Quelle autorité pour le pater familias ?

À quoi vise l’autorité au sein de la famille ? Sur quoi est-elle fondée ? Comment l’exercer ? Quelques éléments de réponse de Cyrille Krebs, chercheur en philosophie.

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« La famille apparaît comme la première communauté politique orientée vers un bien commun spécifique. La réalisation de ce bien commun passe par le don de soi mis en œuvre par chaque membre de la famille en proportion de leur maturité et de leur responsabilité. Ainsi la famille appelle l’autorité en tant que disposition relationnelle nécessaire dans le cadre d’une unité d’action collective.
« En d’autres termes, le bien commun exige qu’un problème d’action unie qui ne puisse pas être résolu par le biais de l’unanimité le soit par le biais de l’autorité »1 . C’est ainsi qu’Yves Simon met en évidence une fonction essentielle de l’autorité au sein même de la famille pour que celle-ci puisse s’orienter pratiquement dans l’exercice quotidien et la réalisation de son bien commun propre.
Il faut également souligner en quoi l’autorité est nécessaire à l’éducation dans le cadre de la famille. Voici comment Yves Simon, dans son œuvre majeur « Philosophie du gouvernement démocratique », évoque ce point : « Le plus difficile est d’imaginer un foyer où les petits enfants ne seraient soumis à aucune autorité. Il est souhaitable que les enfants, même très jeunes, soient formés à l’autogouvernement ; cependant, si les enfants, même les grands, ne sont pas gouvernés par des personnes douées d’esprits plus matures, de volontés plus fortes et d’une expérience plus vaste, ils ne peuvent pas survivre. », « L’autorité vise au propre bien du gouverné », « L’autorité est rendue nécessaire ici par une « déficience » »2.
L’enfant, s’il est inapte dans une certaine mesure et sur certains aspects de sa vie concrète à prendre soin de lui-même, doit être soumis à l’autorité parentale. Il résulte de ceci que l’autorité dans le cadre de la famille est « pédagogique et vise par conséquent à sa propre disparition. Cela découle de son caractère substitutionnel. Il est tout à fait bon pour un enfant d’être dirigé par une personne mature, mais le but principal de cette gouvernance consiste en l’acquisition de la capacité à exercer l’autogouvernement. »3

Le père comme la mère ne peuvent ignorer qu’ils sont investis d’une responsabilité au sein de la famille à l’égard des personnes vulnérables qu’ils ont la charge d’éduquer. Dans cette responsabilité, la plus noble au sein de la société, s’enracine l’autorité du père qui exerce sa paternité aux yeux de la société tout entière. Parce que le père est celui qui « sépare » et permet à son enfant de sortir de la relation fusionnel en le mettant face à l’altérité et en l’ouvrant vers la société, il est celui qui peut le mieux favoriser son acquisition de l’autonomie. C’est en réalité là le fondement naturel et psychologique de l’autorité du père au sein de la famille.

Mais, selon la formule reprise de Samuel Rouvillois, « le père conserve l’autorité en abdiquant le pouvoir ». L’autorité trouve sa racine dans le don de soi-même pour le plus grand bien de l’autre ou pour le bien commun. S’il y a un pouvoir, il est accepté en raison d’un dévouement attendu au service d’un bien qui nous transcende. L’autorité ne doit pas être confondue avec le pouvoir de contrainte, même si elle l’englobe dans une certaine proportion.
La responsabilité du père vis-à-vis de l’enfant exige donc qu’il laisse indemne la liberté de celui-ci. « Le droit de l’enfant à être éduqué requiert que l’éducateur ait sur lui une autorité morale et que cette autorité n’est pas autre chose que le devoir de l’adulte envers la liberté de l’enfant »4. Il ne conserve de pouvoir sur lui que s’il se dépouille de lui-même et conserve constamment comme moteur le bien de l’enfant lui-même. Ceci implique une recherche de vérité, de discernement et de prudence.
Si le père y parvient, alors, son autorité sera non seulement pleinement justifiée et reconnue mais il aura aussi gagné la confiance de ses enfants parce que ceux-ci pourront s’appuyer sur une autorité fondée en justice. Ainsi l’autorité du père pourra être respectée ; ceci incluant, quand nécessaire, les moyens appropriés et proportionnés de contraindre.

Parmi les éléments essentiels que la société doit reconnaître, encourager et préserver, en l’institutionnalisant, il y a cette autorité dont le père hérite naturellement et dont il se voit investi. Il doit l’assumer en l’exerçant pour le plus grand bien de ses enfants. Devenir père c’est affronter la vie avec un nouveau regard, sous le regard de la communauté.

 

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1. Yves Simon, Philosophie du gouvernement démocratique, p. 68
2. Yves Simon, Philosophie du gouvernement démocratique, p. 46
3. Ibid
4. Jacques Maritain, Pour une philosophie de l’éducation, Arthème Fayard Librairie p. 52

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Courant pour une écologie Humaine

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