QUAND JE LEUR DIS « PACIFIER »…

Ariane, Nantaise, Directrice d’une agence de communication et mère de famille, met sa plume alerte au service du thème de la prochaine soirée Cap 360° : pacifier. Thème pas si facile : et si la pacification commençait par soi-même ?

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Quand je leur dis « pacifier »,

  • Mes enfants comprennent « pas s’y fier » (la vérité ne sort-elle pas de la bouche des enfants ?)
    Je leur traduis alors par « faire la paix ». Mais ils ne se sentent pas concernés. Faire la paix avec qui ? Faire la paix pourquoi ? On fait la paix quand il y a la guerre ? Mais la guerre ça fait peur. Elle est loin la guerre, hein maman ?!
  • Mon mari, lui, me fait un condensé de l’actualité géopolitique. Les mots clés : Syrie, Corée du Nord, conflit israélo-palestinien, Europe, état islamique, arme biologique, 3e guerre mondiale… Si alors les mots ne lui manquent pas, moi je demeure sans voix.
  •  Ma mère m’interpelle sur l’insécurité des banlieues sensibles, ces quartiers où elle m’a toujours interdit de mettre les pieds. « Dans ces zones de non droit règnent la violence, les gangs, le vol et le racket, le commerce clandestin, les trafics de drogue, les règlements de compte, la pègre armée, le communautarisme, le prosélytisme accéléré… » Mais que font les gardiens de la paix ?
  •  Mon ado de frère évoque en 1er lieu sa « second life », celle du web, la plus grosse zone de conflits au monde d’après lui. Armé d’un casque, d’un micro et d’un bataillon de smileys, il s’immerge passionnément au sein des forums et réseaux sociaux pour échanger, nouer des relations, et par la même occasion débattre, combattre voire même abattre, grâce à la toute-puissance des mots.
  •  Ma voisine envisage la pacification dans un cadre plus personnel : « c’est d’abord autour de soi que ça se passe ». Ses réunions de famille en sont un parfait exemple : d’abord on s’embrasse, puis on s’embarrasse, et en fin de compte on s’embrase… Pacifier ce petit monde serait si facile s’il n’y avait pas Annick l’intolérante, Marie-Hélène l’indélicate, oncle René le gros radin… ni tous ces gosses qui font du bruit !
  •  Enfin, mon grand-père m’apprend que la « pacification » a d’abord été un concept militaire, issu des colonisations. Après la conquête d’un territoire, on usa du terme « pacification » pour maîtriser les rébellions et établir l’ordre, terme plus légitime et plus poétique que « intervention militaire ».
    Comme à son habitude, mon grand-père ne peut achever son discours sans une morale de fin, ce soupçon d’espoir qui permet d’oublier un instant la brutale réalité : « la pacification, me dit-il, elle se fait d’abord en toi » (m’est avis que c’est Lao Tseu qui lui a soufflé cette dernière).

La conclusion de ce test psychotechnique est irréfutable : il n’y a pas de paix sans guerre. Mais rassurons-nous, il n’y a pas non plus de guerre sans paix ! Cette consultation de mon échantillon privé me rappelle également que la guerre a plusieurs visages, tout comme l’action de pacifier. Mais alors, où commence ma responsabilité dans cette quête de pacification ?

Guerre et paix : une histoire sans fin

Aujourd’hui comme hier, le monde est en guerre. Peut-être pas à notre porte, ni même à celles de notre pays, mais certes sur nos écrans, dans nos journaux, à la radio et sur tous les réseaux du web. Toutes les atrocités qui nous parviennent chaque matin au petit déjeuner nous prouvent bien que la menace est réelle. Nous pouvons alors nous poser la question : vivons-nous dans une France en paix ou sans guerre ? Les pensées positives diront que nous vivons encore aujourd’hui dans la plus longue période de paix que la France n’ait jamais connue. D’autres rétorqueront que seuls les morts ont connu la fin de la guerre et reposent enfin en paix. Quoi qu’il en soit, d’un côté comme de l’autre, nous demeurons sur le pied de guerre. Mais cette épée de Damoclès qui pèse sur nos têtes est-elle ce que nous pouvons attendre d’un monde en paix ? Et bien que cela puisse sembler paradoxal, ne serait-ce pas cette épée qui nous pousse à la pacification ?

Quand je regarde le JT, enfoncée dans mon canapé à déguster tranquillement mon Big Mac, je suis sûre que je ne vis pas la guerre. A ce niveau, la pacification n’est pas de mon ressort mais bien celle de mon armée et de ses puissants alliés, cette police du monde dont je ne comprends pas toujours les enjeux.

Mais si je me trompais ? Et si j’étais aveugle devant d’autres signaux qui réclament des actions de pacification ? Comme ce canapé que j’ai acheté online à moitié prix, ou encore ce burger dégoulinant que j’ai vu affiché 10 fois avant de foncer au fast food ?

La chimère de la pacification commerciale

Dans nos sociétés dites « modernes », la rationalité du commerce a su évincer le spectre de la guerre. Tel un puissant système de pacification, son développement à l’international a transformé la société en rapprochant les hommes par des critères autres que leur race, leur religion ou leur langage. L’utopie de cet équilibre des intérêts a même réussi à nous faire croire à l’éradication de nos pulsions guerrières.

Malheureusement, le G. I. Joe du profit ne s’est pas fait attendre ! Des mots à la connotation douteuse sont venus bouleverser ce business si prometteur : guerre des prix, category killer, armes marketing, cible, impact, viol du libre-échange… On pointe alors du doigt les dommages collatéraux de cette tentative de pacification et on relève les premières victimes : « l’alimentation », « l’environnement », « la santé », domaines eux-mêmes empêtrés dans leur propre guerre commerciale.

Le consommateur est alors pris à partie. C’est à lui de brandir son propre drapeau de « consom’acteur responsable » et d’orienter les géants de la consommation sur un terrain plus serein. Mais chaque nouveau marché, qu’il soit bio, local ou solidaire, est un nouveau champ de batailles.

Pacification de l’homme par l’homme

Je me sens victime d’un monde divisé, d’une société qui m’assujettit et même d’une nature qui semble être incompatible avec toute tentative de pacification. N’y a-t-il aucune action, à hauteur d’homme, qui puisse déboucher sur une paix vraie, palpable, durable, sans dommage collatéral ? Voilà toute la difficulté. Je cherchais à me réaliser dans un projet important, guidé par un principe fort et porté par une volonté inébranlable, mais me voilà astreinte à travailler en premier lieu à un effort personnel, presque contre nature : la paix chez moi. C’est-à-dire, la paix de mon ménage, la paix au travail, la paix dans mes réunions de famille, la paix avec le voisinage, la paix sur ma page Facebook … Et tant que j’y suis, la paix pendant les soldes, en voiture dans les embouteillages, quand on me met en attente, quand mon train est en retard, quand je paye mes impôts, quand je trouve des mouchoirs dans la machine à laver, quand ma mère éduque mes enfants devant moi…

Parmi les défis de la vie, celui-ci est sans doute l’un des plus difficiles, mais aussi des plus pacifiants. Pacifiant pourquoi ? Parce que, selon mon humble expérience, la bienveillance mène à l’écoute, l’écoute mène à l’ouverture d’esprit, l’ouverture d’esprit mène à l’acceptation, l’acceptation mène à la réconciliation, la réconciliation mène à la paix.

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Courant pour une écologie Humaine

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