Prendre soin de soi pour prendre soin des autres

VittozComplet2Dans le cadre du parcours Cap 360°, nous avons approfondi le thème « prendre soin » avec, notamment, Martine O’Reilly, consultante en repositionnement professionnel et thérapeute Vittoz. Elle prend le temps de témoigner ici de l’importance de l’épanouissement personnel qui a pour conséquence directe des relations harmonieuses avec les autres.

 

M. O’Reilly :  » « Prendre soin » est sujet qui me touche particulièrement, m’anime chaque jour et m’émerveille dans chacun de mes accompagnements.

 

La recherche d’emploi : moment idéal pour mieux se connaître

J’interviens au sein d’une association de bénévoles, Acte, qui accompagne des cadres et des jeunes diplômés en recherche ou plutôt en « offre » d’emploi, dans une démarche de réflexion personnelle approfondie. Cet accompagnement les aide à mieux se connaître, à s’accepter, pour se réaliser pleinement et s’épanouir dans un projet professionnel cohérent, viable et fiable. Peu à peu, nous les voyons se réconcilier avec eux-mêmes et avec le monde du travail. Leur regard change, leur posture et leur démarche aussi. Ils retrouvent le sourire en retrouvant confiance en eux. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont connectés à eux-mêmes, souvent pour la première fois et ils en ressentent les bienfaits. Etre soi, devenir soi, est source d’une vraie joie profonde. La souffrance et le mal-être au travail est assez souvent due à une inadéquation entre ce qu’est la personne et ce qu’elle vit, un décalage entre l’être et la vie. Souvent, ils parlent d’échec alors que je le vois plutôt comme une erreur de casting. Ce mal-être a aussi souvent des répercussions sur l’ensemble de la vie de la personne, sa vie personnelle, familiale, amicale, sociale…
Alors, l’urgence est de s’occuper de soi : décision peu facile pour certains à qui il a été inculqué de s’occuper d’abord des autres – et tout ira mieux ensuite -. Faux & archi faux : pour être en harmonie avec les autres, nous devons d’abord l’être avec nous-même.

Cette démarche est axée sur la personne. Le sujet, c’est « l’homme » dans sa dimension d’être unique et dans sa globalité. Les personnes qui s’adressent à nous, pour la plupart, ont été malmenées, chahutées, blessées et ont besoin tout d’abord d’être accueillies, écoutées avec bienveillance, sans jugement et d’être consolées. Pour cela, il faut un tiers. Pour être écouté, il faut une oreille compatissante, un cœur disponible.

Cette période de réflexion qui dure 3 mois, à raison de deux entretiens par semaines d’environ 1h30, avec un travail personnel entre deux, est nécessaire, incontournable car elle leur permet de mettre en mots leur histoire, de saisir les moments de leur vie où ils ont été heureux et performants à la fois, de revisiter les événements importants depuis la petite enfance, de discerner les choix libres ou faits à leur place et de s’appuyer sur leurs passions ou les centres d’intérêts forts. Ils peuvent peu à peu trouver le fil conducteur, le sens de ce qui les fait vivre, le sens « signification » et le sens « direction ». C’est ce que chez Acte nous appelons le « fil rouge ». Ce fil conducteur a pu être mis à mal, tordu, noué.
C’est la bonne vieille « maïeutique » de ce cher Socrate : toutes les clefs sont en eux, les solutions, ils les ont déjà. Nous les aidons seulement à les débusquer, à les retrouver, à les faire « leurs » à travers une démarche structurée, professionnelle et réaliste. Cela se fait dans la durée, le temps est nécessaire pour se poser, poser les valises trop lourdes, défaire les nœuds et pouvoir ainsi porter un regard bienveillant sur soi-même, un regard valorisant et ajusté.

Pour cela il est important que la personne soit en vérité. La justesse de la vérité est libératrice et elle s’inscrit dans la réalité.

La confiance qui s’installe entre l’accompagné et l’accompagnant est étonnante, bienfaisante et source féconde, je le vois tous les jours. La personne accompagnée retrouve peu à peu sa juste place, parce qu’elle est en vérité et reconnectée à elle-même. Tout devient plus simple et limpide. Devenir soi, voilà un beau projet de vie ! Cette démarche demande un investissement de soi important, une grande humilité pour laquelle j’ai une très grande estime et une forte admiration.

 

La méthode Vittoz : habiter l’instant présent

Qu’est donc la méthode Vittoz ? C’est « un art de vivre », « une pédagogie » et « une thérapie à médiation corporelle ». Elle a été élaborée par le Dr Vittoz, médecin généraliste Suisse, au début des années 1900, précurseur de ce que nous appelons la psycho somatisation. Un seul ouvrage a été écrit par lui en 1910.
Cette méthode repose sur une approche psychosensorielle : elle instaure une meilleure présence à soi, aux autres et au monde. Elle permet d’améliorer la relation entre le corps, la pensée et le sentiment. Elle développe les capacités de mémoire, d’attention, de concentration, rééduque la volonté et permet de mieux s’ajuster à soi, aux autres, aux situations et au monde.

Pour qui ? Pour tous ceux qui souhaitent vivre mieux et être plus confiants vis-à-vis d’eux-mêmes et de la vie mais aussi pour ceux qui traversent des moments difficiles. Ou bien encore ceux qui souffrent de fatigue nerveuse et de troubles psychiques ou psychosomatiques.

Pour quoi ? Dans notre monde occidental, notre cerveau est sans cesse en mouvement, passant d’une idée à l’autre, quelquefois sans lien vraiment logique : Vittoz parle de « vagabondage cérébral ». Nous sommes souvent soit dans le passé (regret, culpabilité), soit dans le futur (appréhension, crainte). Cette activité cérébrale ininterrompue consomme beaucoup d’énergie et donc fatigue l’individu, tout en opacifiant son objectivité.
Or, nous avons la possibilité de freiner cette course folle en vivant l’instant présent, « se sentir ici et maintenant » par la réceptivité. Nos 5 sens en sont les instruments principaux : comment accueillir le monde et soi-même dans la fraîcheur des sensations, comme un enfant qui découvre le monde. La réceptivité (nos sens) en opposition à l’émissivité (la pensée) nous permet d’être en état de présence à soi-même, de mieux se connaître, d’être plus ajusté, plus en vérité, plus mesuré. Un vrai bonheur de sentir un acte au lieu de le penser, arrêter le temps et vivre un moment d’éternité savoureux. Tout reprend sa place, alors. Je peux prendre du recul, mieux penser, mieux agir et souvent moins souffrir.

Conseils : pour savoir bien vivre et bien travailler il faut savoir bien se reposer et connaître ses propres limites.
C’est encore une très bonne façon de prendre soin de soi, de reconnaître les signes précurseurs d’une émotion, d’une pensée parasitante, d’une tension physique, en étant connecté à soi, en étant à l’écoute de soi et de tout ce qui est en trop ou en pas assez. La prise de conscience est essentielle. Ensuite vient la décision de modifier ce que nous pouvons être susceptibles de subir, émotion, stress, agitation mentale. Cela permet chaque jour de faire un grand pas vers l’autonomie, de retrouver la volonté, la mémoire en vivant principalement l’instant présent. Voilà pour la Rubrique « art de vivre » .

Tout ce que nous avons appris, tout ce que nous savons est passé par notre corps, a été mémorisé par notre corps. Depuis notre conception, nous avons entendu, touché, vu, senti, goûté… ! Notre corps en garde l’empreinte et nous permet l’accès à des souvenirs heureux, douloureux ou traumatisants. Pour ces derniers, nous pouvons nous en libérer en les revisitant, guidés par un thérapeute attentif et bienveillant. Là aussi, la confiance est merveilleuse : celle de la personne qui se donne ce temps de guérison, veut se faire du bien en s’occupant d’elle-même. Une vraie démarche d’humilité qui force toujours mon admiration. Voilà pour la rubrique « thérapie ».

Comment ? Par des exercices simples et répétés, la force de l’apprentissage est étonnante. Un peu comme un pianiste fait des gammes pour s’exercer, Vittoz nous invite à nous rendre plus présents de temps en temps au cours de la journée dans ce qui est notre activité, sans que cela n’empiète sur notre temps après lequel nous courons toujours plus vite. Par exemple, en accueillant la fraîcheur d’une poignée de porte quand je passe d’une pièce à l’autre, la température de l’eau et l’odeur du savon quand je me lave les mains, la dureté ou le moelleux d’un siège quand je m’assois, etc… C’est aussi un vrai confort de pouvoir mémoriser où je pose mes clefs, mes lunettes, mon sac, où j’ai garé ma voiture, avoir la certitude d’avoir fermé ma porte à clef en partant, sentir un acte au lieu de le penser est un « sans faute » : une pensée, une idée peut me tromper, jamais une sensation. Par des actes conscients, je peux restaurer une confiance effritée ou mise à mal, « oui je suis tout à fait sûre ce matin d’avoir fermé ma porte à double tour » j’étais bien présente à mon geste et au bruit de la serrure.
« La réceptivité, c’est tout » répète Vittoz dans son ouvrage et je crois que c’est tout à fait vrai. Le présent vécu par la réceptivité, par la sensation est le seul moment où je suis pleinement acteur. Avant ? C’est fini. Après ? Ce n’est pas encore là. Voilà pour la rubrique « pédagogie » : les bonnes recettes se transmettent.

Les personnes qui décident de faire cette démarche, parfois avec réticence, voient leur regard sur eux-mêmes progressivement se modifier. Ils se recentrent plus facilement, se comparent moins aux autres et s’acceptent avec leurs fragilités.
Je suis toujours très émue de voir leur sourire revenir, je les invite à se féliciter du chemin parcouru et à se regarder avec bienveillance.
Etre gentil avec soi, être doux avec soi qui le sera sinon soi d’abord ? »

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

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