Retrouver le savoir-faire artisanal pour préserver les ressources naturelles

savoir-faire artisanalAu cours de ces deux derniers siècles, les découvertes technologiques et leurs applications dans l’habitat auraient-elles engendré autant de problèmes que de solutions ?

LE FAUX-MIRACLE DU MODERNISME, UNE UNIFORMISATION AU DÉTRIMENT DE LA SINGULARITÉ ?

A l’époque préindustrielle, les techniques de construction différaient d’aujourd’hui. On privilégiait alors l’efficacité et le pragmatisme, en s’appuyant sur les habitudes de vie et en tenant compte des spécificités des régions, en particulier le climat. Les bâtisseurs utilisaient les ressources locales, et le gabarit des matériaux de construction était fonction de ce qu’un homme pouvait porter.

« Les contraintes étaient une formidable source d’ingéniosité, les bâtisseurs devant toujours trouver des solutions innovantes »

Or, avec l’industrialisation massive de l’Europe au 19e siècle, les évolutions techniques ont rendu désuets les anciens modes de construction, ayant pour unité de mesure l’homme, et ont permis l’avènement du modernisme. Il a fallu trouver une nouvelle manière de faire de l’architecture. On ne raisonne désormais plus en termes de règles de construction, mais d’espaces et de fonctionnalités seulement. C’est dans ce contexte que les matériaux industriels ont pu trouver tout leur champ d’application.

Cependant, lorsque j’écoute des personnes parler du modernisme, j’entends beaucoup de critiques à son encontre. On reproche très souvent aux bâtiments de manquer d’âme. Faudrait-il pour autant revenir à un « art décoratif », à l’ajout d’ornements visant à donner un aspect plus artisanal aux objets industriels ? Le pastiche ne semble pas être une solution convenable.

Pourquoi alors ne pas traiter le sujet en profondeur, en revenant aux bases fondamentales de la construction ?

 

VERS UNE ARCHITECTURE CONTEMPORAINE ET TRADITIONNELLE ?

On ne s’étonne plus de voir du granit chinois utilisé en Bretagne pour faire de la construction régionale. Lorsque nous achetons un produit, nous avons le choix entre une multitude de formes, de coloris et de finitions, tous plus originaux les uns que les autres, mais basés sur une technique industrielle uniforme. Nos meubles viennent souvent des mêmes fabricants et, par conséquent, se ressemblent tous.

« Notre époque actuelle a tristement réussi à faire la synthèse entre le plus mauvais de l’art décoratif et du modernisme réunis »

Toutefois, il existe aujourd’hui un problème bien plus urgent que la simple question de l’aspect de notre cadre de vie : ces techniques industrielles modernes ont un impact écologique important et, bien que permettant de réaliser des concepts architecturaux séduisants, ne sont-elles pas devenues un luxe que nous aurons du mal à nous offrir dans l’avenir ?

Car si ces techniques ont indéniablement permis de réduire les coûts de construction, participant ainsi à l’augmentation du pouvoir d’achat général, elles précarisent l’emploi, puisqu’elles requièrent généralement peu de qualifications. Il est donc urgent de repenser sainement le secteur de la construction, en se basant sur l’unité de mesure essentielle de l’architecture, l’échelle humaine.

Ce rééquilibrage pourrait consister à remettre au goût du jour matériaux locaux et savoir-faire éprouvés, sans pour autant abandonner un certain pragmatisme quant aux techniques modernes les plus pertinentes. Cela permettrait de redévelopper une filière hautement qualifiée, génératrice d’emplois à haute valeur ajoutée, capable de proposer des réalisations de qualité et réellement originales, avec des matériaux plus authentiques.

Il s’agit donc de remettre l’homme au cœur du processus, en promouvant l’artisanat, c’est-à-dire des procédés nécessitant l’apprentissage d’un savoir-faire technique, afin de redonner de la dignité à l’homme par la reconnaissance de son travail. Concevoir des produits simples et adaptés, c’est également garantir la maintenance, et donc la durabilité de l’édifice.

En parallèle, des réseaux d’approvisionnement locaux doivent être mis en place, chaque région ayant sa spécificité, son climat et ses matériaux de prédilection. Développer un tissu économique de proximité, c’est aussi créer du lien social, tout en encourageant et fidélisant ses partenaires.

Sans tomber dans le piège du régionalisme, qui consisterait à décréter que tel type d’architecture serait le style traditionnel authentique, il est possible de trouver des solutions locales, mettant en valeur la créativité infinie de l’homme à travers un savoir-faire à réinventer, dans le plus grand respect des ressources naturelles à notre disposition.

À propos de l'auteur

KIM-OLIVIER TREVISAN
KIM-OLIVIER TREVISAN

Kim-Olivier Trévisan est un architecte de 31 ans. Après avoir développé des compétences dans plusieurs domaines artistiques, dont le graphisme et le cinéma, il se consacre exclusivement à l'architecture depuis 2008. Il est diplômé de l'école d'architecture de Paris-Belleville. http://www.kimtrevisan.fr

Vos réactions

9 personnes ont donné leur avis pour "Retrouver le savoir-faire artisanal pour préserver les ressources naturelles"

  1. Bonjour Kim-Olivier,

    Vous connaissez sans doute l’ouvrage « Genius Loci : Paysage, Ambiance, Architecture » de Christian-Norberg Schultz (1981, © Mardaga), où la mesure du lieu est encore anthropologique.
    Pour ce qui est de l’ornement, l’échec est dans ce qu’il est utilisé gratuitement, sans véritable profondeur. Mais si l’on avait accès à cette profondeur du symbole des formes, ancrées dans nos cultures, l’ornement retrouverait sa noblesse.
    Aussi, l’artisanat a-t-il été sapé depuis la Loi Isaac Le Chapelier, en 1791, interdisant les corporations, le compagnonnage, les coalitions ouvrières et le droit de grève.
    Au sein de ces corporations se transmettaient de véritables savoir-faire & savoir-être. Cette interdiction est un des fruits de la Révolution & de la pensée des Lumières, processus de la modernité qui a poursuivit son œuvre tout au long du XXème siècle, en passant par la Révolution Industrielle, avec l’interventionnisme de l’État qui décourage les initiatives individuelles source de création & de liberté, s’accentuant après 1968 sous couvert de libéralisme et se poursuivant aujourd’hui. Il est important de dénoncer & d’étudier ces processus historico-politico-économico-financiers pour en comprendre les déboires répandus aussi bien dans l’architecture & l’habitat que dans toutes les autres disciplines mises à l’étude par l’Écologie humaine.
    Mon père a été Maître Artisan Ébéniste, en retraite ce 2 juillet 2013, à l’âge de 61. Il a collaboré avec des architectes, prenant soin de choisir sur pied, dans les forêts locales (Pays Fort, Sologne) les arbres qu’il allait ensuite scier & mettre à sécher lui-même avant de le choisir à bon escient, plus tard, pour en réaliser un meuble, un assemblage mobilier. Son travail l’impliquait totalement depuis son corps jusqu’à son esprit. Ce rapport physique, intellectuel, voire spirituel, au travail, est une marque de l’artisanat. Toujours, la noblesse de son travail était relevée, non seulement dans son résultat, esthétique, mais dans son processus même qui épanouissait aussi l’homme dans sa tâche (sans vouloir idéaliser ce métier, car les inconvénients sont aussi nombreux, notamment pour la santé).
    J’ai réalisé une vidéo il y a un an, de mon père en pré-retraite, passant du temps à s’occuper d’un terrain traversé de sources qu’il aménage. La Sourdaie est son domaine de prédilection où ses savoir-faire et ses savoirs-être (avec la nature, par exemple) vont continuer à se développer dans cette période de la vie où ce n’est plus exclusivement le métier qui fonde l’homme, mais une manière d’être au monde dont le métier a été fondateur pour l’homme. Il a dessiné avec un architecte l’aménagement d’une tour dans la maison (qui était celle du gardien des sources qui entretenait le système hydraulique alimentant le château plus haut, en eau). Il est intervenu dans le paysage d’abord en défrichant ce terrain de ½ hectare, puis en canalisant les sources qui avait rendu cette terre très marécageuse. Là, il s’occupe des bassins, sur les parois desquels il a dû remodeler la glaise pour stopper les fuites. Ce temps-là est très précieux pour l’homme : on dirait un enfant qui redécouvre les joies du jeu & de la construction dans la nature, avec la nature. Ce rapport au paysage de mon père m’a toujours saisie & l’acquisition de la Sourdaie, ce lieu qu’il a lui même baptisé ainsi, est pour l’homme qu’il est un renouvellement de son rapport au monde, à la nature, au travail, à l’être profond… somme toute attitude encore très proche de l’esprit artisanal.
    Et moi le filmant, je cherche à rejoindre cet esprit, à saisir son rapport au lieu & au faire dans le paysage. Dans ma propre pratique artistique de la vidéographie je découvre un processus artisanal. Sauf qu’a l’école, on ne m’a jamais enseigné, à aucun niveau, les bienfaits des techniques artisanales : on les a plutôt totalement dénigrées. D’où mon besoin, dans le milieu de l’art contemporain actuel hostile à l’artisanat, de chercher sans relâche à l’expérimenter, à le découvrir, à le faire revivre & donc à le rendre neuf, à actualiser ce rapport au corps, à la technique, au processus du travail artisanal avec l’être profond que je suis. Je suis là, dans Institut de beauté, aux prises avec la technique de la prise de vue vidéographique, dans la nature, avec pour acteur un homme vivant des moments privilégiés dans & avec son domaine, paysage qui est aussi une représentation extérieure de ce qu’il est à l’intérieur, de son rapport profond à la vie. Institut de beauté est un tableau, un portrait de mon père.

    Institut de Beauté (2012) : http://treuilsanaturemorte.blogspot.fr/2012/06/institut-de-beaute_17.html
    Sylvain des sources (2006) : http://santreuil.blogspot.fr/2007/09/sylvain-des-sources.html

    Sandrine Treuillard
    Le 19-VI-2013

    • Bonjour Sandrine. Merci pour ce commentaire très intéressant et de l’intérêt que vous portez à mon article.

      Il est important pour moi de retrouver le sens des choses, qu’elles soient issues de la nature ou réalisées par l’Homme. C’est en cela que l’architecture est essentielle, car elle est un moyen de créer un environnement signifiant, en révélant par un acte créateur la signification des choses, et donc de prendre conscience du sens de sa propre Vie.

      c’est la raison pour laquelle j’ai beaucoup de respect pour les peintures rupestres, et les structures mégalithiques. J’y vois à titre personnel la beauté d’un Homme qui se différencie de la nature d’où il est issu, en utilisant des éléments de cette même nature pour créer le cadre de sa propre structure rationnelle et spirituelle.

      En lien avec votre père, qui a exercé ce magnifique métier d’ébéniste, j’ajouterai que le mot « matière » vient du latin « materia » qui signifie le bois de construction. Ainsi, toute notre vie devrait consister à aller chercher dans le réel la matière de notre propre construction, au moins de manière allégorique, et travailler quotidiennement cette matière, source d’enseignement.

      Ainsi, concernant votre réflexion sur l’ornement, j’aurais un avis légèrement différent du vôtre, car selon moi, celui-ci est absolument indissociable du travail de l’artisan. Comme vous le savez sûrement, l’outil est le prolongement de la main, et c’est ce même outil qui, en marquant la matière, donne forme à ce que nous appelons l’ornement.

      Cette maîtrise par l’Homme de la matière était évidemment transmise au sein des guildes, qui mutualisaient les savoir-faire et les risques, dans un esprit de solidarité humaine et financière, dans l’unique but de préserver cette connaissance qui n’est ni plus ni moins que le sens des choses.

      Alors que nous n’avons jamais cessé de construire (ce qui est logique puisque l’Homme est en quelque sorte fait pour cela), ce rôle de bâtisseur a progressivement été retiré des personnes qui en comprenaient toute la portée spirituelle pour faire du bâtiment un simple produit commercial.

      Dans le contexte actuel, l’ornement comme étant l’empreinte de l’outil de l’Homme et de son esprit n’a plus sa place, et le modernisme est la conséquence de la déshumanisation provoquée par l’industrialisation.

      J’en veux pour preuve le siècle entier qui sépare le début de l’ère industrielle de l’apogée du modernisme. Le XIXe siècle est pour moi un siècle de crise artistique intense, justement lié au fait que la machine remettait complètement en question la notion même de style. Ce conflit ne trouve sa résolution que dans l’avènement du modernisme, où l’on finit par identifier clairement le bâtiment à son outil de production (voir les notions de « machines à habiter » de le Corbusier par exemple).

      Encore merci pour votre réaction à mon article, en espérant vous recroiser prochainement au sein du courant vers une écologie humaine.

      Amicalement,

      Kim-Olivier.

      • Gilles Plum dit :

        Votre vision du XIXe siècle, qui provient de l’historiographie moderniste de l’architecture, est justement celle contre laquelle je lutte. Il y a contradiction entre le discours du mouvement moderne et la réalité des œuvres créées. Le Corbusier est tout sauf un rationaliste ou un fonctionnaliste, malgré tout ce qu’il a pu dire. Sa créativité allait bien au-delà de la capacité des outils de production, et ses problèmes avec la technique en sont le signe. Perret et ses nombreux disciples des années quarante étaient bien plus à l’aise avec la technologie et c’étaient des classiques et non des modernes. C’est justement ce que je développe dans mes livres.
        L’historiographie moderniste a voulu donner pour le XIXe siècle la vision d’une architecture en crise incapable de suivre le progrès technologique pour créer la légende de la révolution de l’architecture moderne. En fait, le XIXe siècle a été une époque de libération et de fort progrès au niveau artistique, libération et progrès dont les modernes ont pu profiter. La notion de style est une invention du XIXe siècle, parce que c’et la première fois que l’architecte se libère de la tradition en prenant en compte les multiples formes qu’a prises l’architecture dans l’Histoire.

        • Votre point de vue est décidément très intéressant.

          Je suis assez d’accord avec votre vision du Corbusier, qui était avant tout, d’après ses dires, un artiste plasticien ayant trouvé dans l’architecture un moyen d’expression. Étant donné qu’il est resté la référence pendant presque un siècle, j’en déduit que le gars était sacrément coriace, et je ne suis pas certain que l’on ait beaucoup gagné en échange.

          Je dois encore être trop imprégné d’idéologie moderniste pour partager votre enthousiasme sur le XIXe siècle.

          Malheureusement, je ne pense pas que ce soit le lieu approprié pour un débat de spécialistes, ces articles visant avant tout à poser des problématiques générales et à échanger de manière accessible et pédagogique avec le plus grand nombre.

          C’est avec plaisir que je vous invite à continuer cette discussion en privé (il est possible de me contacter via mon site internet) ou mieux, lors de la journée de lancement du 22 juin.

          Bien à vous.

  2. Gilles Plum dit :

    C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et que j’ai essayé d’aborder dans mes livres, en particulier « Paris art déco », « L’Architecture de la Reconstruction » et celui qui paraîtra l’année prochaine sur « L’Architecture de la Belle Époque à Paris ». Si le concept de « modernité » doit être remis en cause, il faut faire attention à ne pas rejeter ce que l’architecture moderne a apporté de bon. Le problème vient de la dictature de la technique qui a paru d’abord libérer l’architecte pour ensuite l’écraser. L’architecture est devenue non plus tellement un art qu’une industrie, et une industrie qui est la plus polluante en France.
    Je pense que le retour à une architecture plus artisanale, outre ses bienfaits du pont de vue de l’écologie et de l’emploi, pourrait permettre un meilleur progrès de l’architecture. Mes recherches montrent en effet que ce progrès, même en ce qui concerne l’architecture moderne, doit beaucoup moins à la technique que ce qu’on a pu affirmer. Le progrès technique présenté comme locomotive du progrès de l’esprit humain est un mythe tout à fait inexact produit par l’idéologie moderniste.

    • Bonjour Gilles.

      C’est avec beaucoup d’intérêt que je regarderai la manière dont vous traitez ce sujet dans vos livres dès que j’en aurai l’occasion.

      Concernant le concept de modernité, puisque cela semble être le sujet le plus sensible de mon article, je dois préciser qu’ayant eu mes premières émotions d’architecture au sein du studio Uno d’Henri Ciriani à l’UP8, j’ai pu étudier le sujet de près. Cette formation a énormément marqué ma manière de faire de l’architecture, car ce mode de projet ultra-rationnel m’oblige sans cesse à me poser la question du « pourquoi » et à laisser peu de place à l’arbitraire.

      Cependant, ce mode de pratique m’a pour ainsi dire laissé sur ma faim. C’est un peu comme si j’avais appris un langage, celui de l’architecture, une belle rhétorique et une sémantique très savante, mais que je ne savais pas quoi dire et quoi en faire, que les mots étaient vides de sens.

      Peut-être, comme suggéré dans mon article, une voie de sortie serait d’associer le pragmatisme du modernisme avec l’implication humaine de la construction traditionnelle.

      Cependant, si je résume votre propos, je crois comprendre que vous dites que le modernisme serait essentiellement un idéologie, car derrière la belle idée du progrès, il y a surtout des hommes.

      Je me souviens avoir vu en cours des photos du chantier du CNIT, présenté à l’époque comme le fleuron de l’industrie française, où avant de construire la voûte il a fallu remplir tout le volume de kilomètres d’échafaudages, pour ensuite venir gâcher du béton à la main, par des centaines d’ouvriers le plus souvent immigrés et mal payés, armés seulement de brouettes en bois et de truelles… On ne s’affranchit pas si facilement de la matière et de la pesanteur !

      Le premier travail serait donc de faire la part des choses entre l’idéologie du progrès, et le progrès réel, ce qui répondrait de manière simple et naturelle à votre remarque sur les bons côtés de la modernité.

      Je vous remercie de votre commentaire, dont le point de vue me semble extrêmement intéressant.

      Kim-Olivier

  3. Bignier dit :

    Cher Kim-Olivier,

    Pour faire suite à l’atelier du 22, le nom de l’architecte chinois qui a eu le Pritzker Price en 2012 est Wang Shu avec lequel j’enseigne via l’Ecole de Paris-Malaquais. J’invite tous les lecteurs du site à taper son nom sur internet accompagné du mot « architect » car cela donne une idée de ce qu’une approche en termes d’écologie humaine peut donner comme architecture. Tout comme tous les architectes des Global Awards.

    Bien à vous,

    G. Bignier

  4. Institut de beauté : portrait d’un homme dans son paysage
    24 min 30 _ VI 2012
    coul. _ 16:9 _ mini-dv

    avec Sylvain Treuillard
    à La Sourdaie

    http://treuilsanaturemorte.blogspot.fr/2013/07/institut-de-beaute-portrait-dun-homme.html

    Voir Institut de beauté sur Youtube

Donnez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

*