Vue comme un vecteur de transmission de maladies et emblème de la saleté, la mouche est un insecte mal aimé de l’homme. Et pourtant… les mouches ont des qualités méconnues et sont un maillon essentiel de la chaîne alimentaire ! Partons ensemble à la découverte de la face cachée de la mouche. 

Mouche à bœuf ou taon, mouche à merde, mouche des fruits, mouche de la Saint Marc… avec plus de 30 000 espèces à travers le monde, la mouche est sûrement l’un des insectes les plus répandus sur Terre. Ceci se comprend facilement quand on sait que, même si elle ne vit en moyenne que 30 jours, une seule mouche peut avoir jusqu’à 4 trillions de descendants !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les mouches (sans jamais oser le demander)

Bien que la mouche soit l’un des insectes les plus communs au monde, certaines de ses caractéristiques sont méconnues. Voici quelques anecdotes qui vous feront (re)découvrir les mouches sous un nouveau jour…

Tout d’abord, les mouches domestiques se nourrissent exclusivement d’aliments liquides car elles n’ont pas de pièce buccale (langue, mandibule…) leur permettant de mâcher leur nourriture. Ainsi, tout repas doit être méthodiquement préparé : des sucs sont répandus sur les aliments solides afin de les décomposer. Ces aliments seront ensuite ingérés grâce aux proboscis des mouches, cet appendice allongé situé sur leur tête et communément qualifié de “trompe”. 

À noter, ce proboscis ne leur permet aucunement de goûter la nourriture, car comme pour les papillons, les récepteurs gustatifs ou chemonsensilla des mouches sont situés sur la partie inférieure de leurs pattes. Les scientifiques estimant que ces derniers sont environ 10 millions de fois plus sensibles que la langue humaine, se poser sur votre repas leur suffit pour en apprécier la saveur ! 

Par ailleurs, certaines mouches peuvent être utilisées pour leurs propriétés antiseptiques et curatives, sous formes de larves élevées en milieu stérile. Appliquées à même la chair d’une plaie, ces asticots favorisent la cicatrisation en mangeant les peaux mortes et en générant une substance coagulante. Malgré cette posologie, l’asticothérapie reste encore très peu pratiquée en France, contrairement à de nombreux pays d’Europe du Nord. On comptait à peine quelques centaines d’interventions de ce type en France en 2011. 

Troisièmement, les mouches sont l’un des rares insectes à n’avoir que deux ailes. Mais n’ayez crainte, cela ne les handicape aucunement, bien au contraire ! Les mouches ont une réactivité et une agilité hors pair comparé à d’autres insectes : on estime qu’elles seraient capables d’analyser jusqu’à 250 images par secondes là où l’homme en traite au maximum 60. Cette agilité est couplée à une vitesse de 300 battements d’ailes par seconde, à des yeux composés de 4 000 lentilles et à une vision à 360° : on comprend pourquoi il nous est si difficile de les attraper ! 

Finalement, la mouche, et principalement la mouche Drosophile, est un animal phare des laboratoires médicaux. Cobaye dans de nombreuses recherches scientifiques sur la génétique, le système immunitaire et la transmission des génomes, elle a permis, entre autres, à Thomas Hunt Morgan d’obtenir en 1933 le prix Nobel de physiologie ou de médecine pour sa découverte sur les principes de la reproduction entre un mâle et une femelle, dite reproduction sexuée.

La meilleure amie de l’homme ?

Bien que fascinant, cet insecte est loin d’être le meilleur ami de l’homme… Transportant plus de 2 millions de bactéries dans son corps et déféquant quasiment à chaque fois qu’elle se pose, soit en moyenne toutes les 4 à 5 minutes, la mouche est responsable de la prolifération de nombreuses maladies comme le Choléra, le Typhus, la Maladie du sommeil… 

Dans son essai “Les mouches, le pire ennemis de l’homme” (1999 – éditions Cherche Midi), Martin Monestier va même jusqu’à estimer qu’au cours de l’histoire, la mouche aurait fait “plus de victimes que les conflits armés”. 

Conscient de ce danger, l’homme a toujours su faire preuve d’imagination et de pugnacité pour éviter leur cohabitation : piège au vinaigre, mixture de lait et de chapignon donnant son nom à la fameuse amanite dite “tue-mouches”, bouteille attrape-mouches, tapette à mouches, ruban anti-mouches, papier tue-mouches, raquette électrique… chaque époque a eu son “attrape-mouche”. 

Mais l’homme combat aussi les mouches avec les mots : “Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin”, par ces quelques phrases issues de L’Usage du Monde (1963 – Librairie Droz), Nicolas Bouvier verbalise sa haine des mouches et nous montre que cet animal est aussi très représenté dans les sphères culturelles. 

Protagonistes de la troisième des Dix plaies d’Egypte dans l’ancien Testament, personnification du dieu des démons Belzébuth dans le nouveau testament, symbole de misère dans le roman éponyme de Jean-Paul Sartre… quelques soient les époques ou les cultures, la mouche a toujours été considérée comme un animal nuisible, envahissant, collant et inutile, allant même jusqu’à représenter le mal, à l’instar de la Mouche Humaine, un ennemi redoutable de Spider-Man créé par Marvel Comics et introduit pour la première fois en 1976 dans Amazing Spider-Man Annual #10.

Aussi, La mouche (1986) de David Cronenberg avec Jeff Goldblum n’est-il pas l’un des plus grand classique du cinéma science-fiction ?

Notre futur avec la mouche

Pour autant, les mouches semblent être un élément indispensable à l’équilibre de la biodiversité et un allié de poids (si, si) pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. 

Tout d’abord, les mouches sont d’excellentes pollinisatrices : les scientifiques estiment qu’actuellement 85 % du pollen est transporté par des mouches, représentant à elles seules 67 % de l’abondance des pollinisateurs. 

Cette information peut avoir son importance, quand on sait que depuis les années 1990, nous faisons face au  « syndrome d’effondrement des colonies », c’est à dire à une diminution considérable du nombre de ruches et donc d’abeilles dans le monde avec un taux de mortalité pouvant atteindre jusqu’à 80 % dans certains pays d’Europe, alors que la pollinisation est une étape incontournable du cycle de la vie sur Terre. 

De plus, comme de nombreux insectes, la mouche, sous forme d’aliment, est une source importante de nutriments et de minéraux. À titre d’exemple, on estime que les mouches contiennent, au 100 grammes, autant de protéines que le saumon sauvage et autant de calcium que 50 ml de lait de vache.  

Ainsi, dans un monde où 11% de la population mondiale souffre de sous-nutrition et que l’élevage représente à lui seul 14.5 % des émissions de gaz à effet de serre mondial et qu’il est responsable de 63 % de la déforestation de l’Amazonie, les insectes – dont la mouche – sont de plus en plus envisagés par la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme une alternative écologique et économique intéressante aux viandes animales conventionnelles. 

Le monde de l’agronomie et de la restauration commencent aussi à comprendre l’ampleur que pourrait prendre ce phénomène et de nombreuses structures travaillent sur le sujet. Ainsi depuis quelques années, nous avons pu voir émerger snacks protéinés d’insectes, bars ou restaurants à insectes… Certains industriels, comme Livin Farm, vont même jusqu’à proposer des technologies permettant aux particuliers de cultiver eux-même leurs insectes, à l’instar de l’incubateur pour élever des mouches domestiques Farm432.   

Et pourtant, l’intérêt nutritif des mouches est depuis longtemps connu de certains peuples d’Afrique, à l’instar des Luo, originaires du Kenya et de Tanzanie. Ces derniers réalisent depuis des années leur traditionnel gâteau de mouches qui, composé à 67 % de protéines, permet à ce peuple très pauvre de tirer profit de l’invasion annuelle de moucherons suivant la saison des pluies. 

Bien plus que des insectes

Bien que l’Homme livre depuis des siècles une guerre sans merci aux mouches, il n’en entretient pas moins une sorte de fascination : “pattes de mouches” pour qualifier une écriture illisible, “pieds de mouchesymbole typographique qui marque la fin d’un paragraphe, “mouche d’une cible” représentant le point central d’une cible, “gober les mouches” pour illustrer la paresse, “faire d’une mouche un éléphant” pour imager une exagération, “regarder les mouches voler”, “tomber comme des mouches”… nombreuses sont les références à cet insecte dans le vocabulaire de la langue française.

Qui plus est, la mouche est bien plus qu’un insecte dans de nombreux domaines : 

  • En esthétique, la mouche représente soit la petite touffe de barbe que l’on laisse pousser sous la lèvre inférieure soit l’imitation d’un nævus ou grain de beauté principalement située sur la partie inférieure des lèvres. Largement répandu au XVIIIème siècle, la boite à mouche était même partie intégrante du service de toilette des dames.  
  • En coutellerie, la mouche désigne la partie au bout du ressort. Cette dernière est bien visible sur les couteaux de la maison Laguiole car clairement représentée par une mouche ou une abeille. 
  • Pour la pêche, la mouche est une imitation artificielle d’insectes utilisés par les pêcheurs pour appâter les poissons

Alors ? Notre article a-t-il fait mouche ? Considérez-vous toujours cet insecte comme l’ennemi de l’homme ?


Sources

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