Penser nos courses

CoursesUn déjeuner de famille, comme les vacances le permettent, avec cette insouciance et ces sujets lancés d’un ton badin. Un thème naît : les produits chinois nous envahissent ! Les chiffres annoncent plus de 30 milliards d’euros de biens chinois importés, et  la France ne cesse d’alourdir son déficit commercial vis à vis de la Chine, comme il en est avec tous ses partenaires économiques.

QUEL RAPPORT AVONS-NOUS À LA CONSOMMATION ?

« Nos achats ont le pouvoir de faire changer les choses. A quoi sert-il de se lamenter sur la macroéconomie si nous ne faisons pas attention à l’impact de nos petits achats de tous les jours ? »

Tant que cela reste au niveau abstrait, le constat est déjà navrant, et l’est davantage lorsque l’on se tourne vers ses  applications concrètes : d’où proviennent ces couverts achetés chez Ikea ? Ces biscuits de marques de distributeurs ? Ces melons … en plein mois de juin ? Cette table de jardin sur laquelle nous prenons nos repas ?

L’expression « pouvoir d’achat » traduit bien cette idée : nos achats ont le pouvoir de faire changer les choses. A quoi sert-il de se lamenter sur la macroéconomie si nous ne faisons pas attention à l’impact de nos petits achats de tous les jours ?

Prenons un exemple simple dans le domaine alimentaire : acheter des fruits et légumes de notre région, ou au moins produits en France, ne nous coûtera pas beaucoup plus cher et favorisera le développement d’une petite agriculture locale riche pour les territoires. A l’inverse, acheter du melon marocain en juin revient à appauvrir les réserves d’eau de ce pays qui en manque, et fait du tort à nos producteurs méridionaux, tout en défavorisant par ailleurs nos producteurs les producteurs français qui voudraient nous vendre des fraises à cette époque…

PÉRENNISER L’INDUSTRIE FRANÇAISE PAR NOS ACHATS

Un comportement responsable requiert par conséquent un arbitrage : il faudra peut-être payer un peu plus cher notre kilo de cerises, et il faudra sans doute attendre la saison pour consommer des tomates, mais cela ne représente-t-il pas un véritable investissement pour la génération à venir ?

Par nos petits achats quotidiens, nous pouvons contribuer à pérenniser l’industrie française sur le long terme. Cela nous fait aussi rentrer dans un autre rapport à la consommation : nous prenons conscience du bien qui nous est proposé, de son origine et de ses impacts. Nous redécouvrons la chance que nous avons de vivre à une telle époque d’abondance, tout en mesurant la responsabilité que nous avons de changer le monde.

« L’abondance permanente nous amène à privilégier une comparaison simple sur le prix, et non plus sur la qualité. Pensons intelligemment nos achats pour rentrer dans une logique de cohérence globale, qui fera de nous des hommes et non plus des « consommateurs ». »

Alors bien sûr, la mondialisation existe, et il n’est pas possible ni souhaitable, d’échapper aux produits manufacturés importés. Il ne s’agit pas, de toute évidence, de rentrer dans une mentalité d’assiégé qui ferme ses frontières. Mais il est important) de comprendre que le prix n’est pas la valeur d’un bien et que la disponibilité de celui-ci, ne signifie qu’il est forcément bon de l’acheter. La course au moins cher détruit des emplois proches de chez nous, et crée les conditions d’esclavage moderne de l’homme et de son environnement. L’abondance permanente nous amène à privilégier une comparaison simple sur le prix, et non plus sur la qualité. Pensons intelligemment nos achats pour rentrer dans une logique de cohérence globale, qui fera de nous des hommes et non plus des « consommateurs » ceci par le simple fait d’avoir recours à un achat raisonné.

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CHARLES VAURY

Vos réactions

2 personnes ont donné leur avis pour "Penser nos courses"

  1. Intéressant, mais allons donc plus loin, beaucoup plus loin. Avant tout, rappelons avec énergie ce fait: se nourrir local, et sans augmenter son budget (à condition, bien entendu, de cuisiner. Il est évident que si on tient mordicus aux plats surgelés, notre pouvoir est nul) est faisable, réalisable, réaliste, que l’on habite une ville petite, moyenne ou grande, a fortiori à « la campagne ». Et c’est même une aventure humaine qui… nourrit ! Paradoxalement, renoncer à l’abondance de tout en toute saison, est un aiguillon pour se laisser surprendre et transformer une contrainte (« tel légume n’est pas disponible ») en atout (« je vais acheter/accepter dans mon panier AMAP ce légume que je ne connais pas, apprendre à le cuisiner au lieu de manger toute l’année les trois mêmes légumes surgelés »). Les variations saisonnières font exploser nos routines ! Se lancer le défi de trouver un producteur local pour un produit de plus… et encore un de plus… et se dire à chaque pas: je progresse dans ma cohérence de vie, voilà encore un chemin vivifiant. « Les courses », de corvée hebdomadaire ou bimestrielle, prennent la dimension d’un ragaillardissant acte citoyen.
    Et en plus, c’est meilleur… poncif, mais réalité !
    Soyons fous, élargissons la démarche: pour tout achat, pas seulement alimentaire, prenons le temps de la pensée: besoin ? envie ? si envie, le gain attendu est-il à la hauteur du coût – pas seulement le prix: le coût sociétal, écologique, le coût de sens de cette dépense ? On se libère rapidement de faux besoins comme fondent les graisses de celui qui se met à se nourrir sainement. On dépense souvent moins, toujours mieux. Toute la relation à l’avoir change: on entre dans une sobriété, une simplicité de vie, avec le sentiment de se libérer de chaînes et de poids. Voilà progressivement la consommation remise à sa place. Cette légèreté rend infiniment plus heureux – et de façon plus durable – que les innombrables achats compulsifs « pour se faire un petit plaisir » qui transforment notre porte-monnaie et surtout notre recherche de bonheur en tonneau des Danaïdes.
    Ah, bien sûr: ce qui précède n’est pas une simple harangue, c’est un témoignage de vie…

  2. PH94 dit :

    Tout à fait en phase avec ce raisonnement.
    Aux arguments économiques (préserver l’emploi local qui est notre responsabilité), j’ajouterai l’argument sanitaire.
    Les scandales en cascade de ces derniers mois ont prouvé que l’on nous faisait passer des « vessies pour des lanternes » sur le plan alimentaire : du cheval pour du boeuf, des produits de synthèse fabriqués à partir de déchets marins pour du poisson (en particulier dans les plats cuisinés), l’abondance de conservateurs qui impacte notre santé et j’en passe.
    L’état se montre incapable de contrôler les mesures de protection du consommateur, pourtant drastiques, qu’il met en place. C’est à nous d’assurer un contrôle vigilant des étiquettes et de nos achats et d’exclure les produits douteux et les succédanés d’aliments.

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