Initiés au début des années 80 pour faire face aux enjeux de ruissellements des eaux pluviales dans les zones urbaines anglaises, les jardins de pluie commencent à faire leur apparition en France. Après une phase d’expérimentation concluante à Paris, c’est l’agglomération lyonnaise qui s’est récemment emparée du sujet. On vous raconte.

Les jardins de pluie, késako ?

Outre leur fonction décorative, les jardins de pluie intègrent une gestion qualitative et quantitative des eaux de ruissellement. Basés sur le principe de bio-ruissellement, ils combinent les propriétés physiques et biochimiques des plantes avec celles des bactéries et des micro-organismes des sols pour stocker et favoriser l’infiltration – ou, à défaut, l’évacuation – des eaux de ruissellement. 

Il existe actuellement trois grands types de jardins de pluie : 

  • Les jardins de pluie infiltrants, implantés dans des sols perméables, pour lesquels la filtration des eaux pluviales est assurée par la végétation composant le jardin. 
  • Les jardins de pluie étanches, implantés dans des sols imperméables, pour lesquels l’eau est stockée et filtrée via un système de drain perforé et un filtre granulaire. La cavité est alors recouverte d’un géotextile imperméable, empêchant l’absorption des eaux par la surface naturelle. 
  • Les jardins de pluie semi-infiltrants, implantés dans des sols semi-perméables, pour lesquels la filtration des eaux pluviales est assurée par la végétation. Toutefois un système de régulation complémentaire (semblable à celui des jardins de pluie étanches) est ajouté pour prévenir des potentiels débordements, dans l’éventualité d’une rétention d’eau trop importante. 

En cas d’implantation de jardins de pluie en zone polluée ou à proximité de nappes phréatiques, les jardins de pluie étanches seront préférés, dans l’idée de limiter les potentiels risques de propagation des substances néfastes.  

Des qualités démontrées 

Les qualités des jardins de pluie ont largement été étudiées ces dernières années via des études de cas et des campagnes d’expérimentation, à l’image de celle réalisée par  l’University of Technology de Xi’an (Shaanxi – Chine) entre 2011 et 2014. 

Les chercheurs de l’université ont observé que la construction d’un jardin de pluie pilote avait permis de réduire de 77 à 94 % le risque d’inondation dans le quartier d’implantation, et ce malgré les 28 tempêtes observées pendant la période étudiée.

Une analyse comparable a été menée au Canada par Nigel Dunnett et Andy Clayden, experts des jardins naturalistes et auteurs de « Les jardins et la pluie / gestion durable de l’eau de pluie dans les jardins et les espaces verts » (Le Rouergue – 2007). Ces derniers estiment que les jardins de pluie seraient capables de capter jusqu’à 30 % d’eau supplémentaire en comparaison des terrains « classiques ».

Un concept largement adopté

Initié au début des années 1980 en Angleterre, les rain gardens ont très vite séduits les urbanistes. États-Unis, Australie, Pays Bas… de nombreux pays s’y sont intéressés et ont décidé d’en implanter dans leurs agglomérations urbaines. 

C’est ainsi que depuis 30 ans, nous voyons apparaître des jardins de pluie dans la trame urbaine via des îlots ou limites d’aires de stationnement, des bermes centrales d’axes routiers, des terre-pleins de ronds-points, des espaces verts de logements collectifs…

Les États Unis sont d’ailleurs largement moteurs dans la démarche comme l’illustre le collectif « 1 200 rain gardens in Puget Sound » qui œuvre à la popularisation des jardins de pluie en milieu urbain via des campagnes de sensibilisation et des formations d’apprentissage pour construire et entretenir son jardin de pluie. 

Comme son nom l’indique, l’objectif de la communauté est d’installer 1 200 jardins de pluie dans la métropole de Seattle et dans les communes environnantes. Avec plus de 6200 jardins de pluie installés après tout juste 2 mois, on a bon espoir quant à la faisabilité du projet !  

Pour autant, l’État de Washington est loin d’être le seul à œuvrer sur ce point : Missouri, Oregon, Delaware, New Jersey, Michigan… quasiment tous les États ont adopté une politique d’aménagement urbain favorisant l’implantation des rain gardens

Certain d’entre eux vont même jusqu’à apporter un soutien financier pour la mise en place de rain gardens, à l’image du Minnesota qui, dans le cadre de son programme « Landscaping for Clean Water » (littéralement Des Aménagements pour assainir les eaux), offre une aide de 250 $ à tous les particuliers ou collectivités qui souhaitent implanter des jardins de pluie. 

Et la France, dans tout ça ?

Même si la France a mis un peu plus de temps à s’intéresser au concept, elle en a récemment compris les enjeux. C’est dans cette démarche que Paris a adopté son Plan ParisPluie

Initié en 2018, ce dernier a pour but de revaloriser les eaux de pluie de la capitale et surtout maîtriser les ruissellements en vue de limiter les risques d’inondations.

Ainsi, après plus de deux ans d’expérimentation via l’implantation de jardins de pluie pilotes dans le parc du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), le Cerema et l’école du Breuil (parc de Vincennes), la pertinence et l’utilité de la démarche a été validée, aboutissant aux déploiements des premiers jardins de pluie à l’image de ceux de la ZAC Clichy Batignolles, dans le XVIIème arrondissement. 

D’autres métropoles commencent à s’intéresser au concept et tentent de l’adapter à leur urbanisme, à l’image de Lyon, qui a inauguré en septembre 2020 deux jardins de pluie, implantés dans la cour du lycée Saint Exupéry.  

Un réel besoin à l’échelle nationale 

Selon le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, la France est l’un des pays du monde les plus touchés par l’aléa inondation. Ce dernier est d’ailleurs le risque le plus important sur le territoire français en vue du nombre de personnes exposées. 

Selon le Bilan 2019, environ 23 000 communes sont déclarées à risque d’inondations par les préfets, soit 64 % du territoire et plus de 60 % de la population. 

Et les choses ne semblent pas aller en s’améliorant puisque les scientifiques observent une hausse du nombre de phénomènes depuis la fin des années 1990. Ainsi, selon le rapport de La Vie Publique, nous avons enregistré cinq fois plus d’inondations entre 2000-2010 et 2010-2020 (respectivement 42 et 44) qu’au cours du XXème siècle. 

Or, tous ces aléas sont largement aggravés par les dérèglements climatiques et l’artificialisation massive des sols, ne permettant plus à la terre d’assurer son rôle de régulateur hydrique. 

Les jardins de pluie semblent être une excellente réponse pour faire face à ces enjeux. 

Et si vous vous lanciez ?

Séduits par l’idée ? N’hésitez pas à vous lancer dans l’aventure et à réaliser votre propre jardin de pluie. 

Attention toutefois, pour que les jardins pluviaux puissent pleinement jouer leur rôle, il faut bien les concevoir et donc prendre en compte plusieurs paramètres : 

  • La localisation et la superficie du jardin pour assurer une bonne liaison avec les sources d’eaux pluviales et maîtriser leur impact sur le contexte avoisinant de votre logement (et éviter la saturation de l’espace de stockage pouvant conduire à un débordement),
  • Les sols, la faune et la flore présents pour ne pas impacter de manière néfaste les habitats,
  • Le contexte local pour proposer un aménagement en adéquation avec les essences locales et donc de limiter l’entretien.

Mais rassurez-vous, toutes ces bonnes pratiques sont recensées dans un guide très complet, rédigé par Thomas G. Franti et Steven N. Rodie, spécialistes en gestion des eaux de surface et en aménagement horticole de l’Université du Nebraska. 

La version initiale du guide a récemment été revue pour y intégrer des vidéos informatives, des animations, des diaporamas et autres éléments interactifs qui permettent de mieux comprendre le contenu présenté.

Vous pouvez télécharger gratuitement la version francophone en cliquant sur le lien suivant : https://www.ecohabitation.com/publications-exclusives/

Pour aller plus loin

Pour les plus curieux qui souhaitent en apprendre davantage sur la réalité technique des jardins de pluie, nous vous proposons de parcourir la thèse de Marie Dugué « Conception d’un jardin de pluie : théorie et étude de cas », réalisée en 2010 (Université de Montréal). 


Sources

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