Quitter la toute-puissance

Le besoin de quitter la toute-puissance et l’acceptation du manque deviennent le lieu d’une espérance. Tribune de Cyrille Krebs, responsable de l’alvéole Éducation.

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« Ce désir qui me fonde peut-il faire défaut ? »
Telle est la question existentielle du nourrisson. La confiance, c’est se sentir à ce point voulu par l’univers que le manque ne figure plus la terreur sans nom, l’annihilation, la dissolution. Mais bien plutôt le champ d’une espérance : l’amour est la trame invisible du temps. Pour une conscience qui se sent aimée, la douleur du manque devient la plénitude espérée, simplement différée.

La sollicitude aimante des figures parentales (c’est-à- dire une conscience dénuée d’attente et de condition, prête à tout accueillir dans la célébration joyeuse du nouveau, ouverte sans limite à la dimension humaine du nourrisson) est ce qui permet à un nouveau-né de croire en l’amour.

Cupidité, violence en tout genre, appétit pour la domination, comportement tyrannique ou obsessionnel, hyper dépendance, hyper activisme, volontarisme, anorexie, boulimie, goûts des univers virtuels et des stupéfiants, idéalisme, obsession de la sécurité… il n’est pas difficile de diagnostiquer dans tous ses refus du désir, tous ces « non » à la vie qui sont la norme du siècle, la nostalgie d’un état où n’existe aucun délai, aucune distance, aucun écart entre le moment de la convoitise et celui de l’assouvissement. Parce que la confiance n’a pas pu se développer, parce qu’on ne croit pas en l’amour, on ne sait plus vouloir que la toute-puissance. C’est-à-dire, symbolisé par des formes diverses, le ventre maternel.»*

Les parents vont permettre le développement de la confiance chez l’enfant pour qu’il soit en mesure de ne plus être dans la toute-puissance, dans l’exigence de la satisfaction immédiate. Dès le début, très tôt, le bébé va être amené à apprendre à différer et, ainsi, sortir de la toute-puissance de son désir. Il doit y être aidé.
Dans le ventre de la mère, le bébé est en symbiose. Après sa naissance, l’enfant crie. Il doit et veut être satisfait. Il est livré à la toute-puissance de ses besoins et à la satisfaction de ses désirs. Or, dès le début de sa vie, il va devoir quitter la toute-puissance de son désir. Comment va-t-il y parvenir ? Par la confiance.

Ainsi le renoncement à la toute-puissance est le fruit de la présence aimante des parents qui fait naître une confiance suffisante pour commencer l’apprentissage de l’autonomie – finalité de l’éducation -. Il faut de la force pour résister ainsi à l’enfant pour son bien, lui permettre d’accepter ses limites sans perdre le sens de nos propres limites. La plupart du temps le père sera celui qui sera décisif sur ce point, il est celui qui est le moins soumis à l’emprise affective. Il va devoir savoir dire non ! Savoir dire non, c’est un exercice d’autorité bienveillante, c’est générateur de confiance, c’est éduquer, c’est aimer. Aimer l’autre, c’est veiller à ne jamais forcer sa liberté tout en tenant fermement pour son bien.

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*Denis Marquet, Père,

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Courant pour une écologie Humaine

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