COOPÉRER AU SEIN D’UNE EQUIPE PROJET #3

Gilles le Cardinal est professeur émérite en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Technologie de Compiègne (UTC). Il a, notamment, co-développé la méthode PAT-Miroir © qui compte aujourd’hui près de 500 applications. PAT, c’est pour Peurs, Attraits et Tentations. Gilles, qui est également auteur auteur de deux livres sur la confiance – « La dynamique de la confiance » et « Construire la confiance, de l’utopie à la réalité » – partage son expertise en vous proposant 10 étapes pour faciliter la coopération au sein d’une équipe projet. Quoi de plus « écologie humaine » que la coopération ?

 

TROISIÈME ETAPE : prendre conscience de l’importance des interactions et proposer une nouvelle façon précise et performante de les décrire par l’inventaire des Peurs, Attraits et Tentations (PAT) des différents acteurs

Si l’on vous demande de décrire avec précision la situation d’interaction que vous allez rencontrer au cours du projet avec vos différents partenaires, vous aurez du mal à trouver les mots pour en parler. Or, toute interaction présente des difficultés, c’est-à-dire la possibilité de survenue de blocage, de conflits, de crises ou d’instabilité. Nos travaux sur la communication interpersonnelle et son lien avec la théorie des jeux[1], nous a permis de proposer une description opérationnelle et précise d’une situation où se pose l’alternative de coopérer ou pas.

En effet, il y a toujours des attraits à coopérer dans une situation complexe et il est important de les mettre à jour. Mais cette description positive et optimiste est insuffisante. Pour être complète, il convient de tenir compte également des peurs des protagonistes et de leurs tentations dans la situation étudiée. En effet, si les attraits tournent autour du fait que si on coopère les deux acteurs sortent gagnant-gagnant, les peurs permettent d’envisagent les cas où l’autre ne coopère pas, ce qui serait très préjudiciable à celui qui coopère. Si ces peurs s’avéraient très importantes, elles pourraient justifier en retour une non-coopération pour ne pas risquer une trahison de la part des autres, attitude de prudence excessive qui serait très dommageable à la réussite du projet.

Enfin, si un bénéfice très important résultait du faite d’exploiter la coopération des autres sans réciproque, la situation comporterait de forte tentation de ne pas coopérer en espérant toucher cette prime à la trahison.

Ces considérations, issues du célèbre dilemme du prisonnier, qui décrit tout simplement le dilemme de la coopération, conduits à devoir choisir de coopérer ou pas, en en envisageant les quatre cas possibles :

  • les deux coopèrent avec un résultat gagnant-gagnant ;
  • l’un coopère mais pas l’autre, ce qui génère un super gagnant et un super perdant ;
  • les deux ne coopèrent pas et sortent perdant-perdant de la situation.

Si la situation ne se produit qu’une seule fois, la théorie des jeux conseille de ne pas coopérer, puisque c’est une stratégie à la fois prudente, c’est-à-dire qui évitent le pire, la trahison et dominante, c’est-à-dire qui gagne plus, quoi que fasse l’autre. S’il coopère, on peut en effet exploiter sa coopération pour gagner plus et s’il ne coopère pas, mieux vaut ne pas coopérer pour ne pas risquer d’être trahi.

Heureusement, il n’en est pas de même si la situation se reproduit régulièrement. Nous avons montré par ailleurs que si les acteurs acceptent un certain couplage de leurs revenus, la coopération se stabilise car les peurs et les tentations diminuent tandis que les attraits sont confortés.

Se coupler veut dire tenir compte du revenu de l’autre et pas seulement de son revenu personnel pour faire le choix de coopérer ou non. Cela se traduit par se réjouir quand l’autre gagne et compatir quand il perd. La conséquence logique du couplage est alors que la confiance croit et vient stabiliser la coopération.

Si, au contraire, on se découple, ce qui se traduit par le fait que je me réjouie quand il perd et déplore quand il gagne, la coopération devient impossible et la confiance se détruit. Vérifier que tous les équipiers sont toujours couplés positivement est donc une préoccupation permanent du chef de projet. Les sociologues parlent alors d’une équipe en endettement mutuel positif. Ce n’est donc plus pour suivre une morale imposée d’en haut qu’une éthique s’impose mais c’est une éthique qui se construit à partir de la description de la situation d’interaction simplement pour pérenniser la coopération.

Pour résumer cette étape, nous proposons de décrire une situation d’interaction par les Peurs, attraits et tentations que peuvent ressentir les acteurs, description dont nous montrerons plus loin la pertinence pour la recherche de solutions consensuelles. Exemples : Peur du responsable de projet : manquer de moyens pour réussir son projet, attrait :avoir une équipe compétente, tentation : afficher la participation et décider tout seul

[1] Axelrod R . Donnant donnant, Odile Jacob, 1992

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À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

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