Vers une éthique du Très Long Terme… (extrait 3)

Biodiversité et Long Terme : un défi pour la gouvernance

Vers une éthique du Très Long Terme… 

Pour conclure ces réflexions sur la gouvernance du TLT dans le contexte de la biodiversité et pour illustrer les questionnements éthiques posés par cette prise en compte du futur, nous évoquerons le film Dersou Ouzala de Akira Kuruzawa (1975). Celui-ci met en scène deux personnages engagés dans une expédition géographique dans la taïga de l’Oussouri (Nord-Est de la Russie) : un officier russe, le capitaine Arséniev, qui dirige l’expédition et un guide Dersou Ouzala issu du peuple golde qui réside à la lisière de la Russie et de la Mandchourie. Le film s’appuie sur le récit d’une expédition réalisée à la fin du XIXème siècle et ses personnages ont donc bien existé. Sur un rythme lent, il nous introduit dans le cadre majestueux et dangereux de la taïga sauvage, où l’homme n’est qu’un hôte passager. Dans une succession de forêts jaunes, denses et giboyeuses, de plaines immenses et vides, s’alternent des conditions climatiques favorables et ensoleillées, de brusques et violentes tempêtes de neige, des vents glaciaux, la présence de fauves inquiétants et des conditions extrêmes où la vie humaine ne tient qu’à un fil. Porté par une vision animiste du monde, Dersou, le personnage central, vit en profonde symbiose avec la nature et ses esprits dont il guette constamment les signaux et les messages.

Au détour d’un chemin, l’expédition croise par hasard une petite hutte de branchages construite par des mains inconnues et en partie détruite par les intempéries. Cet abri n’est d’aucune utilité pour l’expédition, pressée d’avancer. Mais Dersou l’arrête pour effectuer une restauration de cette hutte. Son geste suscite l’incompréhension des membres de l’expédition et du spectateur. Il poursuit durant un long moment la remise en état d’un abri qu’il n’a pas construit et dont il ne profitera vraisemblablement jamais lui-même. Dans la suite du film, le spectateur prend progressivement conscience des conditions extrêmes d’un environnement imprévisible pour l’homme qui peut changer très rapidement et devenir totalement hostile. L’existence d’un abri peut être alors décisive. Dersou a peut-être lui-même profité de la présence inopinée d’un refuge au cours de ses expéditions de chasse dans la taïga, auquel il doit peut-être la vie. Son geste s’inscrit dans une reconnaissance à l’égard de ceux qui l’ont bâti dans le passé. Il n’est pas guidé par un intérêt direct. Il agit pour un autre lui-même, dans le futur…

Dans certains cas, nous agissons pour faire advenir un contexte favorable pour nous-mêmes ou pour ceux qui nous succèderont. Mais au-delà de cet horizon, nous avons du mal à imaginer les conséquences de nos actions. Nous sommes peu concernés, et peu enclins à poser des gestes qui peuvent nous coûter pour un but que ne nous concerne pas directement. Le personnage de Dersou est dans une dynamique différente. Son attitude n’est pas d’abord mue par un intérêt ou par un engagement à l’égard d’autres personnes. Elle est guidée par ce que l’on pourrait appeler un “souci patrimonial“ à l’égard d’un milieu de vie dont il fait partie intégrante, qui finalement restaure la force de l’idée de nature comme un abri universel, par rapport à la notion de biodiversité, friable  et appropriable….,.

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Gilles Hériard Dubreuil, Julien Dewoghélaëre, Mutadis

Extrait de « Biodiversité et Long Terme : un défi pour la gouvernance »
Vraiment durable, revue interdisciplinaire du développement durable


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