Nucléaire : témoignage saisissant d’un éleveur norvégien

Næjla JOMA, éleveur de rennes de la municipalité de Snåsa, dans la région du Nord-Trøndelag, témoigne des changements radicaux liés aux retombées de Tchernobyl dans son quotidien. Cet extrait (p. 71)est issu du livre: Les populations locales face aux conséquences à long terme des catastrophes nucléaires : Les enseignements de Fukushima et de Tchernobyl.
norvegien

« Næjla JOMA est éleveur de rennes de la municipalité de Snåsa dans la région du Nord-Trøndelag, dont la vie et les activités ont été touchées par les retombées de Tchernobyl. Lors d’un voyage récent au Japon, il a remarqué des similitudes entre son expérience et celle des Japonais atteints par les retombées de Fukushima.

Il a pensé plus particulièrement aux réfugiés des hôtels de Fukushima qui ont rencontré de réelles difficultés pour trouver une place dans leur nouveau lieu de résidence. Une histoire lui a fait penser à une expérience similaire vécue par un membre de sa famille juste après Tchernobyl. Le coiffeur craignait de couper les cheveux des réfugiés et ils devaient aller dans une autre pièce afin de ne pas apeurer les autres clients.

Næjla JOMA appartient à la communauté Sami (Lapons), qui vit sur tout le territoire norvégien. Dans la région de Snåsa, il y a environ 2 000 à 3 000 personnes et la plupart d’entre elles vivent de l’élevage de rennes. L’accident de Tchernobyl ne fut pas la première expérience des communautés Sami face aux problèmes de contamination radioactive. Il y a eu des essais de bombes atomiques avec des retombées radioactives sur tout l’hémisphère Nord et déjà un niveau de contamination plus élevé dans la communauté Sami. La principale raison étant que le lichen, qui absorbe les radionucléides, constitue la principale source de nourriture en hiver pour les rennes, et la consommation de viande de renne tient une place importante dans la culture Sami. Au cours de l’été 1986, les Sami ont appris deux nouveaux mots : Becquerel et Tchernobyl. Ils ne pouvaient pas le goûter, l’ont seulement mesuré et les niveaux étaient très élevés, jusqu’à 30 000 Becquerel par kilo (Bq/kg) dans la viande de renne.

Les autorités publiques ont reconnu l’existence de la contamination et ont promis que les populations atteintes par les retombées de Tchernobyl ne devraient pas avoir à souffrir d’impacts économiques sur leurs activités. Il y avait beaucoup d’incertitudes. Par exemple, les autorités s’attendaient à un retour à la normale après 5 ans mais ont finalement réalisé qu’il faudrait entre 20 et 30 ans. Au sujet des risques sanitaires, les autorités ont indiqué que (dans ce contexte) le risque de cancer lié aux radiations était identique à celui de fumer une cigarette par jour. Même si l’information était transparente dans la présentation des différentes possibilités et risques, les populations touchées avaient encore de nombreuses interrogations et inquiétudes car l’avenir était incertain. Y avait-il un avenir pour l’élevage de rennes et le mode de vie Sami ? Que deviendraient le mode de vie des Sami et leur alimentation traditionnelle ? Étaient-ils radioactifs ? Qu’en est-il de leur patrimoine génétique ? Les autorités disaient-elles la vérité ? »

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