Humaniser l’usage de l’épargne

Éric Didio, fondateur de CredoFunding, plateforme en ligne de financement participatif (crowdfunding), propose d’utiliser la finance au service du bien commun. Cet article est issu du livre « Société de Bien Commun, pour changer la donne à hauteur d’homme ».
Pic5

INVESTIR, OUI, MAIS DE FAÇON RESPONSABLE !

Les formes d’investissement traditionnel proposées via les réseaux bancaires ou assuranciels sont principalement orientées selon un couple maximisation des profits / profil de risque de l’investisseur. Les thématiques d’investissement proposées correspondent généralement à des secteurs d’activités marchands et l’on peut regretter que les investisseurs n’exercent aucun choix favorisant le bien commun.

Nous avons vu apparaître au cours des dernières années la notion d’Investissement Socialement Responsable (ISR). De nombreux spécialistes s’accordent à dire que beaucoup d’entreprises s’arrangent pour « rentrer dans les cases » afin d’obtenir le précieux label sans pour autant mettre en œuvre des actions concrêtes ; l’ISR ne correspondant parfois qu’à une liste de critères suivis avec plus ou moins de bon sens.

Les temps changent. On parlait autrefois de « déontologie » ; on ne parle plus aujourd’hui que de « conformité ». La conformité est une version très dégradée de la déontologie car on ne recherche plus alors l’éthique. Les règles semblent seulement prévenir tous risques de place ou risques systémiques qui feraient tomber le système financier. Les acteurs de la finance et des marchés n’étudient plus le sens de leurs actions mais simplement la conformité de leurs actions aux règles édictées par le régulateur (les pouvoirs publics). C’est donc à celui-ci qu’il revient de créer un cadre juste et équitable dont la finalité serait le bien commun.

De ce point de vue-là, la finance alternative pourrait faire bouger les lignes car elle mobilise désormais l’intelligence collective et impose un engagement fort de l’investisseur. C’est le phénomène que nous observons chez CredoFunding car nous travaillons des projets à caractéristiques fortes.

Pic1

LES PLATEFORMES DE FINANCEMENT PARTICIPATIF

CredoFunding est une plateforme de financement participatif en prêts et en dons. « Le financement participatif est un outil de collecte de fonds opéré via une plateforme internet permettant à un ensemble de contributeurs de choisir collectivement de financer directement et de manière traçable des projets identifiés. » CredoFunding est un acteur de l’économie collaborative, cette économie étroitement impliquée dans le service du bien commun. En effet, l’économie collaborative est basée sur deux principes : la confiance et le plus petit échelon.  Ces plateformes permettent une importante désintermédiation, puisque chacun peut désormais librement choisir où et comment utiliser son épargne (don, prêt, investissement). Dans le financement participatif, ce n’est plus un seul financier qui aligne les zéros nécessaires sur un chèque, ce sont plusieurs personnes (qui ne se connaissent pas) qui propulsent une idée ou un projet par une multitude de contributions. Les plateformes, en prêt, en don ou en capital-investissement, peuvent réellement aider au développement du bien commun.

Cela est vrai dans différents secteurs. C’est peut-être encore plus visible pour les plateformes de dons dont les bénéficiaires sont des associations qui agissent directement pour le bien commun. Des associations qui favorisent l’éducation en France ou à l’étranger, qui œuvrent pour l’accueil de chacun selon son histoire, qui militent pour la préservation et la restauration de notre patrimoine (un bien commun si important), qui développent, promeuvent et enrichissent la culture. C’est aussi important pour les entreprises qui peuvent plus facilement emprunter ou ouvrir leur capital. Cela contribue à la création ou la préservation d’emploi et à la création de valeur ajoutée. Il y a donc un réel impact pour l’économie.

Pic2

EN ÉCONOMIE, TOUS RESPONSABLES

Le décret n° 2014-1053 du 16 septembre 2014 relatif au financement participatif a mis fin au monopole bancaire. Dorénavant, les particuliers et les personnes morales (entreprises et associations) peuvent participer et financer des projets selon leurs moyens et leurs désirs ; nous sommes entrés dans un système de circuit court et de désintermédiation. Cela a plusieurs implications : une plus grande liberté et une plus grande maîtrise de nos ressources financières, mais aussi une prise de conscience de notre responsabilité financière.

Chacun va pouvoir réinvestir son argent. Par là nous entendons, s’enquérir de ce qu’il fait, de son utilité pour la société. Nous pouvons maintenant plus facilement décider de la finalité de celui-ci. Peu de personnes savent vraiment ce à quoi est utilisé l’argent placé sur leur livret d’épargne, leur compte courant, ou leur contrat d’assurance vie. Désormais, grâce au financement participatif, ils peuvent facilement connaître concrètement quel en sera l’usage ‒ et, mieux encore ‒ le choisir eux-mêmes. Chacun peut et doit prendre conscience de sa responsabilité financière. Notre épargne a un poids considérable dans l’économie et nous sommes responsables de son impact. Les plateformes vont permettre une nouvelle approche de l’argent. Nous pensons donc que les plateformes vont avoir un rôle croissant dans l’utilisation de notre épargne, pour le bien commun.

Pic4

UNE NÉCESSAIRE CONFIANCE

Comme plateforme de financement, notre rôle est d’accompagner différents acteurs (associations, entreprises, ONG, collectivités) pour qu’ils puissent récolter des fonds et mener à bien leurs missions.  Nous avons besoin d’un système basé sur la confiance. Cette confiance concerne tous les acteurs : le porteur de projet, à qui sera confié l’argent, la plateforme chargée de la gestion des flux financiers, le contributeur. Le porteur de projet, personne physique ou morale, est le plus exposé dans ce système ; c’est lui qui a le plus de comptes à rendre ; il est indispensable que son identité soit connue et mise en avant par les plateformes de financement participatif. Ainsi grandit la confiance.

En tant qu’Intermédiaire en Financement Participatif (IFP), nous sommes vigilants à lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il faut que l’État-régulateur et les différents acteurs de ce marché jouent le jeu, chacun à son échelle, de la transparence, mais aussi de la confiance. Il faut construire un système où l’argent est traçable tout en préservant la vie privée des contributeurs. Un système où l’entraide est fluidifiée par les nouvelles technologies numériques, où la facilité de communication redonne du sens au don et à l’investissement. Un système où il est possible de lever des sommes d’argent importantes en peu de temps. Un système simple et sécurisé.
Ce système doit permettre de faciliter la collecte d’argent pour des œuvres de bien commun. Il est important de laisser une véritable place à l’économie de la gratuité. Ne pas souhaiter que le marché régisse l’ensemble de l’économie et ne pas attendre que seul l’État redistribue aux plus nécessiteux. Pour cela, il faut trouver le fragile équilibre entre la sécurisation des flux et la simplification des moyens de paiement.
Il nous semble important d’établir des règles communes aux différents acteurs du marché. Pour cela, le contrôle de l’État est important. Il doit être juste et pertinent. Il ne doit pas être l’obstacle qui empêche, mais le tuteur qui accompagne et contrôle, qui offre l’assurance de travailler pour le bien de tous et qui offre la flexibilité nécessaire à ce monde compétitif. La confiance doit être le maître mot de cette économie du partage, ce qui ne doit pas exclure un véritable contrôle et des sanctions quand elles s’imposent. Fragile équilibre…

Après les premiers signes d’ouverture lors de l’éclosion fin 2010, de la finance alternative, les pouvoirs publics commencent à nouveau à imposer les mêmes contraintes que celles qui ont durablement fait souffrir les banques et dont nous percevons les limites. Trop de normes, une fois de plus…
La morale et le bon sens doivent primer sur la règle. L’enjeu est d’importance et il est éducatif. Une pédagogie de l’utilisation de l’argent est urgente car, pour nous, épargnants, investisseurs, contrôleurs, régulateurs, notre rôle consistera à imaginer des modèles dans lesquels l’argent favorisera à nouveau les échanges et ne sera pas conservé pour lui-même.

 

>> Pour approfondir cette réflexion sur la Société de Bien Commun, cliquer ici. <<

SBC_Slider

Comment faire advenir une Société de Bien Commun ? Cette question passionne le Courant pour une écologie humaine, qui lance le premier volume d’une collection dédiée à la recherche des conditions et des moyens nécessaires pour faire émerger cette société. Pour changer la donne, à hauteur d’homme.

  • Humaniser l’usage de l’épargne
    Notez cet article

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

Vos réactions

Soyez le premier à donner votre avis

Donnez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

*