PLAIDOYER POUR LA SAGESSE : POUR UNE ÉCOLOGIE DE L’INTELLIGENCE

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Force est de constater, dans le monde occidental contemporain, un primat omniprésent, et revendiqué, de l’action sur la contemplation. Non seulement au niveau spirituel, au sens religieux, mais également au niveau simplement humain et rationnel : l’intelligence comme telle est maltraitée (mal traitée). Soit elle est prise pour ce qu’elle n’est pas essentiellement (outil pour résoudre les problèmes, instrument au service de nos désirs, capacité logico-mathématique, résultats aux tests de Q.I., etc.), soit elle est purement et simplement dévalorisée et méprisée (à l’école, « intello » est une insulte.).

Il ne s’agit pas de déprécier l’action, elle est nécessaire ; mais de la remettre à sa place, la seconde, après la réflexion, la méditation, la contemplation. « Il faut réfléchir avant d’agir », nous rappelle avec humour Snoopy chien…

On ne peut que se réjouir des initiatives de plus en plus nombreuses et diverses qui se proposent de contribuer à la prise en charge du destin environnemental et humain, gravement menacé, de notre planète. Chacun est invité à apporter sa pierre… Oui, mais pour quel édifice ? Nous voulons tous plus de paix et de justice sur la terre… Oui, mais sommes-nous d’accord sur les moyens d’y parvenir ?

Toutes nos actions, aussi positives soient-elles, peuvent être nécessaires : elles ne sont pas pour autant suffisantes. Encore faut-il qu’elles puissent être coordonnées pour ne pas s’éparpiller dans tous les sens, pour s’intégrer dans une construction viable et ne pas se trouver en oppositions mutuelles. L’action ne suffit pas : il faut une perspective directrice, une vision organisatrice et régulatrice, en un mot une sagesse. « Le propre du sage est de mettre de l’ordre » : la principale cause du désordre du monde est l’absence, voire le refus déclaré, de la sagesse.

Certes, il y a des sagesses pratiques, centrées sur l’action à mener et ses buts spécifiques. Mais elles ne suffisent pas, par elles-mêmes, à constituer une vision d’ensemble, un but commun à tous. Pour cela, il faut une sagesse plus universelle, moins engagée dans l’urgence de l’action immédiate. Nous avons besoin d’une sagesse « spéculative », de réflexion et de contemplation, capable de dégager des perspectives organisatrices et de formuler des mots d’ordre adaptés, en fonction du sens authentique de la vie humaine sur la terre.

Où, comment la trouver, cette sagesse si nécessaire ?

Certes, il y a les offres de sagesses religieuses. Mais elles sont bien différentes les unes des autres, et, en fait, incompatibles sur le fond. Quant au christianisme, avec la proclamation de l’Évangile, la distinction du spirituel et du temporel est instaurée : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jn, XVIII, 36) et « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc, XX, 25). C’est la racine d’un « principe de laïcité » : la religion chrétienne n’est pas, comme telle, en charge des affaires de la cité terrestre (bien qu’ayant son mot à dire sur elles). Le point de vue de l’Islam est différent.

Les catéchismes étant incompatibles, si on veut éviter les guerres de religion, il ne reste qu’une solution : celle d’un dialogue et d’une coopération intellectuelle au niveau de la raison. Pour affronter de manière cohérente et efficace les problèmes de la planète en tant que cité terrestre commune de l’humanité, on ne peut se passer d’une sagesse rationnelle autonome (ce qui ne veut pas dire indépendante) par rapport à la religion, rigoureuse et démonstrative, fondée en vérité (et donc scientifique à sa manière), qui soit de surcroît suffisamment connue et acceptée, au moins par ceux qui prétendent au rôle d’élites responsables (car il y a, certes, des « élites » irresponsables).

Or cette sagesse rationnelle existe. C’est la philosophie qui a pris forme avec Socrate, Platon et Aristote, qui s’est développée sous divers cieux théologico-politiques (Avicenne, Averroès, Maïmonide, Thomas d’Aquin, Duns Scot,… pour citer quelques-uns des plus notoires) et dont à mes yeux le meilleur représentant de nos jours a été Jacques Maritain. La Philosophie pérenne existe, je l’ai rencontrée. C’est d’elle, dûment réactivée et mise à jour, dont nous avons le plus urgent besoin, si nous voulons prendre en charge rationnellement nos plus immédiats et brûlants défis. L’avenir est à ce prix.

Louis Chamming’s

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À propos de l'auteur

Louis Chamming's

Philosophe, Ancien président du Cercle d’études Jacques et Raïssa Maritain (1995-2009), Président et cofondateur de l’association « Jeunes en Questions » (J.O. du 30-07-2005), ayant pour objet « d’offrir aux jeunes des lieux et des activités leur permettant de poser librement leurs questions et de construire leur réflexion, en s’appuyant sur un cadre philosophique à la fois structuré, ouvert et respectueux de la personne ».

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