Herbu ou fleuri, le bout de pelouse qui s’étale devant certains pavillons chanceux est une invention assez récente. Étonnant, n’est-ce pas ? On vous en raconte l’histoire ci-dessous.

Origine de la pelouse : les prés communaux

Les premiers terrains dénudés de végétations apparaissent en Europe, au Moyen-Âge (Ve-XVe siècle), avec les prés communaux : les villageois avaient le droit d’y faire paître leurs vaches, moutons, chevaux, etc. En broutant, les animaux tondaient littéralement le terrain. L’herbe très courte rappelait les toisons poilues, ce qui lui valut le nom de « pelouse » du latin pilosus (poilu). Dès le XVIe siècle, l’aristocratie s’approprie ce style et fait s’épanouir de vastes pelouses, probablement constituées de thym ou de camomille, autour des châteaux. Des terrains non cultivés ? Quelle étonnante idée ! C’est une marque ostensible de richesse signifiant qu’à cet endroit, on peut se permettre de ne pas rentabiliser le terrain via des cultures ou de l’élevage. Mieux encore : on peut y consacrer des ressources pour l’entretenir à fonds perdus !
Le journaliste Larry Hodgson rappelle toutefois un avantage incontestable : dans cette période de grandes perturbations, une pelouse dénuée de végétation haute permet de voir venir l’ennemi de loin. 

La pelouse pour tous

Au XIXe siècle, la bourgeoisie montante s’approprie ce signe extérieur de luxe extravagant. Et dès que naissent la tondeuse et le tourniquet pour l’arroser, la pelouse, petit à petit, se démocratise. Elle envahit notamment le monde des sports. Enfin… les sports « nobles » : football, tennis, golf, rugby, équitation. Est-ce que vous pouvez imaginer un parcours de golf sans pelouse ? Ou un match de la ligue 1 ? Certains stades ont désormais des carrés de pelouse cultivés ailleurs, déposés avant les matches pour que la pelouse soit la plus belle possible au moment de la rencontre. 

Avoir une pelouse reste un vrai signe de richesse. Et elle est souvent associée au pouvoir politique. Un exemple ? Les 100 000 mètres carrés de pelouse du Musée des arts islamiques au Qatar, en plein désert d’Arabie. On imagine la quantité d’eau dépensée quotidiennement pour la maintenir verte !

Alors quoi ? Peut-être est-il temps de repenser notre rapport à la pelouse ! Quel sens y donnons-nous ? Quel(s) but(s) sert-elle ? Comment s’en servir pour générer plus de convivialité et de générosité ? Pour multiplier les relations – à soi, aux autres, à la nature et à la transcendance ?

 

Sources

Pierre-Emmanuel Dauzat, Yuval Noah Harari Homo Deus, une brève histoire du futur, Albin Michel, 2015

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