Chaque année, 15 milliards de tonnes de déchets sont émis par l’homme à l’échelle mondiale. Avec une fréquence de 500 kg de déchets par seconde dans le monde, l’homme est sans conteste un “jeteur” invétéré ! Bien évidemment, la solution première serait de moins et surtout de mieux consommer. Toutefois, même s’il parvient à drastiquement la réduire, l’homme pourra difficilement retirer complètement de son quotidien la notion de déchets. En cette Semaine Européenne de Réduction des Déchets, voici trois alternatives destinées à les revaloriser.

Valoriser ses déchets verts : les kits de compostage

Les déchets verts représentent près d’un tiers des rebuts rejetés par l’homme à l’échelle mondiale. Si la priorité doit être donnée à la réduction du gaspillage alimentaire, quelle que soit la phase considérée (production, transport, stockage, distribution et consommation), il n’en demeure pas moins que les déchets verts seront toujours présents dans notre quotidien. Il est donc important de trouver une méthode pour les valoriser. Quoi de mieux que le compostage ?

On entend communément par compostage toute opération durant laquelle des déchets organiques sont dégradés en vue d’être transformés en humus, généralement consommé en agriculture sous forme d’engrais. 

Ce processus n’est pas nouveau pour l’homme et semble être utilisé depuis l’Antiquité. Toutefois, avec l’exode rural et l’urbanisation croissante, son application fut un temps ralentie avant de repartir à la hausse ces dernières années avec l’émergence de la conscience écologique et de la notion de réduction des déchets. 

Pour répondre à cette demande grandissante, les industriels ont œuvré pour proposer des solutions adaptées aux zones urbaines et rendre accessible au plus grand nombre ce procédé, dont les bénéfices ne sont plus à démontrer. Ainsi, selon l’ADEME, en 2017, près d’un Français sur deux pratiquait quotidiennement le compostage. 

Les communes ou communautés d’agglomérations sont de plus en plus conscientes de l’importance de cet enjeu et sont nombreuses à mettre gratuitement à disposition de ses résidents des kits de compostage individuels ou collectifs, servis avec une formation rapide sur le bon usage de ces kits. 

À titre d’exemple, la ville de Paris (75) réalise fréquemment des campagnes de sensibilisation et de distribution de lombricomposteurs d’appartement. Pour ce faire, les Parisiens n’ont qu’à renseigner un formulaire de demande d’attribution auprès de la mairie de leur arrondissement.

Une fois sélectionnés, les candidats suivent une formation de 2 heures afin de comprendre que leur but n’est pas de réduire leurs déchets mais… d’élever des vers ! On leur prodigue alors quelques conseils de bon sens et des bonnes pratiques pour entretenir l’éco-système et assurer sa pérennité (pas d’agrume, pas d’ail ou d’oignon, si ça sent mauvais, c’est qu’il y a un problème et qu’il faut rééquilibrer ce petit univers…). En effet, bien que le fonctionnement soit relativement simple, un lombricomposteur nécessite un entretien rigoureux pour assurer la longévité des lombrics le composant. 

D’autres agglomérations sont encore plus entreprenantes sur le sujet et vont jusqu’à proposer continuellement des kits de compostage gratuits, à l’image d’Asnières-sur-Seine (92) qui a pour cela élargi le périmètre d’actions du service “Prévention et Gestion des déchets – Service Propreté/ Direction Action Environnementale” communal. 

Ce dernier a ainsi à charge de réaliser des campagnes de sensibilisation, mais également d’accompagner les particuliers et les collectivités (écoles, entreprises associations…) dans l’installation de lombricomposteurs chez eux ou dans leurs parties communes. 

Fiches produits de lombricomposteurs, descriptions des kits de compostage, FAQ (Frequently Asked questions) sur les composteurs partagés, support de formation pour les référents composteurs… la mairie met à disposition un nombre considérable de supports pour rendre accessible au plus grand nombre ce service.  

La collectivité va même jusqu’à proposer de prendre contact avec les syndics des résidences et d’intervenir dans les assemblées générales afférentes afin de présenter le concept, co-construire avec les résidents le projet le plus en accord avec leur besoin et surtout partager des retours d’expériences de concitoyens qui ont franchi le pas et se sont lancés dans l’aventure. L’idée de fond est que l’ensemble des Asniérois soient équipés d’un kit de compostage, tant à titre individuel que collectif. 

N’hésitez donc pas à vous rapprocher de la mairie de votre commune pour connaître sa politique sur le sujet !

Valoriser ses déchets textiles : Plaxtil, une start-up prometteuse

L’industrie textile est également une grande génératrice de déchets : avec près de 9 kg de vêtements ou tissus jetés par Français et par an, les textiles représentent annuellement 540 000 tonnes de déchets à l’échelle nationale. 

Or sur les 30 kg de textile achetés annuellement par les Français, seulement 2,5 kg d’entre eux seront in fine recyclés. Pour les autres, ils seront soit incinérés soit ensevelis.

L’entreprise Plaxtil a vu le jour en octobre 2019 à Châtellerault (Vienne). Cette start-up a réussi à mettre en place un procédé permettant de produire du plastique à partir non pas de pétrole, comme il est d’usage, mais de résines (naturelles ou issues de plastiques recyclés) et de textiles. Les proportions et le type de liant dépendent de la qualité des textiles considérés. Ainsi, pour le tout-venant textile, la PME préférera une matrice plastique alors que pour une base en coton pur, elle se satisfera de matériaux organiques. 

Pour autant, quelle que soit la base choisie, la proportion de textile dans le mélange ne pourra pas excéder les 40 %, car au-dessus de cette valeur, la résistance du matériau n’est pas jugée satisfaisante par l’entreprise. 

Au final, si ses caractéristiques mécaniques et esthétiques sont légèrement inférieures à celles du plastique vierge, ce substitut n’a rien à envier à son homologue pétrochimique. 

L’originalité de Plaxtil réside également dans son modèle économique : les matériaux fabriqués ne sont pas vendus à des entreprises tierces, mais sont directement mis en forme puis rétrocédés aux entreprises, qui ont fourni le textile. 

Plaxtil travaille quasi intégralement avec des structures de réinsertion locales, à l’image de la SIAE (Structure d’insertion par l’Activité Economique) AUDACIE

Créée en 1998, cette dernière assure la collecte, le tri et la revente de produits de seconde main. Elle revalorise également les déchets textiles en proposant par exemple une gamme de chiffons de nettoyage pour l’industrie sur la base de vieux vêtements qui ne peuvent plus être portés, mais dont le tissu est encore de bonne qualité.

Initialement promu par le programme interne de R&D du plasturgiste CDA Développement, Plaxtil a rapidement pris son envol et a connu un succès de taille lors de l’annonce, au printemps 2020, de sa capacité à recycler les masques chirurgicaux, largement utilisés en cette période de crise sanitaire. 

Ce qui n’était à la base qu’une expérimentation, avec le déploiement de 50 bornes de collecte dans l’agglomération de Châtellerault, est rapidement devenue leur activité numéro 1. Ainsi, après avoir collecté plus de 70 000 masques en quelques jours et avoir été contactée par les plus grandes multinationales du CAC 40 (avec une sollicitation globale allant jusqu’à 200 appels par jour), la jeune start-up a dû mettre en pause sa campagne de collecte, faute d’avoir les infrastructures nécessaires pour permettre le recyclage d’autant de déchets. France 3, La Nouvelle République, La Tribune, Les Echos… la PME a fait la une de nombreux journaux français et étrangers. Consciente de son succès actuel, la structure a prévu d’ouvrir des antennes dans d’autres départements avoisinants dans le courant de l’automne 2020. 

Valoriser ses déchets non-recyclables : l’upcycling 

De plus en plus d’entreprises proposent de valoriser les déchets sans pour autant les décomposer chimiquement. En d’autres termes, ces structures proposent de détourner de leur sens premier des articles en vue de leur octroyer un tout autre usage. 

Sac en voile de bateau, trousse en ballon de basket, portefeuille en chambre à air, vase en pneu de voiture… les entreprises redoublent d’ingéniosité pour intégrer ces rebuts dans une démarche circulaire. Un concept en a même émergé : le “surecyclage” ou “upcycling” (sous-entendu recyclage par le “haut”) qui consiste à récupérer des matériaux ou des produits dont on n’a plus l’usage afin de les transformer en matériaux ou produits de qualité ou d’utilité supérieure. Initialement réservé aux galeries d’art, le mouvement se diversifie et touche désormais de nombreuses sphères d’activité dont la mode textile, la maroquinerie, le mobilier… 

Lune des enseignes les plus connues est la start-up bordelaise FANTOME, une petite entreprise de la famille Burke, dont chaque membre a un rôle bien défini. Ainsi, Jennie, la fille, crée les modèles, Steven, le fils, est au marketing de la marque, Michelle, la mère, confectionne les collections et Charles, le père, prend en charge la distribution. 

Dès sa création, la PME a décidé de faire des chambres à air son matériau de base : sac, tabliers, pochettes, portefeuilles… les possibilités sont multiples et diversifiées. Les seuls mots d’ordre sont “upcycling” et “made in France” sur la base de matières premières originaires d’Europe de l’Ouest (Portugal, Italie et France). 

Après quelques années d’existence, le pari semble réussi puisque la marque prend de plus en plus de place dans le domaine de la maroquinerie et est très appréciée des consommateurs soucieux de leur impact sur l’environnement. 

L’upcycling est également de plus en plus présent dans le monde du design d’intérieur avec l’émergence de marques alternatives, telles que Entre 2 Rétros qui donne une seconde vie aux chutes de tissus automobiles pour en faire des sacs, bagages et accessoires, Les Ateliers Extramuros qui re-travaillent des surplus de bois pour en faire du mobilier sur-mesure et haut de gamme ou encore La Maison Bilum qui fait des coussins, des housses, des sacs et même des tissus de Montgolfières à partir de matériaux récupérés.

on peut aussi trouver la gamme de couverts The Plebble, issu du partenariat entre Patagonia et le collectif de créatif I am other, créé  par l’artiste Pharrell Williams. Ces derniers ont réussi à proposer une gamme de couverts à pique-nique réalisée à partir de vieux CD destinés à la poubelle. Une fourchette, un couteau, une cuillère, une paille, deux baguettes : tels sont les articles que contient le petit écrin réalisé en plastique recyclé. Designs et responsables, ces couverts n’ont rien à envier à leurs homologues jetables. 

tristique id, neque. ante. commodo odio elit. nunc luctus ut