Travail : interview de PY Gomez

LoiTravail
Pierre-Yves Gomez, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, fait part au Figaro d’une troisième voie possible pour réformer le marché du travail en France.

Alors que la fronde contre le projet de réforme du droit du travail, auquel il est reproché d’être trop libéral, se traduit, ce mercredi, par des manifestations à Paris et dans plusieurs autres villes, Pierre-Yves Gomez, économiste et professeur à l’EM Lyon, livre au Figaro son positionnement, face au spectacle politique qui se joue actuellement.

Le Figaro.- Le projet de loi Travail est perçu comme trop libéral par une large partie de la gauche et les syndicats. Qu’en pensez-vous?

Pierre-Yves Gomez.- Prenons la peine de comprendre de quoi on parle car l’idéologie empêche de penser, surtout sur la question du travail. On doit éviter les clivages et finalement les postures de café du commerce pour lesquelles soit les syndicats, soit les patrons, soit le gouvernement sont désignés comme coupables. Car l’enjeu de la loi Travail est de taille: c’est la transformation de l’économie et de la société. Au fond, la grande question, c’est: quelle société voulons-nous? Et quelle est la place du travail dans une telle société? L’urgence est de poser les conditions d’un véritable dialogue et de comprendre ce qui se passe. En clivant les réponses, on encourage les monologues, pas le dialogue.

Approuvez-vous ce projet de loi?

Ce projet du gouvernement souhaite libéraliser le marché du travail. A l’évidence, le code du travail est devenu trop lourd pour une économie en transformation. Il protège ceux qui ont un emploi mais rend aussi plus difficile l’obtention d’un travail à ceux qui n’en ont pas. Le projet de loi cherche à assouplir certaines règles en pariant sur le fait que cela encouragera les entreprises à embaucher. Mais le problème, selon moi, est que cette loi ne dit pas clairement ce qu’elle veut. Si on veut participer à la construction d’une société plus libérale, il faut un ensemble de lois qui transforment toute la société et pas seulement quelques passages du code du travail.

Margaret Thatcher avait libéralisé radicalement tous les espaces de la société, du travail à l’éducation en passant par la culture, dans une société britannique des années 1980 encore plus sclérosée que ne l’est la société française actuelle. Le résultat de cette révolution libérale en Grande-Bretagne? Un taux de chômage faible, mais aussi un nombre considérable de personnes socialement assistées et une plus grande précarité pour une part importante de la population. Est-ce la société que nous voulons? On peut répondre oui, mais il faut aller jusqu’au bout…

Une autre voie est possible, et elle est révolutionnaire, sans puiser dans les marmites du libéralisme des années 80. Elle consiste à refonder notre société sur l’importance du travail. Cela passe par la reconnaissance économique, sociale et je dirais culturelle de celui-ci sous toutes ses formes: manuel, intellectuel, domestique, entrepreneurial, salarié, etc. Cette vision permettrait de reconnaître le citoyen comme un travailleur et lui rendre sa dignité comme acteur de la société. Ainsi, la protection sociale indispensable dans une société civilisée ne passerait plus nécessairement par un code pointilleux, mais par des outils pour permettre la liberté d’organiser son travail en atténuant les effets induits sur la précarité. C’est une vision large de ce type, vision que j’appelle «travailliste», qui manque au projet de Madame El Khomri.

Que penser du succès de la pétition lancée par Caroline de Haas ?

Il y a eu, dans les années récentes, des pétitions signées par bien plus de personnes et qui sont restées lettres mortes pour le gouvernement… Pourquoi celle-ci ferait exception? Je pense qu’une pétition contre une loi n’a de sens que si elle présente une contre-proposition crédible. Sinon, on peut pétitionner contre tout sans grande conséquence ni responsabilité.

 

Entretien publié le 09/03/2016 par Marie Théobald, dans Le Figaro

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