Raphaèle Bernard Bacot, artiste butineuse et auteure de “Jardiniers des villes : portraits croqués sur le vif“, partage son émerveillement pour les jardiniers urbains et la joie paisible qu’elle retire en les dessinant..

Raphaèle Bernard Bacot : “Je suis artiste avant tout ; je dessine, essentiellement. Le papier est mon support principal. Je suis devenue auteure récemment, en m’intéressant aux jardins potagers. J’ai commencé au potager du Roi, à Versailles et, de fil en aiguille, je me suis intéressée à toutes sortes de potagers et notamment aux potagers urbains. J’ai commencé par dessiner des fruits et des légumes et j’appelais ça « Fruits dansés ». Il s’agissait de portraits de légumes au pastel. Et puis, petit à petit, je me suis intéressée non seulement aux fruits et aux potagers mais aussi aux jardiniers qui rendaient tout ça vivant.

Comment je trouve mes sujets ? Je repère en amont l’endroit où j’ai envie d’atterrir et le hasard fait le reste ! J’arrive sur place, je ne sais pas sur qui je vais tomber : le type de jardinier ou de jardins. Mais il se trouve que j’ai entièrement confiance. J’en ai dessiné 75 – mon livre comporte une sélection de 54 dessins – et à chaque fois, j’ai eu des surprises. En arrivant, je regarde qui est là, qui est disposé à répondre à une ou deux questions, la première étant : « Puis-je dessiner votre jardin ? ». Ils m’ont toujours dit oui. Je m’installe donc quelque part et pose quelques petites questions pour être sûre de ne pas me tromper sur les plantes dessinées. Finalement, cette rencontre, c’est beaucoup de silence. Je les vois travailler et je les dessine. Je pense qu’il y a un échange tacite et une certaine amitié nait de cet instant où chacun créé de son côté, grâce à la nature. 

Quelques histoires issues de ces rencontres et qui m’ont particulièrement touchée. Abdel, est Égyptien. Il est passionné de greffes, art auquel il s’exerce dans un jardin à la goutte d’or. Il s’occupe aussi d’entretenir des bacs – en l’occurrence un potager hors sol – créés par des migrants qui, la plupart du temps, doivent repartir assez vite. Abdel est donc le gardien de ce potager de quelques mois.

Autre initiative que je trouve aussi très belle : les jardins d’Amélie. C’est une serre qui a été restaurée à Meudon. Florence a créé cette association de riverains à Meudon pour qu’ils jardinent ensemble et apprennent à se connaître entre voisins.

Marco, lui, est d’origine italienne, et il a voulu faire pousser un arbre qui vient de sa région natale, la Ligurie : le jujubier. Son but étant de pouvoir montrer un peu à ses enfants et aux personnes qui l’entourent d’où il vient. 

Dernier exemple. Il s’agit cette fois d’une entreprise qui gère des jardins sur les toits : Peas and Love. Elle propose un service destiné à toutes les personnes travaillant en ville, les salariés qui n’ont pas le temps d’entretenir leur potager, mais qui rêvent d’avoir leur propre récolte. Donc en fait, ils louent une cage de potager entretenue par des urban farmers qui les tiennent informés de l’état de leur pousses. C’est un peu comme si ces salariés adoptaient un potager ! 

Ce que j’essaie de transmettre en dessinant ? Poser un regard sur la nature. Je crois que ça peut nous apporter une énorme paix intérieure. La nature a un rythme qu’il faut respecter et elle a aussi une formidable énergie. En regardant la nature – les jardins, les potagers, ou ne serait-ce qu’un bac de fleurs sur un balcon – est source d’enseignements. Regarder, observer et s’inspirer de la nature, c’est un beau programme ! 

Ce que j’ai voulu montrer dans mon livre ? Ces différents chemins pour cultiver. Il n’y a pas qu’une seule vérité. Les gestes de nos anciens peuvent nous apprendre beaucoup. En parallèle, il est clair que l’on ne peut plus continuer à utiliser la chimie comme on l’a fait ces cinquante dernières années. Ce que je souhaite, c’est que les choses avancent. Il y a clairement une urgence mais il faut prendre soin de cette urgence de façon progressive, en passant par l’homme. Sinon, il y a trop d’incompréhension, ça créé des clivages qui sont plus dommageables encore que le reste. Il faut préserver cette entente humaine pour préserver la planète.”

diam Donec at ut libero. facilisis elit. Praesent