Transhumanisme : ce qu’en pensent Laurent Alexandre et Tugdual Derville

Laurent Alexandre, chirurgien-urologue français et Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, ont été réunis le 18 septembre 2016 pour un débat sur le transhumanisme. Deux points de vue s’affrontent, se complètent, se retrouvent parfois : une mine d’or pour se faire sa propre opinion sur le sujet.
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Laurent Alexandre insiste sur l’urgence des questions que pose le transhumanisme à nos sociétés, soulevées par l’explosion de l’Intelligence Artificielle : hier, capable de battre Kasparov aux échecs ; aujourd’hui, le champion du monde au jeu de Go. Hier, le transhumanisme était constitué de quelques « zozos », drogués au LSD ; aujourd’hui, la donne a changé, fort de toutes les promesses des sciences NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) en plein boom et grâce aux puissants soutiens des tops managers des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple – en particulier ceux de Google dont tous les VIP sont Transhumanistes -). Il souligne ensuite que toutes les avancées techniques qui promettent la « réparation » puis l’amélioration de l’homme seront de plus en plus difficile à refuser. Qui s’est élevé contre le premier cœur artificiel ? Qui « choisirait  » la mort de son enfant leucémique plutôt que le renouvellement de tous ses globules blancs ? Il y a enfin le risque de « vassalisation » de l’homme par l’intelligence artificielle (IA) qui nous poussera à une « guerre des cerveaux », nous incitant à nous augmenter, voire nous hybrider avec des machines (le Cyborg). Il ébauche alors une réflexion sur les « limites » à définir : les Transhumanistes disent « nous voulons tout » et pensent qu’ils pourront y arriver. A l’opposé, notre civilisation judéo-chrétienne nous a inculqué l’existence des limites de notre condition humaine, à ne pas dépasser.

Pour Laurent Alexandre, tout sera du domaine du possible. La vraie question est donc : que veut-on ? Qu’est ce qui est acceptable ? Sachant que les « lignes rouges » éthiques bougent en fonction des personnes, des situations et du temps…

Tugdual Derville semble passer rapidement sur les capacités faramineuses de la science, en les minimisant même car pour lui, la vie est tellement complexe qu’elle est loin d’être maîtrisée. Mais c’est peut-être parce qu’il veut se focaliser sur les motivations qui poussent certains à exploiter ces récentes découvertes. Pour Tugdual Derville, il y a comme un refus de ce qui est constitutif de notre humanitéqui guide les Transhumanistes, ce qu’il appelle « nos murs porteurs »qui sont : un temps compté qui nous permet d’élaborer des projets ; un corps sexué qui nous renvoie à notre origine et à notre complémentarité ; une mort inéluctable qui nous tourne vers une transcendance. Plutôt que de dire tout ce qui est possible, jusqu’à nous faire tourner la tête, dans une fuite en avant sans but, avec nos illusions de toute-puissance, il démasque ce refus de consentir à nos dures et douces limites. Tugdual Derville brosse même le tableau de ce vers quoi le transhumanisme pourrait nous mener : unréductionnisme de l’homme vu comme un ordinateur ultra sophistiqué ; un eugénisme pour ne faire naître que les êtres les plus parfaits ; et finalement, un totalitarisme donnant une vision étroite, normative et sans mystère de l’homme. Comme solution, il propose de (re)devenir davantage humain : revenir au réel : accepter ses faiblesses (et celles des autres) pour entrer en relation, créer des oasis de liberté sans technologie, aller vers une écologie humaine. 

Tous deux sont conscients de l’enjeu énorme, mais Laurent Alexandre estime que les « progrès » arriveront plus rapidement que nous le pensons, dans tous les domaines. Pour lui, en tant qu’homme et citoyen, il faudra choisir plutôt que de se laisser imposer des choix par d’autres. ll est donc urgent de s’informer et de réfléchir, en particulier au niveau politique. A contrario, Tugdual Derville ne pense pas que la technologie ira aussi loin qu’on le dit mais assure que le danger de suivre le « toboggan transgression » est bien là et entamera plus que l’homme : sa nature humaine. Tugdual Derville analyse déjà en amont les causes et en aval les conséquences possibles pour notre société et propose des pistes d’action : puiser dans nos racines pour (re)découvrir notre humanité.

De ces deux constats différents, ces intervenants nous engagent à leur manière à une prise de conscience et une action pour orienter ces découvertes et leurs potentielles applications qui nous impacteront à coup sûr !

Tanneguy RAMIERE de FORTANIER

Alvéole Très-Humaniste / Courant pour une Ecologie Humaine

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