Q/R : « Tout l’Homme ! »

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Mercredi 12 octobre. Première soirée du Parcours Cap 360°, sur le thème « Tout l’Homme ! ». Quelques 200 participants réunis au téléphone. Ci-dessous, les questions / réponses échangés.
L’Homme est composé de quatre dimensions : physique, psychique, intellectuelle, spirituelle. Peut-on mieux les définir ?

Laissons résonner en nous nos réflexions sur nos propres dimensions, que l’on a choisi de classer en quatre dimensions de façon peut-être un peu arbitraire. Essayons à la fois de les dissocier et de les relier. Nous sommes tous conscients que nos émotions peuvent être liées à un état physique. On peut arriver de mauvaise humeur au bureau parce que l’on n’a pas pris son café du matin, parce que l’on a mal dormi, parce que l’on s’est couché trop tard, etc. Il y a donc des relations entre ces émotions et notre état physique. Nous avons des émotions qui nous empêchent de penser, de retenir, de percevoir le sens du vrai et du faux et qui peuvent donc annihiler notre capacité intellectuelle. Il y a donc des relations entre ces émotions et notre état intellectuel.

Les mots associés au physique sont : le corps, les sens, la santé, les langages du corps, etc. On réalise assez vite qu’ils expriment une dimension physique, tout en s’adressant déjà à d’autres dimensions.
Quand on évoque la dimensions psychique, on pense aux émotions, à tout ce qui s’est mis en place depuis notre petite enfance, voire même avant, toutes ces blessures, ces conditionnements qui font qu’on a à s’accepter, à se connaître tel que nous sommes, à travailler sur notre estime de nous-mêmes, sur notre santé mentale qui mérite d’être accueillie telle qu’elle est et d’être parfois améliorée.
Quand on évoque la vie intellectuelle, on a des termes comme : la pensée, la réflexion, le savoir. Ce que je perçois de la vérité d’une chose, ce que je perçois de l’erreur. Bref, l’appréhension du monde matériel autour de moi et du monde de la pensée.
Reste l‘espace de la vie intérieure où se développe le spirituel. Il s’agit de la transcendance, de la question du sens, du dialogue avec Dieu, de l’abandon de notre âme, qui se vit dans une dépossession de la pensée, comme certains spirituels le disent.
Il peut y avoir des liens étroits entre toutes ces dimensions.
La vie spirituelle se déploie à partir de la vie physique, psychique et intellectuelle.

Le Cardinal Danielou disait que l’oraison est un acte politique. Ce qui boucle la boucle avec ce que disait Pierre-Yves Gomez (le fait de réfléchir à tout l’Homme et à son unification est, au fond, éminemment politique) : sans doute nos actions politiques, au service de la cité et de la justice, ne peuvent-elles trouver leur plein sens que dans la vie intérieure.

 

Pour être une personne unifiée, ne faut-il pas commencer par s’aimer soi-même ?

Pascal Ide dit : « il n’y a pas d’âge pour commencer à travailler sur soi ». Ce travail sur soi est certainement un moyen important pour pacifier nos relations avec les autres pour les rendre plus fécondes. Nous avons donc effectivement besoin de nous connaître pour mieux aimer.

 

Peut-on considérer que la société de rôle, où l’on est d’un côté consommateur, de l’autre citoyen, de l’autre encore membre d’une famille, etc.  est la même chose qu’une société communautariste, où l’on vit en tribu, en groupe, en s’isolant les uns des autres, de façon compartimentée ?

Nous avons différentes sphères dans notre vie et dans chacune de ces sphères, nous avons des relations, des formes d’intimité et d’action qui ne sont pas les mêmes. Je pense donc que l’on peut être unifié tout en étant présent dans les sphères politique, communales, familiales… Ca n’est pas forcément une dimension de cloisonnement. Justement, cette unité nous permet d’être nous-même et le même dans ces différentes sphères.

En quoi « tout l’Homme » est une question écologique ?

C’est bien parce que je vais prendre en compte ce lien profond, qui fait partie de la nature de l’Homme, entre cette biosphère et chaque Homme, que je vais pouvoir me remettre dans une dynamique de « conversion écologique », comme l’appelle le pape François. Je vais donc pouvoir me réapproprier ce lien alors que tout pousse à penser, dans nos sociétés occidentales, ce milieu, cette nature comme quelque chose d’extérieur à nous-même. L’humanisme définit l’humain par rapport au non-humain, la cité par rapport à ce qui n’est pas dans la nature. Nous, au Courant pour une écologie humaine, faisons une lecture profonde de l’écologie. C’est à dire que l’on va chercher les causes profondes de la crise écologique. Il ne s’agit pas seulement de protéger la nature. Il s’agit plutôt de se demander ce qui pose problème derrière cette transformation effrayante du monde et de la biosphère que nous pouvons observer aujourd’hui. On réalise assez vite que ce qui pose problème est un certain mode d’usage du monde. Pour nous, la crise écologique est un symptôme de ce mode d’usage du monde, basé sur le profit, la démesure. On est donc bien là dans de l’écologie humaine. Voilà pourquoi permettre à l’Homme de retrouver son unité est effectivement une démarche écologique.

Au fond, dans Tout l’Homme, derrière cette unité que nous affichons derrière ses dimensions – physique, psychique, intellectuelle, spirituelle – que nous souhaitons articuler les unes aux autres sans les amputer d’une seule, il y a la question de la responsabilité. Je ne peux pas être porteurs de valeurs dans ma vie de famille et faire exactement l’inverse au bureau. Et pourtant, c’est une tendance assez naturelle. Nous pouvons être appelés à jouer des rôles qui aboutissent à nous fracturer, à fracturer nos vies et nous faire vivre dans un malaise à cause d’une incohérence. Peut-être que ce parcours Cap 360° peut nous permettre de découvrir ces lieux d’incohérence.

Comment passer des concepts de l’écologie humaine à l’action ?

A travers ce parcours Cap 360°, il s’agit effectivement de se mettre en mouvement. Pour ce faire, il faut entrer dans toutes les dimensions de son humanité. C’est une partie du chemin.
Bien sûr, chacun d’entre nous se trouve dans un milieu professionnel, un environnement familial, des activités variées. Cette transformation passe par l’identification d’un bon chemin. Pour identifier ce chemin, il faut réfléchir avec méthode. Pour commencer, il est nécessaire d’analyser une problématique en passant par les hommes et non pas par les métiers. Un exemple : on ne va pas commencer à réfléchir à l’agriculture. On va commencer par réfléchir avec et à travers les agriculteurs. On ne va pas imposer un nouveau modèle agronomique, mais on va s’attacher à faire en sorte que tous ces agriculteurs se reconnectent, rentrent dans leur humanité, sortent du rôle unique de producteur et d’exploitant qu’on leur impose.
La « méthode » d’action écologie humaine passe également par un chemin de bienveillance, pour retisser la confiance.

Après quelques années à cheminer au sein du Courant pour une écologie humaine, ont été découverts des « trucs » : les bonnes idées, les choses que l’on peut faire / dupliquer facilement, qui sont une approche pour démarrer. Par exemple, un dîner de rue, aller voir un voisin, etc.
Quand on veut faire de l’écologie humaine dans sa sphère professionnelle, il s’agit de mettre en place un mode de réflexion. Se réunir pour parler de ses problématiques professionnelles. Décider de s’associer. Ça nourrit considérablement les organisations que de dire « je vais m’associer avec le Courant pour une écologie humaine pour travailler ensemble ». Il en sort des méthodes différentes.
Il n’y a donc pas vraiment de recette. Il y a quelques « trucs » et surtout une démarche qui aboutit à faire des conférences, tourner un film, engager un projet, diffuser de l’information, travailler différemment.

Au sein du Courant, on pense que chacun a une histoire singulière, chacun est une facette irremplaçable de l’humanité, avec, par conséquent, un rôle unique sur ce jardin planétaire. Il n’y a donc effectivement pas de recette. Mais on va se donner les moyens de changement personnel, collectif et métapolitique, soit en osant avoir des effets de levier sur toute la société.
D’autre part, au terme de chacune de nos 9 soirées du parcours, nous proposons de faire une action, dont on fait un compte-rendu, qui remonte à tous sous forme de synthèse, ce qui provoque beaucoup d’émulations. Non pas des recettes, mais des idées qui nous permettent d’assumer ensemble ce chemin de transformation de façon créative. en se transformant soi-même et allant parfois jusqu’à des mutations inespérées dans les lieux où nous travaillons.

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