Le poulpe. Mollusque octopode, animal marin, présentant une grosse tête d’où partent huit bras. Oui, c’est bien lui la star de cet article. Parce qu’il le vaut bien !

Poulpe ou pieuvre ? 

Un poulpe est-il une pieuvre ? Une pieuvre est-elle un poulpe ? La pieuvre est-elle la femelle du poulpe, sa cousine, sa descendante… ? Ces grandes questions sont sujets à débat. La réponse est pourtant simple : poulpe et pieuvre désignent le même animal. 

La différence réside uniquement dans leur origine : le mot « poulpe » vient du grec « polypous », qui signifie plusieurs pieds, alors que l’appellation « pieuvre » est beaucoup plus contemporaine puisqu’elle a été évoquée pour la première fois en 1865 dans le roman de Victor Hugo « Les travailleurs de la mer ». Le succès quasiment unanime de l’oeuvre aboutit à l’ajout de l’appellation dans les langues française et italienne. 

Toutefois, bien qu’initialement synonymes, les deux noms ne sont aujourd’hui plus utilisés de la même manière. Le mot « poulpe » a évolué vers une appellation commerciale et gastronomique et, à l’exception du pourtour méditerranéen, la désignation de pieuvre lui est préférée pour parler de l’animal.

Un physique particulier

Vous n’avez pas attendu de lire cet article pour vous dire que le poulpe ne ressemble à aucun autre animal, tant son physique est particulier. Et vous ne savez pas encore tout !

Premièrement, le poulpe est l’un des rares animaux au monde à avoir 3 coeurs : deux lui permettent d’asservir ses 8 tentacules et ses 200 à 400 ventouses (selon les espèces), alors que le troisième travaille exclusivement sur le fonctionnement des 500 millions de neurones qui composent ses neufs cerveaux. 

Ainsi, avec une capacité cognitive semblable à celle du chien et 6 fois supérieure à celle du rat, le poulpe est l’animal le plus intelligent du monde marin : surprenant pour un invertébré ! Il est d’ailleurs capable d’une grande affection et possède un sens de l’humour bien développé, que de nombreux scientifiques ont pu mettre à l’épreuve. 

Par ailleurs, les tentacules des poulpes sont d’une grande complexité. Composées uniquement de muscles (aucun os à l’horizon) et équipées chacune de 40 millions de récepteurs chimiques tant gustatifs qu’olfactifs ou sensoriels, elles confèrent aux poulpes une grande agilité et surtout une grande flexibilité. La pieuvre est d’ailleurs l’un des rares animaux marins capable de tenir, explorer et manipuler des objets. À titre d’exemple, le poulpe est capable d’ouvrir un bocal

Les tentacules des poulpes sont donc d’une importance capitale pour sa survie, c’est pourquoi elles ont la capacité de sécréter une substance qui leur permet de se repousser les unes des autres et surtout de se régénérer après amputation. Impossible donc que le poulpe s’emmêle lui-même ! 

Dernière particularité, et non des moindres, le poulpe est capable de changer d’apparence et de « texture » en fonction de l’environnement qui l’entoure. Cette particularité lui permet, entre autres, d’échapper à bon nombre de ses prédateurs. 

Cette spécificité peut paraître cocasse quand on sait que le poulpe est daltonien : rouge, vert, bleu… aucune différence pour lui ! 

Le poulpe, un parent plus que dévoué ! 

Les pieuvres ne se reproduisent qu’une seule fois au cours de leur vie, car le mâle meurt après la fécondation et la femelle à la suite de la couvaison

En effet, après l’accouplement, la femelle va pondre plusieurs dizaines d’œufs sous forme de grappes, qu’elle va accrocher dans son abri. Elle les protégera sans relâche pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, jusqu’à épuisement. Elle se laissera mourir une fois les œufs éclos et la descendance assez grande pour quitter le refuge. 

Pour augmenter au maximum la probabilité de survie des bébés poulpes, la période de couvaison est particulièrement longue et peut atteindre jusqu’à 4 ans et demi. Elle est d’ailleurs la plus importante du règne animal !

L’homme et le poulpe, une longue histoire 

Les relations entre l’homme et le poulpe ont considérablement changé au cours du temps. 

Pendant l’antiquité, le poulpe était vu comme un animal plutôt sympathique dont les capacités de camouflage étaient particulièrement plébiscitées par la Grèce antique. Mosaïques, vases, amphores… les pieuvres sont représentées sur toutes sortes d’ornements de l’antiquité romaine et grecque.   

Toutefois, à partir du XVIIIe siècle, l’image du poulpe en Europe devient plus malveillante avec, entre autres, l’avènement de la légende du kraken, ce gigantesque poulpe fantastique issu des légendes scandinaves médiévales et réputé capable de tirer les navires au fond des mers . 

La pieuvre sera ensuite perçue comme un animal monstrueux à l’image de la pieuvre géante du classique « 20 000 lieues sous les mers » de Jules Vernes, du Guetteur des mers, monstre marin qui oblige Frodon et ses coéquipiers à modifier leur route dans le premier volume du Seigneur des Anneaux « La communauté de l’Anneau », ou encore l’attaque de pieuvres, la plus grande peur du Dr Adams joué par Samuel L. Jackson dans Sphère, adaptation du roman éponyme de sciences fiction de Michael Crichton

Un sport illustrera d’ailleurs cette fascination : La lutte sur Pieuvre. Largement popularisée dans les années 1960 sur la côte ouest des États-Unis, la pratique consistait à nager en eaux profondes pour attraper un poulpe, le déloger de son habitat et le remonter (non sans mal) à la surface. Fort de son succès, un championnat mondial était d’ailleurs organisé et retransmis à la télévision américaine chaque année. La pratique ne prit fin qu’en 1976, lorsque l’état de Washington interdit la maltraitance des animaux marins. 

Avec la démocratisation de la plongée sous-marine et des documentaires animaliers à l’image de Océans de J. Perrin et J. Cluzaud et produit par Disneynature, le poulpe commence à regagner une certaine sympathie dans le cœur des Hommes et à être de plus en plus représenté dans les dessins animés, les publicités, les cadeaux souvenirs…

L’image du poulpe sera particulièrement embellie par les prestations de Paul, surnommé « l’oracle d’Oberhausen », céphalopode connu pour avoir (soit disant) prédit 12 des 14 résultats du mondial de football 2010 !

Tout est bon dans le poulpe

Aliment riche en vitamines B3 et B12, en potassium, en phosphore et en sélénium, le poulpe est consommé dans de nombreuses cultures à travers le monde. Il est ainsi la base de nombreux plats traditionnels hawaïens, portugais, galiciens ou encore grecques. 

Attention toutefois, toutes les espèces de poulpe ne sont pas comestibles. Si l’envie vous en prend d’aller pêcher le poulpe, vérifiez donc bien l’espèce que vous avez sortie des mers avant de la consommer !


Sources