Quand je leur dis « réparer »…

Ariane, Nantaise, Directrice d’une agence de communication et mère de famille, met sa plume alerte au service du thème de la prochaine soirée Cap 360° : réparer. De quoi se poser quelques bonnes questions, dans la bonne humeur !

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Quand je leur dis « réparer »,

* Ma fille a tout plein d’idées : rafistoler son collant troué, la robe de sa poupée, ou encore son précieux collier.

* Mon fils me rappelle l’hélice brisée de son hélicoptère, le drone dernier cri qui n’a servi qu’une fois à Noël.

* Mon mari commence par un audit express de son capital matériel, en passant par la machine à laver qui fuit, puis m’emmène direct à la sphère « boulot ». Et là, ça pleut de : « fatigue émotionnelle, perte de confiance, surinvestissement, pression, dépression, stress chronique, solitude, overbooking, burnout, invalidité longue durée… » et j’en passe !

*Ma voisine me répond : « pouce, hanche, genou ! » Et comme je la laisse parler, elle déborde sur un rein défaillant, et même le cœur. Finalement tout y passe ! On ne connaît jamais assez ses voisins. Je ne savais pas que la mienne était à moitié cyborg.

* Mon ado de frère disserte sur le relationnel : « une amitié, un couple… ». On a vite un petit cœur brisé à cet âge…

* Mon arrière-grand-père ne peut s’empêcher de jouer au grand : « peut-être quand on a fait quelque chose de mal ? » Les scrupules, les remords, les regrets, ce sont des bagages lourds à porter… quel que soit l’âge.

Enfin…

* Aucun d’entre eux ne fera l’impasse sur ce sujet, ô combien tendance, qu’est la préservation de notre planète. De la petite pensée au discours prolixe, la Terre est bien la priorité qui semble fédérer les individus.

Ainsi c’est une réalité, nous avons tous quelque chose à réparer. De la cave au grenier bien sûr, mais aussi dans notre vie personnelle ou professionnelle, dans nos rapports avec le monde (de l’humain blessé à la planète sacrifiée)… Heureusement ou malheureusement, il y aura toujours de quoi faire.

« Réparer » : un mal pour un bien ou un bien pour un mal ?

Pas de tabou, parlons vrai. « Réparer » rime avec effort. Et qu’est-ce que l’effort ? On nous murmure : « La seule grandeur authentique est celle de l’effort. L’effort librement consenti rend libre. Lorsqu’on fait un effort, on s’aime… » En bref, lançons-nous dans la réparation quelle qu’elle soit, on en tirera assouvissement personnel, fierté, succès, amour (gloire et beauté, qui sait ?)
Heureusement pour nous, la stratégie de l’obsolescence programmée veille à nous fournir des appareils au vieillissement accéléré, afin de ne pas trop nous reposer sur une technologie trop performante. Qu’à cela ne tienne ! Les bricoleurs du dimanche professionnels sont au garde à vous, kit outils en main. Manque de chance, le tournevis est rarement adapté et les boîtiers sont en général implacablement scellés en usine. Pas de doute, le monde moderne nous pousse au défi !
On hésite alors à prendre la scie électrique pour voir ce que ces robots du quotidien ont dans le ventre. Mais soyons honnête, quand on n’a pas de spécialité en la matière, réparer peut s’avérer un vrai casse-tête !

Je ne vois que deux solutions :
* soit je rachète un collier en plastique, je rachète un drone hélico, je rachète même une machine à laver (à crédit)… et mes anciens appareils s’en vont participer à la prolifération du « septième continent »
* soit je prends le temps de passer au « Repair’café » ou autre association au service de la « réparation » de nos appareils électriques

L’homme mérite-t-il réparation ?

On fera l’impasse sur ma voisine et ses multiples prothèses. Je laisse aux scientifiques le soin de la réparer, la transformer, l’hybrider… vive le transhumanisme (ou pas) !

Passons directement aux rapports humains, ceux considérés comme les plus accessibles et pourtant les plus compliqués. Compliqués pourquoi ? Parce qu’aucun tournevis ou clé à molette ne peut venir à bout de ce type de défaillance. Nous n’avons d’autres outils que notre cœur, nos oreilles attentives, notre voix et surtout notre volonté pour réparer les situations les plus blessantes. Dur dur de s’assoir sur l’orgueil, la rancune, la jalousie ou même la peur qui nous animent. Et comme ici rien ni personne ne pourra vraiment s’acheter, on parle plutôt de se racheter.
Mais faire preuve d’empathie, s’oublier pour écouter, crever l’abcès même si ça fait mal… tant de sacrifices mis au service de l’autre, n’est-ce pas le début d’une réparation longue durée ? Et quelle réparation ! Celle d’un couple, d’une famille, d’une amitié…

L’entreprise pour la réparation… de l’être humain

Performance, prime au mérite, résultat, avantage en nature, heures supp’… tous les ingrédients sont là pour nous motiver, nous faire grandir. Qui n’a pas rêvé d’être le meilleur ? De gagner toujours plus ? L’entreprise, c’est du sérieux. Vous en sortez plus solide, voire blindé, avec l’expérience nécessaire pour aller toujours plus loin, plus vite, plus haut. Et quand le travail devient enfin votre raison de vivre, la tour de Babel se profile à l’horizon. Bousculez-les, écrasez tout, il faut faire le ménage pour arriver au sommet. Grimpez avant qu’elle ne s’écroule. Car bien sûr, à ce rythme, elle finira par s’écrouler…
C’est toujours la même histoire : à vouloir constamment créer un « être augmenté », on finit par le déshumaniser. Et quand le monde capitaliste fait une croix sur le social, émergent en nombre ces « entreprises de réparation de l’être humain », psychologues en tête, qui ne savent plus où donner de la tête, ni comment arranger les têtes.

En prévention : à l’entreprise de prendre son traitement. Management, dialogue, subsidiarité, transparence, responsabilisation, autonomie, top down & bottom up… autant de bonnes mesures qui limiteront la contagion de l’épuisement, physique et émotionnel et offrirons toute la longévité à laquelle, elle et ses collaborateurs, aspirent. Écologie humaine en force !

La goutte d’eau du grain de sable

On connaît bien les pathologies de notre planète. On en connaît même les sources ! Pourtant, les glaciers continuent à fondre, les eaux à monter, la Terre à trembler, les hommes à migrer…
Moi je vis là où tout va bien. Un jour il pleut, un jour il fait beau. Les sols sont riches et bien alimentés. Mon environnement répond à toutes mes envies. Je peux même manger des fraises en hiver ! Alors à quoi bon m’en faire ?

Pourtant, il m’arrive de lever les yeux de mon nombril pour regarder ceux des autres. Combien sont-ils ? 7,5 milliards de nombrils dans le monde environ. Et combien d’entre eux sont victimes de séismes, d’éruptions volcaniques, de tsunamis… Il y a beaucoup de termes pour nommer ces fléaux, mais peut-être jamais le bon.

Alors oui je sais, je ne suis qu’un grain de sable dans l’univers (on me l’a assez seriné). Mais un grain de sable, c’est solide, persistant, et avec de la volonté, il peut s’insinuer exactement là où il veut. Il y a donc des choses à faire, à mon niveau, à « hauteur d’homme ». Ça pourrait commencer par réparer au lieu de jeter, mon vélo, mon fer à repasser, la poupée de ma fille… et ainsi, limiter mes déchets – qui n’est qu’un des nombreux aspects bénéfiques de la réparation -.

Dès aujourd’hui, réparons les erreurs d’hier. Veillons à ce que nos enfants réparent demain nos erreurs d’aujourd’hui. Chacun est capable d’apporter sa goutte d’eau. Et quand il en pleuvra enfin, peut-être sera-t-on sur le chemin de la réparation ?

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Courant pour une écologie Humaine

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