On a accueilli un chien guide d’aveugle

Arnaud, Léopoldine et leurs deux enfants se sont lancés dans une aventure peu commune : le dressage d’un chien guide d’aveugle. Ils nous racontent cet engagement à plein temps, source de joyeux apprentissage pour toute la famille.

À L’ORIGINE DU PROJET

« Nous souhaitions un chien mais s’engager sur 15 ans, c’est compliqué »

Cela faisait longtemps que notre famille désirait accueillir un animal de compagnie. Comme nous habitons en ville et que notre famille s’agrandit petit à petit, s’engager pour 15 ans en adoptant un chien nous paraissait compliqué. Nous nous sommes renseignés sur les refuges pour chiens et chats, comme ceux de la SPA, mais il nous paraissait préférable de commencer avec un chiot pour que les enfants s’habituent. En poursuivant nos recherches, nous avons découvert qu’il était possible de devenir famille d’accueil pour chiens guides d’aveugle… ça a fait tilt !

ON PASSE A L’ACTE !

« Nous avons compris l’importance de ce projet »

Pour en savoir plus, nous sommes allés aux portes ouvertes de l’association Chiens guides d’aveugles de notre région. On pouvait y rencontrer des éducateurs, des donateurs, des personnes en déficience visuelle, des familles d’accueil… L’une d’entre elles se promenait avec son chiot. Tout le monde s’approchait pour le caresser, dont une personne aveugle que j’ai entendu dire : « C’est un bébé ! C’est le tout début de l’aventure. Ça fait deux ans que j’ai mon chien grâce à une famille d’accueil comme vous, ça a changé ma vie. J’ose enfin sortir… Je lui fais plus confiance qu’à moi-même. » Cette journée-là a été riche en témoignages de ce type. Toute la famille a pris conscience que ce que nous nous apprêtions à faire pouvait transformer une vie.

AU QUOTIDIEN

« C’est du boulot, quand même ! »

Il s’agit de sortir le chien tous les jours, dans des endroits où il y a le plus de monde possible. Le chien guide d’aveugle ne doit jamais s’exciter : il doit être habitué au bruit, à la foule, aux mouvements. Voilà pourquoi son maître référent l’emmène partout avec lui : au boulot, chez les amis, dans les transports en commun, les magasins… parfois, il y a des réactions méfiantes. Cela exige une grande pédagogie pour expliquer la démarche et dénouer les appréhensions.

Toutes les semaines, nous avons un RDV avec un éducateur canin et tous les mois, nous nous retrouvons avec 5 ou 6 familles d’accueil sur un thème spécifique. Cela nous permet d’avoir une vision toujours plus concrète des objectifs à atteindre. Par exemple, la commande de rappel est stratégique : un chien guide d’aveugle doit revenir à 100 % lorsqu’il est appelé. De fait, la personne en déficience visuelle va devoir le laisser jouer et vivre sa vie de chien plusieurs fois par jour, ce qui implique de perdre le contact pour un temps. Si le chien ne revient pas quand son maître l’appelle, ça peut devenir très problématique.

Son dressage est donc pointu et exigeant. Voilà pourquoi après son passage en famille d’accueil, un chien sur deux est réformé. Dans de tels cas, il peut devenir chien médiateur, en milieu carcéral, hôpital psychiatrique ou auprès d’enfants autistes, par exemple. Les chiens qui ne deviennent ni l’un ni l’autre vont alors vivre dans une nouvelle famille d’accueil.

LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME

« Un chien est un extraordinaire vecteur relationnel »

La majorité des chiens guides d’aveugle sont des labradors. Ce chien est d’une abnégation totale : il vit pour faire plaisir à son maître ou à son entourage. Même les choses qu’il n’a pas spontanément envie de faire, il va s’y contraindre par pur dévouement. Voilà pourquoi quand cette belle qualité est mise au service de personnes en situations de handicap, ça fonctionne bien.

Quand on possède un chien, c’est une relation qui demande des sacrifices et de l’attention. Et on reçoit beaucoup d’affection en retour. C’est d’ailleurs amusant de croiser d’autres maîtres dans la rue : il n’est pas rare de s’arrêter dix minutes pour discuter de son chien. On réalise alors que l’on fait partie de la grande communauté des propriétaires de chien, un peu comme les motards dans leur domaine !

Un chien, c’est un extraordinaire vecteur relationnel. J’ai pu avoir des conversations avec des personnes avec lesquelles je n’aurai jamais parlé si je n’avais pas promené mon chien. Souvent, les personnes qui croisent un chien sont attendries, intéressées et engagent des discussions bienveillantes. C’est très sympa à vivre au quotidien.

TROIS MOIS DE DRESSAGE

« Nous sommes le maillon d’une chaîne de solidarité »

Cela fait trois mois que nous avons accueilli notre chien et c’est une aventure qui recouvre beaucoup de dimensions :

  • Vous avez la chance d’accueillir chez vous un animal de compagnie : c’est une source d’affection et de joie pour tous ! Et puis, un chien vous pousse à sortir, à aller vers l’extérieur, ce qui est en soi une très bonne chose.
  • C’est une expérience technique qui offre une belle dimension d’apprentissage. On doit enseigner au chien les bons réflexes pour faciliter la vie de son futur maître. Le chien guide d’aveugle, c’est le top niveau des chiens dressés (parmi lesquels on trouve les chiens policiers, les chiens de chasse…) : le moindre déplacement de leur futur maître dépend entièrement d’eux. Le dressage doit être parfait. C’est hyper intéressant.
  • Le chien reste dans sa famille d’accueil pendant 1 an ½ . Ce sera probablement un déchirement quand il partira mais nous savons que notre projet a du sens. Derrière, une personne en déficience visuelle pourra l’avoir tout le temps à ses côtés, lui faire confiance, l’emmener partout, bref, se simplifier la vie. Nous sommes le maillon d’une chaîne de solidarité. C’est un beau projet. Alors, oui, ça va être dur de se séparer de ce chien mais c’est pour la bonne cause !

DEVENIR FAMILLE D’ACCUEIL

« Il est important qu’il y ait beaucoup de familles d’accueil »

Quand on a la motivation pour devenir famille d’accueil – et on peut tous le devenir, célibataires comme couples avec ou sans enfant – on passe plusieurs entretiens préalables auprès de l’association dédiée. Les éducateurs savent poser les bonnes questions pour recruter sagement les futurs accueillants. Ils se déplacent pour découvrir le cadre familial et font découvrir les locaux de l’association qui deviennent rapidement un lieu familier.

La chose la plus importante est la disponibilité : il faut être prêt à consacrer beaucoup de temps à ce dressage, plus qu’avec un chien « normal ». Il y a d’ailleurs beaucoup des jeunes retraités qui s’investissent dans cette mission. Avec le temps, toutefois, il est de plus en plus facile de gérer cet engagement au quotidien.

En termes de budget, si être famille d’accueil est un engagement bénévole, la nourriture du chien, les RDV vétérinaires et les divers accessoires sont pris en charge par l’association.

Il est important que le nombre de familles d’accueil se multiplient. Pour des raisons de coûts et de disponibilités, peu de déficients visuels sont propriétaires de chiens. Et c’est dommage parce que ça leur apporte une grande liberté d’action. Alors, engagez-vous !

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Courant pour une écologie Humaine

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