Eduquer = faire grandir 

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Dans le cadre du parcours Cap 360°, nous avons approfondi le thème « Eduquer ». Pour Pierre d’Elbée, philosophe consultant, le fait d’éduquer dépasse largement le cadre de l’enseignement pur : il s’agit de faire grandir l’Homme, dans toutes ses dimensions !

 

1- différence enseignement / éducation

Education (définition selon le Dictionnaire Robert) : mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain.

Enseignement (même source) : action, art de transmettre des connaissances. (Étymologie : signum)

L’éducation porte sur la personne tout entière, qu’il s’agit de faire grandir vers son point d’achèvement, alors que l’enseignement porte principalement sur la transmission d’un savoir. Sans savoir à transmettre, pas d’enseignement. Mais tout est matière à éducation, du moment qu’il existe une relation entre un éducateur et une personne à éduquer : les autres (politesse), le monde (étonnement), l’art et la culture (l’interrogation), etc.

Education vient de dux, ducis, chef (duc). Le verbe ducere signifiant conduire. Le rôle traditionnel du chef est de conduire un groupe plus ou moins grand vers l’accomplissement d’un objectif (la victoire pour l’armée, la prospérité pour son pays, la réussite pour son équipe ou son entreprise…). Il exerce ce rôle directement, en raison de son autorité. L’éducateur exerce également une autorité, mais son but n’est pas le même : il s’agit pour lui de faire en sorte que les personnes dont il s’occupe puissent devenir leur propre chef.

 

2- éducation et anthropologie

Il y a autant de modèles éducatifs que de visions du monde. Un élément clé de la vision du monde est l’anthropologie, c’est-à-dire le statut que l’on accorde à l’être humain, et tout particulièrement à l’enfant. L’enfant est naturellement mauvais ? L’éducation doit être sévère, lui « inculquer » les bons comportements. L’enfant est bon ? Une approche douce, motivante, libératoire est pertinente. Mais au-delà de ces évidences, au moins 4 questions guident l’éducation et méritent d’être posées à l’éducateur aujourd’hui :

– comment aborder la question clé : la vie a-t-elle un sens ?

– que valent nos connaissances ?

– comment entretenir une harmonie durable entre nos besoins humains et la nature ?

– comment vivre avec les autres : une relation fraternelle est-elle possible ?

Ces 4 domaines correspondent au monde des valeurs, de la science, de la technique, et des relations avec les autres. Un homme ou une femme mûre est capable de sagesse et de projet, d’évaluer et critiquer ses propres savoirs, de nouer une relation adulte avec les autres, de vivre harmonieusement avec son environnement. Aujourd’hui, c’est particulièrement difficile en raison d’une crise de civilisation. La dérision sape les fondements du sens et masque un profond nihilisme. La complexité est une nouvelle donne de la connaissance et peut alimenter une impression de scepticisme. Le terrorisme donne également l’impression que l’homme est un loup pour l’homme, et que toute volonté fraternelle est irénique. Les menaces écologiques viennent terminer de laminer notre confort en mettant en évidence que la nature a ses limites et que nos mauvaises habitudes demandent à être changées, de manière urgente et profonde.

Cette quadruple prise de conscience est peut-être un fil conducteur de l’éducation aujourd’hui.

a- Une culture du sens doit être redessinée entre le fanatisme des intégrismes de tout poil qui challengent nos démocraties et le nihilisme ambiant qui ironise volontiers sur nos convictions les plus essentielles. Cela signifie que notre culture de l’éducation ne doit pas déserter le monde des valeurs, de l’art, de la spiritualité, mais au contraire considérer qu’il y a là un patrimoine à faire fructifier, parce qu’il constitue le fondement même de notre civilisation.

b- Les différents niveaux du savoir constituent tout particulièrement la structure de l’enseignement scolaire. Cette culture générale est nécessaire à une ouverture sur le monde, et obligent les éducateurs à une véritable révolution pédagogique, tant les savoirs augmentent, ainsi que les nouveaux moyens d’y accéder.

c- La relation à l’autre mérite toute notre attention, tant il est vrai que le lien social est en péril. Pour ne donner qu’un seul exemple, le prix du meilleur essai 2007 a été donné par la revue LIRE à un livre sur « La société de défiance », à savoir la nôtre, celle de la France. Un énorme travail reste ainsi à développer pour accompagner les enfants et les jeunes dans des scénarios de projets et de convivialité dans lesquels ils peuvent expérimenter la joie de l’amitié, de l’effort en commun, de la solidarité. Le sport est probablement ici un élément clé qui vient immédiatement à l’esprit, mais aussi expérimenter de manière nouvelle les « communs » dans un état d’esprit de partage et de confiance.

d- Que dire de notre rapport au monde ? Entre la toute-puissance de la technologie qui promet monts et merveilles et le désastre écologique que nous produisons, il est clair que le plus difficile est de ne pas céder au découragement. L’heure est aux initiatives qui montrent comment un autre monde est possible, et que nous pouvons transmettre aux générations à venir (voir à ce sujet le film « Demain »).

 

3- les attitudes à encourager

L’éducation a aujourd’hui plus que jamais, besoin de faire grandir sur ces 4 voies. Elle sera stimulée par l’acquisition de la bienveillance indispensable à la relation, la culture générale qu’apporte la connaissance du monde, la sagesse nécessaire à la découverte et la construction du sens de notre vie à travers nos projets, et l’initiative (plus que l’obéissance ou la docilité) pour trouver de nouvelles façons de répondre à nos besoins en harmonie avec la nature.

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Courant pour une écologie Humaine

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