’ai lu sur le sire Nouvelles de France un article qui parlait du même thème que vous. Il disait que l’obsolescence programmée pouvait être due à un défaut de construction de la machine. L’auteur prenait l’exemple de la machine à laver qui s’arrêtait au bout de deux ou trois ans. Si on est un peu bricoleur et imaginatif, alors on pourrait résoudre le problème. La question que je pose est celle – ci : finalement, n’y a – t – il pas un mythe sur l’obsolescence programmée ? Je vous donne l’article ci – joint : http://www.ndf.fr/poing-de-vue/06-09-2013/comment-jai-deprogramme-lobsolescence

  2. Pierre-Yves Gomez a mis en évidence de manière lumineuse l’une des causes de ce phénomène: le fabricant industriel a besoin de « faire tourner » les produits pour consommer sa capacité de production et d’innovation.

    En sortir pose une question essentielle: cesser d’innover pour innover c’est se mettre à innover pour apporter à son client une valeur ajoutée véritable ; la durabilité du produit que vous prônez est une manière de le faire, c’est certain!

  3. Pierre WILLOT dit :

    Je suis entièrement d’accord, les industrielles ne font que suivrent la demande. Pour ma part, je ne fonctionne qu’avec de l’occasion. L’ordinateur que j’utilise est d’occasion et sur une distribution Linux qui a cet avantage que tous les logiciels sont compatibles et compatibles d’une version à l’autre. Même chose pour la voiture, une occasion qui permet encore de travailler soi-même dessus sans être obligé de passer par la garage. Bref pratiquement tout est d’occasion chez nous.
    Pierre

  4. Antoine dit :

    Autrement dit, c’est à nous les consommateurs de changer notre comportement sur la consommation.

  5. Complètement d’accord avec la chute de l’article. C’est à nous de nous déprogrammer. Et cela n’est pas si dur que ça : les sirènes du marketing chantent faux et leur répertoire musical est somme tout assez vulgaire.

  6. Bruno dit :

    Je crois que l’auteur oublie un élément essentiel de l’obsolescence programmée : la publicité. Pourquoi est ce que je veux ma bagnole avec Bluetooth et les phares qui clignotent quand je m’en approche. Parce que ma vieille bagnole est devenue ringarde, pas parce quelle ne marche plus. Pourquoi je veux le dernier i pad : parce qu’il est soit disant révolutionnaire.
    Ce n’est pas moi qui ait décidé. Je me souviens d’une pub où le slogan était don’t think (ne pense pas).
    Faites l’expérience, partez un mois quelques part sans radio ni télé ni informatique, vous découvrirez que votre désir d’objets diminue, que vous n’en avez plus besoin. La publicité fait cette chose extraordinaire qu’elle nous pousse à jeter ce qui marche encore. C’est génial.
    L’obsolescence programmée est consubstantiel au système. Vous baisser votre consommation, vous êtes un mauvais citoyen qui ne soutien pas la croissance. Vous relancez votre consommation, vous êtes un mauvais terrien.
    La seule voie à mes yeux c’est de passer d’une société de l’avoir à une société du partage (partage du PC, de la machine à laver, de la bagnole etc.) Mais ça n’est pas une bonne nouvelle pour le système économique, pour l’emploi, pour la croissance qui ont besoin qu’on consomme toujours plus.
    Perso j’essaye d’être un mauvais consommateur, mais sans illusion car le système économique a besoin de l’obsolescence des objets pour continuer à « vivre ».

    • Raymond Balmès dit :

      Effectivement, la publicité,dont j’ai peu parlé dans ce billet, joue un rôle clef pour pousser à la consommation. Merci de le rappeler.
      Il est vrai que d’une certaine façon l’usure des objets fait tourner le système économique. A quel moment passe-t-on d’une ‘usure normale’ a une ‘obsolescence programmée’, difficile à dire néammoins. Le livre de PY Gomez, cité dans le billet, montre très bien que le système économique financiarisé pousse à l’accélération générale, comme vous le dites.

      • Bruno dit :

        C’est à mon avis les limites de ce livre. J’ai mis des années à découvrir que ma formation d’ingénieur intègre complètement et inconsciemment cette problématique. On nous apprend à ne pas interroger cette question, l’obsolescence est intégrée dans nos modes de pensée. Un bon ingénieur est celui qui répond à un cahier des charges, on ne lui demande pas de questionner ce cahier des charges. Je me souviens d’un copain complètement autodidacte spécialisé en systèmes expert. Il intervenait en avant vente. A chaque fois qu’il recevait des futurs clients, ceux-ci repartaient ravis avec des solutions plus simples (et donc moins fragile) et moins chers. Il a été viré. Il interrogeait la demande du client, l’amenait à faire évoluer la vision qu’il avait de son besoin. Mais il entrait en contradiction avec la stratégie du groupe dont l’objectif était de vendre… Cela ne date pas seulement de l’économie financiarisée mais de la conception que nous avons de la technique et de sa place dans la société.

  7. Raymond Balmès dit :

    Etant moi-même informaticien, mon ‘inconscience’ est très calculée … pour l’instant zéro problème du a des failles.

  8. villemagne dit :

    Bonjour,
    Merci pour cette réflexion que je partage dans ces grands axes. Néanmoins, n’oublions pas que la qualité a un coût (sans parler de la sur-qualité). L’analyse de la valeur, entre autres facteurs, a permis de rendre accessible la machine à laver au plus grand nombre (regardez l’évolution du prix de la machine à laver en pourcentage du SMIC).
    Par contre, la machine à laver est elle nécessaire? en poussant le raisonnement le GPS est il nécessaire…la géolocalisation est elle une source de progrès quand elle augmente l’efficacité et la surveillance?…
    Le renouvellement des produits finance la R&D, de laquelle émerge de belles et intéressantes innovation.
    Comme vous le soulignez la bonne question est notre rapport à la consommation.
    Au plaisir d’échanger
    Thierry Villemagne

  9. PH94 dit :

    Bruno nous dit qu’une « société de partage » ne serait pas bonne pour le « système économique », pour « l’emploi »..
    Je suis convaincu du contraire. Opter pour des biens durables, « partageables », c’est notamment créer des besoins de main-d’oeuvre relocalisées. Je pense notamment au dépannage qui est aujourd’hui pour l’essentiel substitué par l’importation de produits neufs non réparables (ils sont conçus pour ne pas l’être)
    Je pense également que la conception même de produits « durables » et « partageables » serait de nature à donner une nouvelle compétitivité à nos industries et donc à l’emploi local.
    Je rejoins Pierre dans son comportement d’achat : je suis également passé à « l’occase » avec satisfaction. Mon dernier achat (je suis installé en profession libérale) : un fax « laser » professionnel que j’ai acheté 40 € et qui fonctionne comme une horloge !…

  10. villemagne dit :

    Bonjour,
    A cette question sur obsolescence programmée (décidée) des produits, nous pourrions aussi nous interroger sur obsolescence que nous générons au niveau des salariés. Dans nos choix de recrutement, quand nous attendons un minimum d’expérience (laissant sur le coté les moins de 27-28 ans) et que nous estimons qu’être sénior (45 légalement, 50?) est un handicap, nous organisons aussi le raccourcissement de la vie de travail.
    A bientôt

  11. PH94 dit :

    A Villemagne, sur l « obsolescence anticipée » des séniors sur le marché de l’emploi, je le renvois aux conclusions des Semaines Sociales qui viennent de s’achever sur le thème « Réinventer le travail ». Des débats très riches sur la question.
    Pour tous, je mentionne également la pub actuellement sur nos écrans pour la cafetière Malongo : « made in France », « garantie 5 ans » et défi explicitement annoncé dans le spot à « l’obsolescence programmée ».
    Autant de signes encourageants !

  12. Grégory dit :

    Bonjour,
    Toutes ces réflexions sont intéressantes.
    Il apparaît clairement que nous, consommateurs manipulés, sommes devenus escalves d’une « pression de conformité » qui nous pousse à posséder le dernier joujou technologique.
    Certes nos comportements sont à l’origine de ce phénomène pour le plus grand bonheur des industriels mais soyons réalistes ; qui peut se target de pouvoir être totalement « has been » ou en décalage ? De même tout le monde n’est pas informaticien et quel consommateur lambda est capable de réparer un SAMSUNG galaxy x ou y tombé en rade de façon programmée ?
    Nous savons que le commun des consommateurs suit la tendance et de fait supporte l’immense coût de l’obsolescence programmée. Il est trop facile de jouer l’immobilisme en disant que cela résulte de nos comportements.
    Soyons réalistes, ce n’est pas ainsi que nous infléchirons le phénomène.
    Le seul moyen serait (comme proposé plus haut) de faire supporter à leurs concepteurs le coût engendré par ces pratiques malsaines.
    Nous devons nous insurger en
    proposant et incitant un nouveau mode de consommation « bio ». Des objets réparables, plus de transparence sur la durée de vie des produits, etc…
    Pour cela nous trompons pas de cible et revenons à la charge pour que naisse un projet ou une proposition de loi.

  13. marignane dit :

    Bonjour,

    Avez-vous une liste de marques qui favorise la durabilité des produits ( hormis l’exemple des pneus Michelin) ?
    merci

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