Pour une école de la confiance

Ecole de la confianceC’est un leitmotiv[i] : notre système scolaire est de moins en moins efficace. Trop d’élèves arrivent au collège pénalisés par de graves lacunes dans la maîtrise de la langue et des notions mathématiques de base. Certains tirent ce boulet toute leur scolarité. Par ailleurs, l’école est, dans quelques établissements, gangrénée par de graves difficultés disciplinaires face auxquelles l’institution semble impuissante[ii]. Il s’agit aujourd’hui, selon Vincent Peillon, de refaire « de l’école un lieu de réussite… pour tous ; un lieu d’éveil à l’envie et au plaisir d’apprendre, à la curiosité intellectuelle, à l’ouverture d’esprit ; un lieu où il soit possible d’apprendre et d’enseigner dans de bonnes conditions »[iii]. Reste à savoir comment s’y prendre.

CONFIANCE EN SOI ET RÉUSSITE SCOLAIRE

« N’est-il pas fondamental de dispenser aux enfants une formation humaniste qui les ouvre à de nombreux horizons dont l’inutilité financière n’a d’égale que l’efficacité émancipatrice de l’activité intellectuelle ? »

Pour ce faire, la première mission de l’institution est de croire à l’effet libérateur de la connaissance ; mais aussi de déterminer des priorités dans la formation de notre jeunesse. Il est tout aussi mortifère de reléguer le latin et le grec [iv] que de rendre prioritaire l’apprentissage d’une langue vivante dès le cours préparatoire[v] alors qu’il est urgent de centrer l’enseignement initial sur les apprentissages fondamentaux, aujourd’hui non maîtrisés à l’issue du cours moyen. L’amour de la connaissance ne peut venir que par la maîtrise de notions de base qui peuvent ensuite s’élargir au fil de la scolarité à des domaines plus variés.

Le savoir émancipe mais l’école doit aussi préparer à la vie active. Aussi l’école s’acharne-t-elle à inculquer des compétences[vi], oubliant parfois les connaissances[vii]. Pour autant, n’est-il pas fondamental de dispenser aux enfants une formation humaniste qui les ouvre à de nombreux horizons dont l’inutilité financière n’a d’égale que l’efficacité émancipatrice de l’activité intellectuelle ? Connaître le passé, la pensée des anciens, s’intéresser à la science… permet de développer des capacités d’analyse et de raisonnement vitales dans la vie personnelle, civique et professionnelle.

Dans cette mission d’enseignement, la loi Peillon prévoit des dispositifs d’aide individualisée pour les élèves les plus faibles sans préciser leurs modalités d’application. De fait, comment aider les élèves décrocheurs à rattraper leur retard sans les séparer du groupe classe et sans pénaliser la progression de ce même groupe ? Les heures d’accompagnement éducatif sont malheureusement insuffisantes devant les lacunes de certains élèves qui, pourtant, passent bon an mal an de niveau en niveau, pris dans une spirale d’échec, de dégoût de l’école et de mépris de soi. L’école primaire doit donc mieux mettre en place de solides bases littéraires et scientifiques. Et sans doute faut-il aussi repenser le collège unique pour mieux accueillir les enfants dans la diversité de leurs capacités.

CONFIANCE RECIPROQUE ENTRE L’INSTITUTION ET LES FAMILLES

« Comment conserver la confiance des parents si l’institution décide de prendre le dessus sur l’éducation qu’ils dispensent ? L’Etat veut-il former ou formater la jeune génération ? »

Dans l’annexe à son projet de loi, M. Peillon évoque le besoin de redynamiser le dialogue entre les parents et l’institution. C’est une urgence ! La volonté de notre ministre d’arracher les enfants à leurs déterminismes sociaux, ethniques, religieux… à travers l’enseignement moral et laïc[viii] s’oppose frontalement à cet objectif. Comment conserver la confiance des parents si l’institution décide de prendre le dessus sur l’éducation qu’ils dispensent[ix] ? L’Etat veut-il former ou formater la jeune génération ? Aujourd’hui, plus que jamais, il s’agit d’affermir le rôle primordial des parents comme éducateurs de leurs enfants. Il faut mettre en œuvre des politiques d’accompagnement des parents démissionnaires, coopérer dans la confiance et le dialogue entre l’école et la famille. Si les parents remettent en cause les enseignements dispensés (ou les décisions disciplinaires prises) à l’école, l’enfant ne peut se développer sereinement. L’institution et les enseignants ont besoin non seulement du respect, mais aussi du soutien des parents pour accompagner l’enfant. Pour cela, l’école doit respecter les cultures et convictions des familles qu’elle accueille.

CONFIANCE ENVERS LES ENSEIGNANTS

« Il faut, en particulier face aux publics difficiles, un projet partagé et cohérent de vie commune dans les établissements qui ne peut passer que par le respect inconditionnel de l’autorité des enseignants et personnels éducatifs sur lequel on ne peut transiger. »

Madame Sassier, médiatrice de l’éducation nationale appelle à repenser les conseils de discipline, constatant qu’ils se soldent par de trop nombreuses exclusions. Pourquoi pas ? En arriver au conseil de discipline est déjà un échec. Mais en amont, il faut réfléchir à la manière dont la discipline s’applique dans les établissements ; aux pouvoirs du directeur, à sa responsabilité dans le recrutement de son équipe ; à son devoir de soutenir (sauf faute grave) ses enseignants envers et contre tout (l’un va difficilement sans l’autre). Il faut, en particulier face aux publics difficiles, un projet partagé et cohérent de vie commune dans les établissements qui ne peut passer que par le respect inconditionnel de l’autorité des enseignants et personnels éducatifs sur lequel on ne peut transiger.  Les chefs d’établissement doivent avoir les moyens de ces objectifs. Il est donc nécessaire de sortir du système systématique de mutation par points pour favoriser l’autonomie des chefs d’établissements et leur choix de recrutement en fonction des besoins de leur établissement[x].

 

Ainsi, aujourd’hui, si la refondation de l’école s’avère nécessaire, elle ne peut s’appuyer sur l’inoculation de l’idéologie laïciste ou de celle du genre ; elle ne peut exclure les familles. Elle doit les intégrer, avec les enseignants et tous les responsables, à un projet bien identifié de réussite des élèves dans l’établissement qu’ils fréquentent tout en respectant le principe de subsidiarité, qui donne la première place à la famille, sans lequel la confiance ne peut s’établir.



[i] « A l’issue de leur scolarité à l’école primaire, on constate que 25 % des élèves ont des acquis fragiles et 15 % d’entre eux connaissent des difficultés sévères ou très sévères.» Dans l’annexe sur la refondation de l’école du projet Peillon actuellement étudié à l’Assemblée.
[ii] On peut noter les stratégies de démultiplication des options pour échapper aux classes et aux établissements les plus difficiles (donc pour échapper à la carte scolaire) qui favorisent avant tout les bons élèves.
[iii] Projet Peillon.
[iv] La suppression du CAPES de lettres classiques semble révélatrice d’un manque de considération pour les humanités.
[v] Projet Peillon (l’art. 27 parle de l’école élémentaire).
[vi] Le socle commun des compétences mis en œuvre sous le précédent gouvernement était tellement compliqué qu’on ne pouvait l’utiliser efficacement. Pour autant, le projet Peillon ne renonce pas à la validation de compétences du primaire à la fin du secondaire ; mais selon d’autres modalités que nous sommes curieux de découvrir. Seulement, si les compétences remplacent les notes ; comment évaluer les connaissances (historiques, philosophiques…) que ne remplacent pas les compétences ?
[vii] Ce qui n’est pas toujours pour déplaire à certains élèves : il est plus facile d’acquérir des méthodes (mécanismes répétitifs) que de s’astreindre à apprendre. C’est aujourd’hui une des lacunes de notre système. Trop souvent, les enfants n’aiment ni ne savent apprendre. On cherche à développer les NTIC dans nos écoles alors qu’elles favorisent le « zapping » ambiant et non la concentration. Il y a aujourd’hui une véritable question à se poser sur nos priorités.
[viii] Qui devrait être noté tout au long de la scolarité ; alors qu’on entend dire par ailleurs que nos élèves sont soumis à de trop nombreuses évaluations qui découragent les moins bons d’entre eux et maintiennent constamment une pression insupportable.
[ix] On pourrait citer comme exemple la distribution de la pilule, qui n’est pas un acte médical anodin, sans accord parental, à des adolescentes mineures.
[x] Il est évident que la plupart des enseignants dans les établissements les plus difficiles sont des débutants qui n’ont pas suffisamment de points pour choisir une autre affectation. Il y a là de quoi les dégoûter… Par ailleurs, ils n’ont pas forcément les compétences et manquent d’expérience pour s’adapter à ce genre de public.

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À propos de l'auteur

ANNE-CLAIRE TRANCHANT
ANNE-CLAIRE TRANCHANT

Après un master de recherches en histoire et de nombreuses expériences éducatives (en particulier dans le scoutisme), Anne-Claire Tranchant a obtenu son CAFEP d’histoire-géographie. Elle enseigne désormais dans un collège privé du vingtième arrondissement de Paris.

Vos réactions

4 personnes ont donné leur avis pour "Pour une école de la confiance"

  1. Salvanès dit :

    merci pour cet article J’irais pour ma part beaucoup plus loin en affirmant que l' »égalité » à l’école génère une extrême violence à l’égard de tous ceux qui sont différent du modèle prépensé et que le respect de la personne/élève passe par des méthodes pédagogiques qui prennent en compte différentes manières de se situer face aux apprentissages et différentes manières d’apprendre.
    Il faut remettre la personne de l’élève au centre du système éducatif.

  2. Gautier dit :

    Merci pour ce bel article et bravo pour ton si beau et si noble métier.

  3. Cap2006 dit :

    Le constat est bon…. et la question du chemin pertinente….

    Mais les belles intentions cachent des alinéas peu propice à changer quoi que ce soit….

    beaucoup trop d’élèves vont à l’école par obligation. Hors, l’envie, la fierté doivent accompagner l’enfant et les parents….
    – laisser l’autonomie entière aux établissements, y compris dans l’embauche et le licenciement des enseignants…. sur l’organisation du temps, des programmes, des rythmes, etc… sur un cycle d’apprentissage pluri annuels,
    – un contrôle par l’administration uniquement limité à l’acquisition des savoirs fondamentaux, et pas uniquement conceptuels….
    – financement par chèque éducation.
    – suppression de la carte scolaire.

    Des établissements proposant un projet éducatif à des parents qui choisissent l’établissement…. et tout simplement fermés si résultats non conforme à l’évaluation de fin de cycle.
    La possibilité de créer facilement des micro établissements au sein même des structures scolaires, pour dynamiser enseignants et parents, pour créer de l’émulation… pour offrir des méthodologies imaginatives en fonction des manières d’apprentissages différentes d’un enfant à l’autre…

    Bref, en finir avec des enseignants recrutés à vie sur leur capacité à faire de longues études universitaires…
    Bref, en finir avec une gestion centralisée, d’un mamouth incapable de voir le bout de son nez….
    Bref, en finir avec le diktat de l’administration, castratrice de l’initiative et de la responsabilité… bien mauvaise employeuse qui plus est…

    Place à la responsabilisation, l’initiative, l’envie….

    le brevet des collèges validant l’orientation vers le lycée ou la formation choisi par l’élève…
    le bac raccourci sur quelques épreuves fondamentales validant des acquis et l’orientation vers les études supérieures…

    • Geoffroy B. dit :

      Il devrait aussi y avoir une confiance mutuelle entre le corps enseignant et l’Etat.
      Un établissement ne peut être entièrement autonome, sinon il y a danger de dérives (semaines de 2 jours, cours trop partisans).
      L’Etat se doit d’instaurer des règles de bienséance à respecter.
      Il doit aussi faire l’effort de faire comprendre ces règles au corps enseignant.
      Elles pourraient être :
      – Ne pas licencier un professeur avant d’avoir chercher avec lui un autre poste interne. Si pas d’opportunités dans l’établissement, attendre que l’Etat et lui ait trouver un autre poste correspondant à ses aspirations. S’efforcer de comprendre le point de blocage pour mieux aider le professeur licencié
      – Ne pas avoir des cours trop partisans.Toujours rappeler que rien n’est acquis, la science évolue, les historiens ne sont pas tous d’accords, l’art est subjectif et le professeur ne doit pas imposer sa vision du beau, mais proposer des visions du beau.
      – Un cours d’éducation civique est obligatoire
      – Le nombre d’heures de cours par semaine doit être au plus de 30 heures, au moins de 10 heures.
      – Le planning des horaires et des vacances d’un établissement doit s’adapter au maximum aux idéologies représentées en son sein.
      Ces règles respectées, les établissements disposeront d’une grande autonomie.

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