Pour beaucoup, pornographie et masturbation sont des sujets tabous. Pas pour Théo Moreau. Ce Bordelais de 24 ans a décidé d’affronter son addiction à la pornographie, la dépasser et arrêter complètement le porno. Il témoigne ci-dessous de ses errances, de son combat et de sa rémission.  

Addict, dès 13 ans

Théo découvre la pornographie à 13 ans. Il est encore au collège. Très vite, l’accès illimité et gratuit à un contenu pornographique le plonge dans un cercle vicieux. Prépubère, ses premières expériences lui procurent un plaisir tel qu’il n’a de cesse d’y revenir. « J’ai commencé au collège. Ça a continué au lycée, puis à la fac. Il me fallait toujours augmenter la fréquence et l’intensité des stimulations. »

Son addiction l’amène à se masturber trois à cinq fois plusieurs jours d’affilés, presque toujours devant du porno. Sans cette aide, l’expérience se révèle moins intense.

Les contenus des vidéos qu’il regarde changent. Ils deviennent de plus en plus extrêmes et violents : c’est une escalade sans fin pour continuer à obtenir sa dose régulière de plaisir. Selon l’universitaire Judith Reisman, le contact avec la pornographie provoque des poussées d’adrénaline et la sécrétion d’hormone comme la testostérone, l’ocytocine, la dopamine ou encore la sérotonine. Un cocktail extrêmement puissant donc, qui peut provoquer une addiction.

La femme, cet objet

« Je pouvais regarder des choses moralement discutables, qui plaçait la femme en position d’objet sexuel ; l’homme la soumettait. » Sa représentation des femmes se calque sur ce qu’il voit dans ces vidéos licencieuses. Uniquement intéressé par le fait de coucher avec elles, il développe un fort sentiment de misogynie : elles ne sont guère plus que des trophées.

« D’un point de vue affectif et sentimental, j’avais du mal à rencontrer des femmes et être vraiment épanoui avec elles. Quand je couchais avec certaines d’entre elles, je reproduisais ce que j’avais vu dans le porno. J’étais dominant et froid. Ça ne répondait pas forcément à leurs attentes, mais c’était la seule façon pour moi de m’exciter. J’étais dans de la consommation. Je ne leur faisais pas l’amour, je les baisais. »

À ce stade, il réalise qu’il ne prend aucun plaisir à coucher avec les femmes, alors qu’il atteint l’orgasme avec la pornographie. Ce constat le frustre et le blesse dans sa masculinité. Il développe des problèmes d’impuissance érectile. Sentimentalement, la peur de décevoir et de ne pas plaire aux femmes, l’angoisse de la performance, le minent. Et pour continuer à obtenir son shoot de plaisir, il se met à consommer des contenus pornographiques qui lui deviennent moralement inacceptables. Il ne se reconnaît plus. Cela déclenche une remise en question radicale.

L’équilibre, à retrouver

À 22 ans, en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS), il tente de se sevrer. Il arrête la pornographie – mais continue la masturbation pour « reconditionner son cerveau ». Les rechutes sont régulières. Il décide alors d’arrêter totalement la masturbation. « J’ai l’impression que la masturbation me faisait perdre de l’énergie et aujourd’hui, je préfère vivre ma sexualité et la partager avec la femme que j’ai rencontrée. »

Il rencontre sa petite amie après plusieurs mois d’abstinence et de travail sur lui-même. « Le plaisir sexuel est évidemment important, épanouissant, connectant. Mais, comme pour tout, il faut savoir en bénéficier de manière consciente et contrôlée. Et sans porno, pour ne pas retomber dans un comportement addictif et compulsif. »

Une chaîne YouTube, pour aider

Pour partager son expérience et offrir à d’autres la possibilité de sortir de cette addiction, Théo propose depuis 2019 des accompagnements et programmes pour arrêter la consommation de pornographie. Sa chaîne YouTube « Good Bye Porno – Théo Moreau » totalise 1,5 millions de vues et 20 000 abonnés. « C’est devenu ma mission personnelle. J’accompagne beaucoup d’hommes différents, de 20 ans à 50 ans, toutes catégories professionnelles confondues. » Théo espère développer son activité et notamment sensibiliser les jeunes aux dangers de la pornographie.

D’après une étude réalisée par le ThinkTank Fondation pour l’innovation politique, 21 % des jeunes de 14 à 24 ans regarderaient du contenu pornographique au moins une fois par semaine, dont 15 % des 14-17 ans. Dans le détail, on apprend que 5 % d’entre eux le ferait plusieurs fois par jour, un chiffre qui s’élève même à 8 % pour la tranche 14-15 ans. 4 % des jeunes consultent ces contenus une fois par jour, 7 % plusieurs fois par semaine et 5 % une fois par semaine. Et ces chiffres ne semblent pas prêts de baisser.

La volonté fonctionne comme un muscle. Il faut l’entraîner régulièrement, l’habituer aux efforts, pour qu’elle soit, les jours suivants, capable de reproduire plus facilement ce qu’il lui a été demandé la veille. Ainsi, les épreuves traversées par Théo pour sortir de son addiction l’ont poussé, à chaque pas, à construire un chemin d’épanouissement et de respect de lui-même (son corps, psychisme…) et des autres (les femmes, notamment). Et aujourd’hui, il partage les enseignements tirés de cette période de sa vie avec ceux qui en ont besoin. Très fort !

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