L’espion et le traître #Coupdecœur

La maison des bouquins présente son coup de cœur lecture : L’espion et le traître de Ben Macintyre, auteur, historien et journaliste britannique pour le Times. Sorti en 2018, il est traduit en français puis publié par les éditions de Fallois en juin 2019.
"Une captivante plongée dans les arcanes de l'espionnage et contre-espionnage 
qui rivalise avec les thrillers les plus élaborés."

 

L’HISTOIRE

On compte sur les doigts de la main les espions qui ont influé sur le cours de l’histoire. Le protagoniste de l’espion et le traître, Oleg Gordievsky, est l’un d’entre eux. Tous ceux qui s’intéressent au monde du renseignement le connaissent déjà parfaitement, mais il demeure peu connu du grand public, en France en particulier.

Ce récit véridique qui égale et parfois dépasse en vigueur et en intensité les plus célèbres thrillers de John le Carré ou de Ian Fleming, s’est imposé comme la plus grande histoire d’espionnage de la Guerre froide.

Oleg Gordievsky, son héros, né à Moscou en 1938, vit aujourd’hui sous la protection des autorités britanniques avec un nom d’emprunt, dans le plus strict incognito. On comprendra aisément pourquoi au vu de son parcours.

Né dans une famille qui a fourni au KGB quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs, il passe avec succès les épreuves qui donnent accès au prestigieux service secret soviétique. Une brillante carrière s’ouvre devant lui, celle, précisément, qui portera au sommet du pouvoir l’un de ses cadets, Vladimir Poutine (qu’il croisera d’ailleurs à ses débuts).

Mais la construction du mur de Berlin, les événements de Tchécoslovaquie, les tensions qui commencent à miner le monde soviétique, lui inspirent quelques doutes sur la nature du régime dont son père et son frère aîné ont fait un modèle idéal. L’Occident l’intrique et l’attire. À la faveur de ses premières affectations, dans les pays scandinaves, il ne tardera pas à entrevoir quelques-unes de ces réalités que la Pravda cache à ses lecteurs. Un pas de plus, et il prêtera une oreille attentive sinon complaisante aux propos engageants de quelques représentants des services secrets de Sa Majesté, le fameux MI6.

Il servira bientôt deux Maîtres : le faux, celui de Moscou, et le vrai, celui de Londres.

Son retournement devient effectif au début des années 70. Dès lors, il ne cessera de procurer aux Anglais les renseignements les plus précieux sur le fonctionnement du KGB, sur l’état d’esprit des dirigeants soviétiques et sur les réseaux qu’ils entretiennent en Occident. En contrepartie, Londres lui fournira – avec mesure mais avec discernement – les informations qui peuvent le faire valoir auprès de sa hiérarchie. Gordievsky parvient à maîtriser à la perfection les règles, mortelles pour les maladroits, de ce double jeu. Il parvient à un rang éminent au sein de l’ambassade d’URSS à Londres.

Jusqu’au jour où le KGB commence à être intrigué par les expulsions en rafales de ses diplomates, par les mésaventures de ses compagnons de route et par les hécatombes qui déciment ses réseaux. C’est un agent américain à leur solde, Aldrich Ames, qui, sans identifier immédiatement Gordievsky – car les Anglais n’ont jamais témoigné d’une confiance immodérée pour la CIA –, les mettra sur la piste de la taupe londonienne.

Rappelé à Moscou sous le prétexte d’une fallacieuse promotion, Gordievsky comprend que la partie est pour lui fort mal engagée. Il sait ce qui l’attend sans doute en guise de promotion : quelques séances de torture conclues par une balle dans la nuque. Il décide néanmoins d’affronter le Minotaure, parfaitement conscient de s’engager dans un voyage probablement sans retour.

Les Britanniques, reconnaissant leur dette à son égard, tiennent à sa disposition un plan d’évasion. Ce sera l’opération Pimlico, dont les chances de succès paraissent infimes : semer en plein Moscou les limiers du KGB, gagner un hypothétique refuge au nord de Leningrad, être « repêché » par un diplomate britannique et passer la frontière russo-finlandaise dans le coffre arrière de sa voiture. À première vue, c’est un défi au bon sens…

C’est le récit haletant de cet extravagant plan d’évasion qui occupe les derniers chapitres. Aucun bookmaker n’aurait misé un penny sur le succès de l’opération Pimlico. Et pourtant elle réussira. Passé à l’Ouest, Gordievsky deviendra, en matière de relations avec la Russie soviétique, l’un des plus précieux conseillers de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan.

L’AVIS D’ANNE

Il y a des vies plus incroyables et plus trépidantes que les meilleurs romans… En l’occurrence, d’espionnage… Oleg Gordievsky est le fils d’un « convaincu » du régime de l’URSS ayant participé aux purges de 36/38 et le frère d’un espion du KGB. Lui-même y entre avec beaucoup de fierté en jurant de servir le pays mais se trouvera « hélas » en mission en Allemagne au moment de la construction du mur de Berlin, ce qui le choque profondément. Vient ensuite l’écrasement du printemps de Prague…

Doué pour les langues, Oleg est envoyé à l’étranger où il découvre bien des choses interdites : la liberté, l’abondance, l’art, la littérature et la musique qu’il aime passionnément. Et voilà ce qui s’est passé : « Il avait suffisamment expérimenté la démocratie des pays libres pour savoir que le nirvana socialiste dépeint par la propagande communiste n’était qu’un tissu de monstrueux mensonges. […] Après avoir rejeté cette idéologie, il se vit forcé de l’attaquer avec toute la force d’un converti opposé à jamais au communisme ». Il lui a fallu envoyer plusieurs signaux avant que l’Occident ne comprenne, mais ensuite les informations livrées par Gordievsky furent cruciales au point d’empêcher une guerre nucléaire.

Cette biographie est stupéfiante et offre un éclairage passionnant sur l’histoire des relations Occident/URSS.

 

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Courant pour une écologie Humaine

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