Être médiateur de paix

Pascale Mercier, médiateur familial dans une association, nous parle de son métier qui consiste principalement à apaiser les relations des couples qui se séparent. Cet entretien s’est tenu dans le cadre du parcours de form’action Cap 360°

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Qu’est-ce que la médiation familiale ?

La médiation familiale est un processus d’accompagnement de personnes qui vivent une situation conflictuelle et qui ont des difficultés à trouver des solutions au sujet qui les préoccupent. Il peut s’agir de parents dans une phase de séparation, de relations inter-générationnelle difficiles, d’un adolescent ou un jeune majeur qui veut restaurer un lien avec un parent perdu de vue, conséquence d’une séparation par exemple, de grands-parents qui ont des difficultés à voir leurs petits-enfants, des fratries en recherche de solutions pour le devenir d’un parent en perte d’autonomie…
Concrètement, 90 à 95% des situations que l’on voit en médiation familiale sont des couples qui se séparent et qui ont comme nécessité légale que de maintenir une relation parentale dans l’intérêt de leurs enfants.

Les sujets traités le plus souvent, pour les couples en séparation, sont les sujets relatifs à l’autorité parentale : la résidence des enfants, la prise en charge financière de l’éducation et l’entretien des enfants, le choix d’une école / d’une activité extra-scolaire, le lien que les enfants vont pouvoir maintenir avec l’autre parent quand ils sont hébergés chez l’un, comment ils vont pouvoir communiquer avec l’autre parent, etc. Ce sont des sujets très concrets.

Comment ça se passe ?

La médiation familiale est une démarche librement consentie : chaque partie prenante a pris la décision de venir dans ce même bureau. Au début, parfois, les personnes sont tendues au point qu’elles se tournent presque le dos. Au fil des entretiens, on va pouvoir observer qu’elles pivotent l’une vers l’autre, se regardent et déposent ce qu’elles ont à dire non plus au médiateur mais à l’autre directement.

Le rôle du médiateur est de les sécuriser, de rester neutre et impartial face à leur situation. Il n’est pas question de soutenir l’un par rapport à l’autre, ni de porter un jugement sur ce qui est dit. Au contraire, il va favoriser au cours des entretiens l’expression la plus libre possible de chacun, préciser au maximum ce qui anime la pensée de l’un et de l’autre, accueillir les situations, faire confiance, les mettre en confiance et les aider à se décrisper et à libérer leurs idées. C’est l’occasion de se parler autrement, de s’écouter, de s’entendre et de vérifier ce qui est compris comprennent l’un de l’autre.

Tout ce qui anime les personnes est posé sur la scène de la médiation : le pourquoi du conflit, notamment. Petit à petit, la communication est restaurée ou construite et des solutions apparaissent. La pérennité des solutions qu’ils vont trouver est certainement bien meilleure quand elles viennent d’eux-mêmes ; le gage de la médiation est précisément de faire confiance aux personnes.

Au terme d’un premier ou d’un second entretien, les personnes en médiation réalisent que de petites décisions qui sont prises. Par exemple, il arrive qu’au terme d’un entretien, enfin, ils décident de se dire bonjour que lorsqu’ils font l’échange des enfants. Entre les deux séances, ils auront pu expérimenter cette capacité à se saluer devant l’enfant. Cela va changer complètement le contexte, le regarde de l’un sur l’autre et le regard des enfants sur eux aussi.

Quelles qualités sont nécessaires pour être médiateur familial ?

Il faut beaucoup d’humilité car parfois les situations bougent très peu, il y a des petits pas qui sont faits, il y a un nouvel état d’esprit qui s’installe entre les personnes. De tous petits pas et puis, la médiation va s’interrompre. Il n’empêche que peut-être qu’à l’extérieur de la scène de la médiation, certaines choses vont bouger.

J’ai des exemples assez concrets de médiations qui bougent très peu. Or, j’ai la chance d’avoir un bureau qui domine le parking, je peux donc observer à l’issue d’une médiation qui m’a parue un peu difficile ou qui évoluaient lentement, une discussion d’une demi-heure près de leur véhicule. Je me réjouis alors qu’ils soient en mesure de se parler en dehors de la scène de médiation et en dehors de la présence du médiateur. C’est déjà quelque chose de magnifique.

Se connaître avant de s’engager

Se connaître avant de s’engager en couple : voilà l’un des enseignements de cette expérience de médiation auprès des couples. On observe une augmentation des couples qui se forment sans avoir vraiment pris le temps de se connaître. Parfois, on assiste en médiation à des couples qui apprennent à se connaître dans le cadre de la médiation alors qu’ils sont en train de se séparer. Ils ont raté une étape, ils n’ont pas pris ce temps de rencontre, de compréhension de qui est l’autre, ses valeurs, son histoire. Aujourd’hui, on observe que le couple se construit rapidement et se déconstruit très rapidement. Il s’agit donc de communiquer, de parler, de vivre des choses ensemble avant de former un couple.

Prendre soin de son couple

Prendre du temps, savoir se poser tous les deux, se parler, tout simplement, être capable de passer des moments tous les deux, de marcher une heure ensemble, se reconnaître en tant que couple. Prendre chacun soin de soi-même et du couple que les deux personnes ont formé. Le couple ne peut pas vivre sans qu’on prenne soin de lui. Cela parait évident mais peut-être faut-il se l’être entendu dire.

En cas d’échec, faire en sorte de réussir sa séparation

Si la vie ne nous a pas proposé de référence parentale, un couple qui fonctionne dans la communication, dans des moments de complicité à deux, peut-être faut-il l’apprendre, se le faire enseigner ? On parle de préparation au mariage mais je serais favorable à la préparation au mariage sur ces aspects-là : comment prendre soin de son couple pour qu’il soit pérenne si on n’a pas eu une référence suffisante dans sa jeune enfance.

C’est la question que je me pose pour tous ces enfants qui vivent des séparations. Si par chance, la relation parentale retrouve une certaine sérénité, c’est un gage de réussite aussi pour les enfants et pour la construction de leur vie à venir que d’avoir pu observer que cela se travaille, se réfléchit, se choisit.

La médiation familiale, c’est peut-être se dire : ce couple est peut-être un échec, mais on peut vraiment réussir sa séparation et maintenir une relation correcte et de valeur.

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

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