L’ortie, plante médicinale aux mille vertus est sûrement l’une des plantes les plus communes et les plus répandues à l’échelle planétaire. Mais quels trésors renferme-t-elle derrière son pouvoir urticant bien connu ?

Présente dans les jardins, sur le bord des routes, en forêt… à plus de 2500 mètres d’altitude ou en bord de mer, l’ortie est une plante relativement commune qui pousse dans de nombreuses régions du monde. Bien qu’elle apprécie tout particulièrement les sols riches en azote et les climats humides, elle s’accommode du contexte et des terrains qui l’entourent, ce qui fait d’elle une des plantes les plus répandues au monde.  

Un fertilisant hors-pair 

L’ortie, sous forme de purin, est très utilisée en agriculture et particulièrement en agriculture biologique. Cette partie du fumier est obtenue par macération des feuilles hachées pendant quelques jours, à l’abri de la lumière. 

Il peut être utilisé tant comme fongicide naturel pour lutter contre les champignons ou les parasites, à l’image du mildiou, connu entre autres pour ravager nos chers plants de tomates, que comme insecticide pour faire face à l’invasion des acariens ou des pucerons. 

Certains chercheurs, à l’image de Claude et Lydia Bourguignon, sous-entendent même que l’ortie permettrait de stimuler la croissance des plantes environnantes et favoriserait donc l’activité biologique des sols. Mythe ou fait avéré, difficile de statuer… 

Des vertus médicinales 

L’ortie est une plante extrêmement nourrissante, riche en nutriments et en acides aminés. Avec pas moins de 25 à 40 % de son poids sec en protéines, elle est un allié de choix des sportifs mais également des personnes en carence en protéine. Selon Jean-Pol Mostade, une portion de 300 grammes d’orties cuites seulement fournirait les rations journalières en protéine, en fer et en calcium recommandées pour un adulte. 

L’ortie est également riche en vitamines : A, B2, B5, B9, C, K… elles sont quasiment toutes présente, et dans des quantités non négligeables. À titre d’exemple, 20 g d’orties contiennent autant de vitamine C que 100g de citron, pourtant reconnu comme l’un des fruits les plus riches en cette molécule ! 

L’ortie est ainsi utilisée à de nombreuses fins thérapeutiques, sous de nombreuses formes : 

  • Par un traitement de lyophilisation, les feuilles d’ortie sont parfois utilisées pour combattre le rhume des foins, 
  • Appliquée en lotion, l’ortie permet de lutter contre l’acné cutanée, l’eczéma, le psoriasis,  
  • En bain de bouche, elle est efficace contre les infections buccales du type aphtes, gingivite ou encore les angines, 
  • Dispensée en cataplasme, l’ortie permet de lutter contre les douleurs articulaires, les tendinites ou encore les rhumatismes. Elle permet également une meilleure circulation sanguine et favorise la lactation maternelle, 
  • Par ingestion, l’ortie est un excellent diurétique et permettrait de lutter efficacement contre l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque et même certains œdèmes,

 L’ortie est riche en silice, qui revivifie les ongles, les cheveux, les os et les dents. 

En d’autres termes, vous n’aurez pas besoin de prendre de compléments alimentaires cet hiver pour garder la forme, une bonne soupe d’orties sera autant efficace et bien plus naturelle !

À goûter !

Tous ces bienfaits ont d’ailleurs fait de l’ortie un allié culinaire depuis des millénaires. 

Bien que les historiens soient convaincus de sa consommation dès la préhistoire, il faudra attendre l’antiquité pour trouver les premiers écrits mentionnant son utilisation. Dioscoride ou encore Galien, 100 ans plus tard, de nombreux médecins de la Grèce ou la Rome Antique ont confirmé son utilisation.  

L’ortie fut tout particulièrement utilisée pendant les périodes de grandes famines pour sa richesse en protéines, minéraux et vitamines. Très bon substitut comme peuvent l’être la chicorée, le topinambour ou encore le rutabaga, certains affirment que l’ortie fut leur unique source d’alimentation pendant la Seconde Guerre Mondiale. 

De nos jours, l’ortie est consommée en salade, en soufflé ou en soupe et remplace volontiers les épinards. Nous vous recommandons tout particulièrement l’omelette d’orties, mets facile à réaliser, économique, sain, rapide et ô combien savoureux !  

Si l’eau vous en est venue à la bouche, n’hésitez pas à consulter cette recette et lancez-vous ! 

Papier, tissu, corde… 

Bien que l’agronomie, la médecine et l’alimentation soient les principales sources d’utilisation de l’ortie, l’homme a vu dans cette dernière d’autres potentiels au fil du temps.

Ainsi, à partir du XVIème siècle, son utilisation se diversifie et la plante intègre alors la sphère industrielle : fabrication de papier, de vêtements, création de cordes, de voiles, de filets de pêche… elle est présente dans quantité de domaines. En Chine, une variété d’ortie (la Ramie) fut d’ailleurs utilisée pour créer des billets de banque. 

Délaissée pendant le Second Empire et la Révolution Industrielle, l’ortie est revenue sur le devant de la scène ces dernières années, avec l’émergence du textile responsable et solidaire. On a ainsi pu voir se développer des textileries spécialisées proposant des vêtements intégralement réalisés à partir de fibres d’orties, à l’image de Emanuel Lang, une entreprise alsacienne, ou encore Natural Ethics. Mais n’ayez crainte, l’aspect urticant n’est pas conservé !

L’ortie au fil du temps

Emblème des armoiries du Land de Schleswig-Holstein ou encore du dieu du tonnerre germanique Thor, l’ortie était un symbole de puissance et de domination pour les peuples celtes et scandinaves. 

Son image fut par la suite détournée pour devenir un objet de malheur, voire parfois de torture, comme l’illustre le récit traditionnel corse contant les déboires de Sénèque qui, en exil sur l’île, fut roulé nu dans les orties pour le punir de son adultère. 

H.C. Andersen Cygnes sauvages ») et les Frères Grimm La gardeuse d’oies à la fontaine » ou « Demoiselle Maleen ») ne manquèrent pas non plus d’utiliser cette plante pour alimenter leurs contes pour enfants, lui conférant cette fois encore une connotation suppliciante. 

Bien conscient de l’image peu glorieuse que véhicule cette plante, Victor Hugo n’hésite d’ailleurs pas à l’employer comme métaphore pour personnifier les êtres en marge de la société, dans son poème « J’aime l’araignée, j’aime l’ortie » (cf fin d’article).

Comment se débarrasser de son pouvoir urticant ? 

La mauvaise image véhiculée par l’ortie résulte sûrement de son caractère urticant très développé.  En effet, qui ne s’est pas fait berné, au détour d’un chemin ou lors d’une randonnée en montagne, par un amas de végétation renfermant des orties ? 

Ce pouvoir irritant est dû à la présence de petits poils qui renferment à leur extrémité une pointe de silice. Aussi tranchante et fragile que du verre, ces poils s’immiscent sous la peau et s’y brisent. En libérant un suc urticant, appelé histamine, elles induisent une sensation de démangeaison ou prurit, et un sentiment de brûlure semblable à de l’urticaire. 

Bain de vinaigre blanc, cataplasme d’Aloe Vera, bandages d’alcool camphré, pansements de bicarbonate de soude… chacun a son remède « de grand-mère » pour réduire la souffrance causée par une « piqûre » d’ortie. 

Pour autant, le plus imbattable est sûrement le plantain. Le suc de cette « mauvaise herbe », poussant généralement à côté des orties, est à la fois un très bon anti-inflammatoire et un parfait anti-allergique : il soulage donc très rapidement les démangeaisons. 

N’hésitez pas à aller consulter des images, pour être en mesure de le reconnaître lors de votre prochaine excursion en forêt ! 

Où et quand la récolter ?  

L’ortie est largement présente en métropole : vous pourrez la trouver dans les champs, en bord de route, le long des clairières… Bien qu’elle se récolte toute l’année, ses apports sont bien meilleurs du printemps à l’automne. Si toutefois l’envie vous prend de vous faire une décoction ou un potage d’ortie pendant l’hiver, préférez les jeunes pousses, bien plus nutritives. 

Attention toutefois, l’ortie est un excellent éboueur des sols : elle aime absorber les polluants et les métaux lourds. Si vous souhaitez en cueillir, éloignez-vous des zones polluées et préférez les régions montagneuses. 

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! Fatals nœuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux ;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit…

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !


Source : 

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