Entre 1985 et 2015, l’espace occupé par les villes a augmenté de 10 000 km² dans le monde chaque année. Si les agglomérations sont vues comme les hauts lieux du consumérisme, la communauté des Fab City travaille à les rendre le plus autosuffisantes possible. Ca donne envie d’en savoir plus, non ?

La révolution industrielle du XIXème siècle s’est accompagnée d’une intense période d’urbanisation. Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), la moitié de la population mondiale vit actuellement dans des villes, contre tout juste 30 % en 1950. Et l’ONU estime qu’à l’horizon 2050, ce seront plus d’un tiers des habitants de la planète qui vivront dans une zone urbaine. 

Des Fab lab aux Fab City

En 2006, après des débuts en urbanisme au Vénézuéla, son pays d’origine, Tomas Diez immigre à Barcelone dans l’idée de faire carrière dans la prestigieuse Institute for Advanced Architecture of Catalonia (IAAC). 

À tout juste 24 ans, il se voit confier un projet qui marquera un tournant décisif dans sa carrière : la création du premier FabLab européen. 

Un FabLab, contraction de l’anglais Fabrication Laboratory (littéralement « Laboratoire de Fabrication »), est un atelier ouvert et accessible au public où sont mis à disposition toutes sortes d’outils numériques pour la conception et la réalisation d’objets. Ces lieux proposent une assistance opérationnelle, technique et financière pour permettre aux entrepreneurs, designers, artistes, bricoleurs… de mener à bien leurs projets.

Les FabLab se différencient des ateliers partagés par leur ouverture et leur accessibilité. Dans la pratique, toute structure peut être à même d’obtenir le label Fab Lab si tant est qu’elle respecte la charte mise en place par le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT). 

Via cette expérience, Tomas découvre que la fabrication numérique ne se limite pas à l’impression 3D et qu’en la rendant accessible au plus grand nombre, via des ateliers partagés, elle peut être un acteur clef dans notre façon d’appréhender la ville. En effet, en laissant à chacun la possibilité de donner libre court à son imagination, les Fab Lab réinvente la relation entre l’acte de produire et celui de consommer. Les citadins peuvent désormais fabriquer ou faire fabriquer des objets à proximité de chez eux plutôt que d’acheter des produits manufacturés, de provenance lointaine. 

« Le plus important dans la fabrication numérique, ce n’est pas tant la technologie en tant que telle, mais le changement culturel qu’elle induit »

Tomas Diez

Après 5 ans à œuvrer sur le sujet, Tomas Diez est convaincu du bénéfice des FabLab pour les villes et leurs habitants. Il décide donc de donner une dimension politique à sa démarche initiale et prend contact avec le Conseil d’Administration de la ville de Barcelone. C’est ainsi que le projet Fab City est initié.

Un mot sur la communauté des Fab Lab

À Boston (USA) en 2015, à Santiago (Chili) en 2017, à Toulouse (France) en 2018 ou encore à El Gouna (Egypte) en 2019, les FABX – forums internationaux dédiés aux Fab Lab – regroupent chaque année des milliers de membres de Fab Lab avec pour objectif de partager, échanger et collaborer autour d’un sujet commun : l’intérêt des Fab Lab. 

Présenté pour la première fois au grand public lors de la FAB7 organisée à Lima (Pérou), le concept de Fab City sera rapidement soutenu et promu par des institutions privées et publiques, telles que la ville de Barcelone, le MIT ou encore le IAAC… Il faudra attendre trois ans pour que le projet voit concrètement le jour avec l’inauguration du premier FabLab barcelonais lors de la FAB10. 

Depuis lors, le projet fait de plus en plus d’adeptes. Ainsi, en 2020 ce ne sont pas moins de 28 agglomérations et régions du monde qui se sont engagées, tout comme à pu le faire la municipalité de Barcelone, à devenir « localement auto-suffisante et globalement connectée d’ici 2054 » (source interview de Tomas Diez à Ouishare.net)

Les Fab Cities concrètement

Depuis l’avènement de la révolution industrielle, le modèle économique mondial a bien changé. Écartant d’année en année les lieux de production des lieux de consommation, les sociétés contemporaines se sont rapidement orientées vers un système économique décentralisé. 

Ainsi, entre 2005 et 2015, la part des grands pays développés dans la production industrielle mondiale serait tombée de 60 % à 46 % alors que celle des pays émergents ou « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine) serait passée de 11 % à 27 %.  

Au printemps 2011, la Chine est devenue la première puissance industrielle mondiale, représentant à elle seule plus de 18 % des exportations manufacturières mondiales contre moins de 1 % en 1982, mettant fin au siècle de domination des États-Unis. 

L’idée des Fab City est de changer ce mode de production / consommation et s’orienter vers une solution plus responsable, notamment pour l’environnement. En relocalisant les industries au plus proche des villes et en modifiant les pratiques de production au profit d’une économie circulaire basée sur la réutilisation et le recyclage, les acteurs souhaitent rendre les villes autosuffisantes. Les exportations se limiteraient alors à des flux d’informations et de connaissances (Data In / Data Out ou DIDO) et non plus des transferts de matières premières ou produits manufacturés.  

Les Fab Cities en France

La France a pris part à l’aventure des Fab Cities dès 2016. Paris, Toulouse, Brest, la région Occitanie, la région Rhône Alpes, puis l’agglomération Rennaise ont rejoint le mouvement, faisant de la France le pays le plus impliqué dans le mouvement.

L’agglomération du Grand Paris est devenue un pilote de la démarche. Depuis son ralliement en 2016, la municipalité a fondé : 

  • La Fab City Research Lab : Tiers lieux de démonstration, formation et recherche, sa mission est d’identifier et promouvoir des initiatives locales permettant à la ville d’atteindre ses objectifs en matière d’autosuffisance. 

    Avec plus d’une cinquantaine de fablabs, makerspaces et hackerspaces, le Grand Paris est l’une des régions du monde regroupant le plus grand nombre de tiers-lieux : Food’Inn Lab à Massy (Essonne), Ici Montreuil (Seine Saint Denis), Le ProtoBus sur le Plateau de Saclay, Laminiak dans le XIème arrondissement (Paris)… la liste est longue et les domaines d’activité sont variés. 

    Conscientes de l’importance de ces lieux, les entreprises privées commencent à s’intéresser au projet et sponsorisent leurs propres espaces de partage, à l’image du Garage de Nokia (Nozay – Essonne) ou encore du Techshop de Leroy Merlin (Ivry-sur-Seine – Val de Marne). 

    La capitale n’hésite pas non plus à impliquer dans cette démarche les institutions publiques qu’elle pilote. C’est ainsi que depuis trois ans, la société Eau de Paris fait fonctionner et exploite deux usines souterraines au pied de la Gare d’Austerlitz et sous le Canal Saint Martin pour alimenter en eau les Parisiens et les Parisiennes. 
  • La Food Lab et Agriculture Urbaine : ce groupe travaille activement pour proposer des solutions de productions et de transformations agroalimentaires locales à l’échelle du Grand Paris.
    Grâce à ce dernier, la start-up Cycloponics a pu voir le jour. Basée dans un parking désaffecté de La Chapelle (La Caverne), elle cultive depuis plus de 3 ans des champignons bio en sous-sol, avec un rendement moyen de 500 kg de champignons par semaine. 
  • La Fab City Store : une plateforme qui soutient les designers, artisans et makers parisiens et franciliens qui « recherchent de nouveaux paradigmes de productions ; circuits courts, réemploi et partage ». Le Fab City Store n’a pas de lieu fixe, il se déplace selon les occasions et les créateurs : Marchés de Noël, Pop Up store… les formes sont variées. 

À l’image de ce que peut faire Barcelone avec IKEA dans le quartier de Poblenou, Paris travaille activement sur son projet de Fab City Prototype, une expérimentation de la démarche Fab City à l’échelle d’un territoire. L’idée de ce POC (Proof of Concept) est de démontrer la faisabilité du projet de Fab City à l’échelle d’un territoire, tout en identifiant les enjeux et les freins pour parvenir à un modèle viable à l’échelle de la ville et des collectivités.

La capitale espère que ces efforts lui permettront d’atteindre l’autosuffisance à l’horizon 2054, comme elle s’y est engagée en devenant une Fab City. Ne produisant actuellement que 2 à 5 % des produits consommés, la route à parcourir semble encore bien longue… Mais rien de telle qu’une utopie mobilisatrice !

Sources : 

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