Le genre au musée

Y-a-t-il une guerre du genre chez les animaux ? La nature a-t-elle pourvue davantage les mâles que les femelles ? Et si l’on arrêtait de projeter nos quêtes humaines sur la vie animale ? Un billet de Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine.


Passionné d’animaux, je suis sidéré par l’étude d’une biologiste britannique qui pointe la prédominance des mâles dans cinq grands muséums d’histoire naturelle du monde. Son équipe dit avoir recensé 2,5 millions de spécimens d’oiseaux et de mammifères, pour aboutir à un terrible verdict : quand le sexe est identifié, la surreprésentation des mâles est patente. Ils sont 60% chez les oiseaux et 52% chez les mammifères. Vous avez entendu ? 52% contre 48% de femelles ! Horreur, malheur et discrimination. Car notre docte universitaire s’érige en grande prêtresse du genre pour en appeler à la prise de conscience des naturalistes qui nous présentent ces bêtes. Elle juge que le privilège accordé aux mâles des espèces animales – pour autant qu’on puisse nommer privilège le fait d’être capturé, tué puis naturalisé – relève de « préjugés de genre ».

Sérieusement, si on empaille 4% de chèvres en moins que de boucs, doit-on en faire un tel fromage ?

Ce qui est terrible dans cette affaire, c’est que Dame Nature, et Dieu peut-être – si d’aventure il est de la partie – semblent complices. Nombre de mâles sont affublés d’ornements qui en font des cibles plus tentantes que leurs femelles discrètes. J’ai eu la joie d’élever des faisans dorés. Entre mâle et femelle de cette espèce, il n’y a pas photo. Le premier est un feu d’artifice de couleurs à faire pâlir de jalousie sa terne femelle. La stupéfiante livrée du mâle est d’ailleurs destinée à attirer sa « belle », comme la roue du paon et tant d’autres parades nuptiales qui ravissent nos yeux, du modeste pigeon aux oiseaux de paradis. Idem chez maintes espèces animales. Du lion aux papillons, les mâles sont souvent plus spectaculaires que les femelles.

Le comportement de notre chercheuse est – à mes yeux – emblématique de la paranoïa qui fausse les fameuses études de genre. Au lieu de chercher, on part d’un préjugé (l’infâme domination masculine), puis on s’acharne à le démontrer, de toute ses forces.

Notre zélée dénonciatrice va jusqu’à asséner que c’est la surreprésentation des mâles blancs chez les naturalistes qui a produit la discrimination sexiste. Elle revendique un rééquilibrage. Devrions-nous créer de tristes musées des femelles bannies pour nous rééduquer ?

J’aimerais plutôt encourager notre chercheuse à faire un tour à la campagne : elle découvrirait la surreprésentation… des femelles dans les basses-cours et les pâturages. Pauvres mâles ! Presque tous tués précocement. Surexposés dans les villes quand tant de femelles poursuivent leur vie aux champs !

 

Sources

Émission RCF du 8/11/2019

À propos de l'auteur

Courant pour une écologie Humaine

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