Les communs : une révolution du quotidien

16 Oct, 2015 | Non classé

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Pour l’année 2015/2016, le Courant pour une écologie humaine propose un parcours de form’action sur le thème des communs. Sujet vaste, s’il en est, qui pose de nombreuses questions sur les notions de propriété, de liberté et de gouvernance… 
Gilles Hériard Dubreuil, co-initiateur du CEH, explicite ci-dessous le choix de ce thème et ses implications dans notre quotidien.


Pourquoi avoir choisi le thème des communs comme fil rouge de la form’action Cap 360° ?

Gilles Hériard Dubreuil : “Depuis environ deux siècles, notre société est engagée dans une recherche de liberté et d’émancipation des personnes. Cette démarche repose sur une vision assez étroite de la liberté, qui est assimilée à une levée des obstacles s’opposant à la réalisation des désirs de chaque individu – qui n’aurait donc d’autre intérêt que le sien propre -. La puissance publique serait chargée de préserver l’intérêt général. Quant aux mécanismes de marché, ils permettraient l’ajustement vertueux des individus cantonnés dans la recherche de leur intérêt personnel à court terme.

Cette perspective a fortement marqué notre société. On peut voir aujourd’hui les conséquences de cette vision erronée – qui ne correspond d’ailleurs pas à ce que nous disent ceux qui ont étudié les premières sociétés humaines. Cette vision tend à nous écarter de notre responsabilité à l’égard du bien commun. On observe aujourd’hui une atomisation de notre société qui se délite, un peu comme une banquise qui fond progressivement, où les personnes ne semblent plus liées entre elles. Nous n’arrivons plus à faire société. Chacun est un peu comme dans un silo, coupé des autres, impuissant à l’égard de notre destin commun.

Les conséquences de cette dualité entre intérêt personnel et intérêt collectif, entre propriété privée et propriété publique, entre affaires privées et affaires publiques se font sentir à toutes les échelles de la société.
Chacun pour soi et tous dans le mur ! Cette situation est dangereuse. Nous constatons chaque jour que ni l’Etat ni le marché ne sont en mesure d’assurer la sauvegarde de notre maison commune, de la pérennité des conditions d’une vie humaine, de la garde de notre milieu vivant et de tout ce qui fait notre monde, dont nous sommes partie intégrante.
Je n’aurai plus rien de commun avec l’autre ? Plus rien de commun avec le milieu vivant ? Mon autonomie reviendrait à une forme d’indépendance illusoire…

Chacun se replie sur lui-même, dans des positions étroites. L’autre devient ainsi un objet de défiance. Il devient de plus en plus difficile de dépasser les conflits d’intérêt. On observe une désaffection à l’égard des questions qui nous sont communes et qui appellent notre engagement actif.”

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En quoi ce thème des communs rejoint mon quotidien ?

G H-D : “Le Courant pour une écologie humaine propose de faire des communs une démarche pour prendre conscience des liens qui nous unissent aux autres, à notre milieu vivant. Qu’ai-je de commun avec mon voisin ? Avec ce migrant ? Avec la personne qui travaille à côté de moi ? Avec ce champignon ? Avec cet éléphant ? En quoi suis-je concerné par une situation de violence dans une entreprise ? Par un acte terroriste dans le TGV ? Par une situation de pollution ? Par une situation d’incivilité ? Par cette activité polluante ?
Cette méthode permet de constater mes interdépendances avec les autres et avec le milieu dans lequel je vis (milieu local ou planétaire). J’ai besoin des autres pour être libre. Chaque journée nous le prouve : nous pouvons mener nos propres activités parce que d’autres prennent en charge un certain nombre de services et de besoins à notre place. Nous avons un destin commun qui dépend de chacun de nous. Nous avons des biens communs, des droits communs dont il faut se soucier. En quoi suis-je dépendant de cet être ? En quoi son épanouissement a-t-il une valeur pour moi ?

De là, je peux découvrir la notion de solidarité qui existe entre les êtres humains et leur milieu vivant. Une solidarité de personnes qui répondent en commun à une même chose, qui se sentent liées par une responsabilité et par des intérêts communs.
Ceci nous permet d’aborder dans la bienveillance la considération du bien de vivre ensemble. La diversité, la différence, la pluralité qui nous permettent ensemble de prendre en charge ces questions qui nous sont communes. Qui nous font voir dans l’autre, une chance et dans notre milieux de vie, un patrimoine dont nous avons la garde. Nous pouvons ainsi accroître notre champ de liberté et de responsabilité pour construire un monde commun, dans la confiance.

La démarche de la form’action Cap 360° a l’ambition d’identifier cette dimension du commun dans un ensemble d’activités qui sont essentielles à notre vie. Dans notre travail, pour commencer, mais aussi dans nos façons d’habiter, de nous nourrir, de cultiver, etc. A chaque fois, pour chaque thème, nous cherchons ensemble la dimension des communs : quel est notre rôle, notre responsabilité, pourquoi nous sommes concernés, en quoi nous pouvons agir pour que ces activités accroissent leur contribution au bien de tout l’homme et de tous les hommes ?”

 

Pour aller plus loin : 

La renaissance des communs, par David Bollier (2013)

Interview de Gilles Hériard Dubreuil sur les biens communs, aux assises de l’écologie humaine (déc 2014)

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